Théo m'a Lu Anne !

27 juin 2019

Autisme - Comportement : le roi de l'esquive !

Il fait beau, il fait chaud (très chaud même mais l'altitude rend les choses plus supportables). Nous sommes donc partis à la découverte d'autres choses que les montagnes (magnifiques) de notre petit coin tranquille. Alors on voyage toujours avec l'autisme (ce n'est pas quelque chose que nous pouvons laisser à la maison), ce sera donc pour nous encore et encore l'occasion de montrer la façon dont Théophile s'y prend pour tenter de voyager "incognito". La plupart du temps, c'est raté ... ses tentatives d'esquive attirent forcément l'attention, on s'en doute. Et de plus, c'est une technique très énergivore. Quand il rentre à la maison, il est souvent "lessivé" et il a besoin de s'isoler un moment.  

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Alors oui, notre autiste est le roi de l'esquive. Il est là et ...l'instant d'après, il n'est plus là (que ce soit physiquement ou par la pensée). Nous en faisons l'expérience presque chaque jour. Pour ma part, je suis toujours bluffée par sa faculté à éviter les situations sociales tout en passant pour un gentil gars,  certes très "timide" mais c'est devenu tellement rare - paraît-il - que c'en est presque touchant.

Avant tout, petite visite à Dole (pas très loin de Dijon ou même de Besançon pour situer). Ce n'est pas le chef-lieu de notre département (pourtant capitale régionale jusqu'en 1676 et qui compte aujourd'hui 24 000 habitants - aire urbaine : 65 000 habitants). Non, la préfecture, c'est Lons le Saunier (18 000 habitants - aire urbaine : 58 000 habitants). Et c'est dommage... En comparaison, Dole est bien plus jolie et accueillante. Classée "Ville et pays d'art et d'histoire", elle vaut le détour (prévoir plusieurs jours pour la visite). En stationnaire dans la ville durant plusieurs jours, nous en avons commencé l'exploration.

Il y a beaucoup à voir et il est toujours utile de planifier les visites. Théophile est le touriste idéal : il s'extasie de tout, il observe bien, il retient le nom des rues (ça peut toujours être utile surtout à Dole où pullulent les petits passages et autres recoins). Donc c'est plutôt agréable de se balader sans entendre "c'est quand quand rentre ?". Seul hic, pour qu'il soit parfaitement détendu, il faudrait prendre soin d'évacuer au préalable toute la population de la ville. Mais comme ce n'est évidemment pas possible, on fait avec. On évite les rues encombrées et les visites guidées en groupe !

Donc c'est parti...

Précisons que la ville de Dole s'est dotée d'un parcours touristique balisé, appelé "Circuit du chat perché" et qui plait beaucoup à Théophile. Itinéraire ludique qui fait passer par près de 34 lieux emblématiques de la ville. Une seule consigne : suivre le chat !

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Toutes les étapes sont listées ici.

Son premier choix s'est porté sur la Maison natale de Louis Pasteur

Elle est située en centre ville dans une petite rue typique de la ville, anciennement nommée la rue des Tanneurs et rebaptisée rue Louis Pasteur, évidemment ! Dans le coin, Louis Pasteur est une icône (et il ne s'agit là que de sa maison natale. Sa résidence de villégiature est située à Arbois, un peu plus loin). A travers la ville de Dole, on trouve rue, café, restaurant, cinéma, école, médiathèque...et même une aire d'autoroute à son nom. Ses maisons de Dole et d'Arbois ont reçu le label "Maison des illustres". 

Alors pour ceux qui ne connaîtraient pas l'homme (celui de la fermentation, de la pasteurisation, du vaccin contre la rage...mais pas que...il est en quelque sorte le Darwin de la chimie), c'est ici (pour les grands) ou (pour les petits). Et pour ceux qui auraient le temps d'un film, il y a celui-ci :

Donc nous voilà partis, Théophile flashant sur chacun des triangles du Chat (pas tous au sol d'ailleurs, certains sont vraiment perchés !). 

A l'entresol, y est reconstitué un atelier de tanneurs donnant directement sur le canal à l'arrière de la maison et qui servait à nettoyer les peaux. La famille de Pasteur vivait là, dans cette maison avec plusieurs autres familles et on se demande bien comment...c'est minuscule ! Cet atelier est situé directement sur la rue et peut être visité gratuitement.

Il faut grimper un petit escalier pour accéder au logement.

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C'est le matin, personne dans le musée mais il surveille, il est en vigie. Sitôt que des voix se font entendre, il est déjà dans sa tête en train d'élaborer une stratégie pour esquiver la foule. Tout de même, il lit chaque panneau, trouve charmant le berceau de Pasteur, son bonnet de baptême (brûlé à un endroit par une bougie lors de la cérémonie !), ses bottes (il chaussait du 39). Je trouve charmante la lettre manuscrite adressée à sa fiancée (qui deviendra Mme Pasteur et qui l'épaulera tout au long de sa vie, "en toute discrétion"). Pasteur n'a pas de descendants directs, lui et sa femme ont perdu beaucoup de leurs enfants en bas âge et aucune de leurs petites filles n'a eu d'enfant. 

Théophile s'amuse de voir que le nom de Pasteur a été "récupéré" à des fins purement commerciales par des brasseurs de bière (cela dit, pour la bière, ça s'explique), des producteurs de cidre, de vin, de camemberts (oui, oui...) et d'autres gadgets improbables. On peut regarder cela - drôle: on comprendra vite que Pasteur comme beaucoup d'illustres hommes, avait aussi l'art de se faire mousser...

Alors on déambule, ça sent bon les vieux meubles, l'encaustique...

Mais voilà que nous entendons du bruit ! Beaucoup de bruit. 

Un (gros) groupe arrive, c'est la visite guidée qui s'annonce. L'exercice sera dès lors d'avoir toujours une longueur d'avance sur le dit groupe. Pas toujours évident, c'est un vrai sport, il y a beaucoup à lire et la voix de la guide fait un peu parasite dans la salle d'à côté. Théophile aime prendre des photos, il mitraille tout. Tout cela prend du temps... La dernière salle liste les principales découvertes de Pasteur de la géologie à la médecine en passant par la chimie. Il y a beaucoup de choses à observer là encore et immanquablement le groupe nous rattrape. Je le sens "nerveux", mal à l'aise mais il y a encore une petite chose à faire qui l'intéresse au plus haut point : le serious game

Alors ce n'est pas facile de vouloir rester quelque part tout en souhaitant être autre part. Le dilemme est important : tu joues entouré de gens bruyants ou tu fuis. On pourrait rêver de musées qui soient réservés aux autistes, ne serait-ce qu'une heure ou deux par ci, par là mais la France est en retard sur ce point. Donc on s'efforce de ne pas pointer son malaise et de continuer à jouer et à réfléchir comme si de rien n'était en attendant que le groupe...s'évapore. Baisse la tête alors et concentre toi sur le jeu ! Pas facile tout de même. 

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C'est fait. Ils ont fait la visite au pas de charge. L'effet est immédiat ! Il retrouve un peu de zénitude... Enfin tranquilles, là tous les deux dans le calme. On pourrait à ce moment choisir de partir. Mais le groupe reste bloqué "à la boutique", boutique qu'il faut traverser pour sortir du musée. Pas de chance ! Que faire ? Il faut trouver une stratégie comme...prendre prétexte d'une expo temporaire sur le thème de la bicyclette au deuxième étage. Ce n'est vraiment que prétexte mais je fais comme si...il faut qu'il re-décompresse dans un endroit vide d'humains. Alors on s'assoit et on attend. Il envoie des photos à ses soeurs, il écoute les bruits en bas. 

Le silence se fait, nous pouvons redescendre et sortir. Petite visite à la Collégiale Notre-Dame d'où j'aurai bien du mal à le faire sortir. Il la trouve magnifique et il est seul. Il aime ça. Je prends place sur une chaise et j'attends... encore. Il est comme dans son élément, protégé, rassuré, serein !

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Le soir, LePapa s'essaye à un "on va faire de toi un curé"...mais la plaisanterie prise au premier degré par loustic fait pschitt !!! Non, ce qu'il aime c'est le calme qui émane du lieu, son architecture, son histoire, rien d'autre. 

Il est midi, retour direct à la maison. Il suit la trace du chat perché (en référence à Marcel Aymé, autre illustre personnage de la ville). Il se rend compte que nous allons à contresens, il s'insurge. On reviendra... il fait chaud et j'ai faim !

La prochaine visite sera à préparer également. Eviter la foule, la promiscuité, les gens qui parlent ou rigolent fort (il a horreur de ça), les parcours non définis par avance... on pourrait jeter l'éponge et rester à la maison mais il aime tellement découvrir les lieux nouveaux... Peu à peu, nous nous transformons en une espèces de garde rapprochée, prêts à expliquer qu'il n'est pas contre la discussion mais à la condition que vous parliez doucement, que vous ne soyez pas trop près de lui et que...ça ne dure pas trop longtemps !

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Il a prévu plein d'autres choses néanmoins. Et même s'il faut prévoir des "aménagements" à chaque visite, ça reste bien agréable de le voir s'intéresser autant aux lieux qu'il arpente. 

A bientôt.

LaMaman


14 juin 2019

Autisme - Comportement / Une bien jolie histoire !

Quelques nouvelles...

Théophile a dû se plier à de nombreux bilans en vue du renouvellement de son dossier MDPH. Déjà ?... me direz-vous. Et oui, le bras de fer redémarre, nous entrons de nouveau en période de hautes turbulences. Mais ne présageons de rien, nous pouvons avoir, au final, une bonne surprise !

D'ailleurs en parlant de bonne surprise, il en a eu une il n'y a pas très longtemps alors on va se concentrer sur cette jolie histoire.

L'hiver est terminé (dur, long encore ici mais bien moins pénible que le premier...l'habitude, les bons réflexes, le coup de mains discret et gentil des voisins sans doute) et donc on peut sortir de notre triade "feu de cheminée en continu / livre (interminable de préférence) / thé bien chaud".

Alors maintenant que les températures sont "acceptables" (quand vous cuisez à 30°, chez nous, il fait un petit 22°- 24°), on s'est souvenu que ce musée nous faisait de l'oeil depuis notre arrivée dans la région. Un an et demi plus tard (j'ai presque honte...), nous nous y sommes enfin rendus en famille.

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Espace des mondes polaires - Prémanon (Haut-Jura)

Autrefois petit musée de rien (juste en face) qui faisait la part belle aux exploits polaires de Paul-Emile Victor, c'est désormais un complexe (musée - auditorium - restaurant - patinoire) de toute beauté qui cette fois nous martèle avec force supports que oui, le déréglement climatique est bien réel, tangible, pernicieux et qu'il n'est plus urgent d'attendre. Oh non alors...

Le lieu (ouvert en février 2017 et qui s'étend sur quelque 5 500m²) a été conçu par Stéphane Niveau, naturaliste polaire et directeur du complexe et Jean-Christophe Victor (fils de Paul). Si vous voulez lire un intéressant et joli article, hommage d'un fils à son père (qui lui disait en substance :"L'échec, c'est ce que tu n'essaies pas"...), lisez ceci.

Le musée est un espace aéré, blanc, très blanc, apaisant...ce qui aide bien à se rendre compte que les pôles nous parlent et qu'ils se fatiguent beaucoup à nous rendre la vie encore vi-va-ble et l'air encore à peu près res-pi-ra-ble ! Mais pour combien de temps ? 

Alors le thème, le discours, le décor... ? Tout était fait pour Théophile. Il s'y est senti à l'aise, très à l'aise si ce n'est que nous avions choisi par le plus grand des hasards le jour même où le directeur du musée convolait en justes noces. Jolie mariée aux pieds nus - pour ne pas faire de bruit ou de traces de talons sur le sol tout blanc sans doute - et discrète couronne de fleurs dans les cheveux. Charmante apparition dans ce décor immaculé. Allez, petite chanson(*) pour les mariés). Et il était assurément le mieux à même de faire visiter les lieux à ses invités. Excellente idée au deumeurant mais... Aïe ! Pas bon pour un autiste tout ça (lisez ceci, dans un tout autre environnement mais bon, ça peut donner des idées à certains !)

On a donc pris un peu d'avance sur la foule et on a entamé la visite fissa. Bon, rien que Théophile ne sache déjà, c'est un thème qu'il affectionne, les changements climatiques, on les vit ici au quotidien, il n'y a qu'à écouter les "anciens" du coin. La montagne a bien changé, très vite, trop vite et ça les inquiète même pas mal. Alors leur ressenti à ces anciens, il est là, explicité dans des vidéos, sur d'immenses panneaux tout à fait éloquents. On remerciera les concepteurs de ne pas hurler à la catastrophe mais bien plutôt de signifier l'urgence. C'est une bonne approche plus...pédagogique que sensationnelle. La visite est instructive et le message passe plus efficacement à mon sens.

Théophile lit tout, écoute tout, jongle pas mal pour éviter les groupes, prend tout en photo sur son téléphone (qu'il replace méthodiquement ensuite dans la poche intérieure de sa polaire. D'ailleurs chaque fois qu'il le sort, on a l'impression qu'il dégaine un flingue pour tout dire. Mais bon, c'est Théophile, sortir, remettre, re-sortir, re-remettre, c'est déjà tout un rituel. Et ses photos sont toutes superbes et avec des perspectives intéressantes).

Il est aux côtés de sa soeur aînée au moment où quelqu'un l'interpelle :"Eh, jeune..." Curieuse appellation. Théophile n'entend pas, le monsieur recommence puis pose la main sur l'épaule de Loustic. Il vaut mieux éviter ce genre de geste mais Théophile tétanisé, ne réagit pas (il a cru à un vigile ou à un guide du musée en fait, nous a-t-il avoué plus tard. Le fait que le monsieur en question ait au moins 70 ans ne lui a pas semblé bizarre. Un vigile de 70 ans...quand même...). Puis l'homme lui dit :" Donne moi ton appareil..." Curieuse demande, le mot "appareil" a quelque chose de désuet. Théophile s'exécute (ce qui a donné lieu à une petite discussion ensuite sur le fait de "donner" sans explication un objet qui lui appartient). Le monsieur alors plante notre Théophile devant ceci :

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Croyez-moi, la bête est impressionnante ! 3m30 debout et elle peut courir à plus de 40km/h à pleine vitesse.  Bon là, l'ours en question est bien inoffensif mais il est l'attraction et la pièce maîtresse du musée si on se réfère aux commentaires des visiteurs :"Ah, je voyais pas ça si grand !", "J'aimerais pas me retrouver en face...", "Il ferait une belle carpette !", "Wouah, trop cool !"... Même s'il semble bien débonnaire là derrière sa vitrine (il donne même l'air de sourire), il a des griffes longues comme mes doigts.

Donc clic, la photo est dans "l'appareil". Le monsieur le lui rend et proclame très sérieusement: "Tu verras, le jeune, un jour, tu seras chez l'ours blanc". Théophile, souriant, lui a alors répondu :"Je l'espère !"  Le monsieur lui dépose de nouveau la main sur l'épaule, visiblement satisfait de la réponse puis disparaît. 

Et bien, vous ne pouvez pas savoir ce que peut produire un petit clic de rien. Nous n'avons plus vu le petit monsieur ensuite. Envolé ! Mais selon la description que m'en ont fait Théophile et sa soeur aînée présente, j'ai parfaitement reconnu le monsieur que j'ai écouté longtemps "raconter" les pôles à ses amis. Passionnant, enthousiasmant, captivant.

Alors pourquoi a-t-il choisi Théophile ? Nous ne le saurons jamais. Mais que ce monsieur soit vivement remercié ici. Théophile a raconté son histoire à tout son entourage, aux professionnels qui le suivent... Il a même appelé son Asperger de soeur pour lui demander s'il lui serait possible de l'accompagner dans ses futurs voyages. Ce à quoi elle a répondu que peut-être d'ici-là, les pôles ne seront plus que souvenirs (ne riez pas, elle n'est pas loin de la réalité, les pôles jouent le rôle de régulateurs thermiques, s'ils ont chaud, vous, vous rôtissez...vous êtes prévenus).

Il est donc sur son petit nuage et si certains grâce à une rencontre fortuite mais mémorable trouvent leur voie, tout autiste qu'il est, Théophile a pris cette phrase à la lettre et nous, nous trouvons que quels que soient ses choix à venir, ça restera une bien jolie histoire. 

Alors si un jour dans 10 ou 20 ans, on vous parle d'un homme qui murmure à l'oreille des ours polaires (s'il en reste), peut-être que vous vous direz : " Mais attends...je le connais celui-là... Oui, c'est ça... C'est Théophile !!!" 

Bonne journée.
LaMaman

PS : Théophile a toujours pour projet de devenir paléontologue. Nous en sommes à préparer les aménagements pour le bac. Il travaille dur et il adore ses cours (bien formels, ça lui convient). Ses derniers bilans lui laissent entrevoir des possibilités certaines. De plus, il se plait ici. Il est chez lui dans "ses" montagnes. Il y trouve beaucoup d'apaisement et il répète à l'envi que "c'est beau"... Alors on continue et on ne change rien (ou presque) pour le moment.

(*) C'est une chanson que j'entends tous les mardis dans la salle d'attente du cabinet d'orthophonie (vous savez, les bandes-son qui tournent en boucle et vous empêchent de lire) alors j'ai juste trouvé qu'elle était de circonstance. Joli texte quand même...

25 avril 2019

Autisme - Apprentissage / Imagination : on a peut-être trouvé la solution...

Ce billet fait suite à celui-ci.

J'ai expliqué, ré-expliqué à notre autiste ce que pouvait être l'imagination mais j'ai bien vu que je n'atteignais pas mon but. Entretemps, le fameux "devoir" est revenu... Ô rage, Ô désespoir !

Remercions le professeur qui a eu la gentillesse d'attribuer à Théophile une note "provisoire" et de lui proposer un changement de consigne. Il est donc parti de : "Rédigez un texte d'un trentaine de lignes dans lequel vous évoquerez un événement de votre petite enfance qui vous a laissé un souvenir bon ou mauvais. Au travers de votre récit, on devra pouvoir discerner les différents sentiments qui vous avez éprouvés lors de cet événement et ceux que vous éprouvez encore aujourd'hui" ... pour aboutir à : "Racontez un après-midi de jeu ou de détente avec des garçons ou filles de votre âge. Vous utiliserez la première personne du singulier."

La nouvelle consigne est sympathique mais pour lui, ça ne change pas grand chose à la difficulté. Il lui est impossible de trouver des idées, des mots... Je lui suggère de parler de ses camarades d'EHS mais c'est déjà lointain et les jeunes de son âge, ce n'est pas trop sa tasse de thé. Je lui explique que peu importe : il n'a qu'à in-ven-ter !!! C'est encore non. De toute évidence, pour lui inventer, c'est un peu comme mentir. Le devoir est donc de nouveau en "stand by". 

Je ne fais pas de forcing sur cet exercice mais je le sens ennuyé de ne pas pouvoir (s'autoriser ?) à le faire. Du coup, je réfléchis au moyen d'assouplir son point de vue. Quant tout à coup...dans un moment de "glandouille" comme on les aime, quand on pianote sur le clavier d'ordinateur sans trop savoir ce qu'on cherche, le hasard me propose un film. Je commence à le regarder seule puis j'invite LePapa. Et là, nous sentons que ce film pourrait peut-être nous aider...

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Le synopsis est le suivant : "Depuis la mort de sa femme, Monte Wildhorn, un écrivain spécialisé dans les westerns, noie son chagrin dans l'alcool et la solitude. Son neveu s'inquiète de son état, et le pousse à partir en vacances d'été dans une petite ville paisible, au bord d'un lac. Le vieil écrivain s'installe dans un chalet où il commence à s'ennuyer ferme, sans inspiration. Mais il fait rapidement la connaissance de ses voisines, une mère célibataire et ses petites filles."

C'est assez réducteur. Le thème central est avant tout la rencontre entre ce vieil écrivain ronchon et une gamine qui n'a pas froid aux yeux et dont le rêve est d'écrire. Alors...c'est quoi écrire, inventer, imaginer ? C'est tout ça que Monte va lui apprendre pas à pas...et en lui faisant surtout comprendre que "l'imagination est la force la plus puissante qui soit offerte à l'humanité". Après on écrit ce qu'on voit ou mieux encore ce qu'on ne voit pas. Et cela devient une force inépuisable. On peut s'inspirer de ses expériences de vie, c'est vrai mais on peut aussi créer des choses qui n'existent pas ou qu'on n'a pas soi-même vécues... Oui, on a le droit de faire ça ! Et en plus, le film aborde le thème de la différence avec beaucoup d'humour...

Théophile a beaucoup aimé le film (Morgan Freeman est épatant en écrivain bourru) et il a enfin compris ce qu'était inventer, imaginer, créer des personnages, des situations. Tout ne peut pas avoir déjà existé...et surtout, c'est PER-MIS !!!

Alors il va reprendre son exercice. Nous allons en modifier de nouveau un peu la consigne et nous verrons bien le résultat.

Nous vous proposons le film ici. Passez un bon moment en famille !

A bientôt.

LaMaman

26 mars 2019

Autisme - Apprentissages / Après deux mois de CPC...des nouvelles !

Déjà un peu plus de deux mois qu'il potasse ses cours et les retours sont encourageants. Les professeurs y vont de leurs conseils bienveillants et nous sommes globalement très satisfaits de la "maison" !

Néanmoins quand il a commencé à me dire :"J'ai plus le temps de lire !", je me suis étonnée qu'il ait mis autant de temps avant de s'en plaindre. Le fait est qu'avant, ses séances "lecture" étaient bien rythmées et bien calibrées. Il lisait entre telle heure et telle heure et tant de pages/jour. Routine, rituel...

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Puisque le nombre de devoirs à renvoyer est conséquent, il a dû limiter son nombre de pages à lire et là, ça a coincé. Hormis ce détail que nous avons depuis corrigé, il est plutôt content et motivé. Dans l'ensemble, je dois bien l'avouer, les cours sont bien faits : synthétiques et clairs. Les devoirs sont courts et les professeurs ont l'air de bien prendre en compte le handicap.

Alors on ne s'étonnera pas qu'en histoire-géo, en SVT (où l'on s'est aperçu qu'il avait tout de même une bonne capacité d'analyse dans ses domaines de prédilection, ça a été plutôt rassurant) et en maths, il se balade. Par contre, en français malgré ses nombreuses lectures, c'est plus problématique. Mais c'est assez spécifique à l'autisme. Pas d'inquiétude donc d'autant que les épreuves du bac français n'obligent aucunement à s'épancher (surtout depuis que l'écriture d'invention a été purement et simplement supprimée).

Donc j'explique sa difficulté avec un cas concret. 

Il lui a été proposé dans un devoir de se remémorer un souvenir de "sa petite enfance" et de faire état des sentiments qu'il a éprouvés à ce moment précis. Bien sûr, ceux et celles qui ont un enfant autiste sauront qu'un tel travail rélève souvent de l'utopie ! Alors ce qui est drôle, c'est qu'il est allé se renseigner sur Wikipédia pour déterminer ce qu'on entendait ordinairement par la "petite enfance". Wikipédia est clair : c'est avant six ans. Bon bah, il fera l'impasse sur l'exercice parce qu'avant ses six ans, point de souvenirs. Même après d'ailleurs ! Enfin pas ce genre de souvenirs...s'il garde intact les endroits, les faits, les noms des lieux ou des personnes, par contre, les sentiments qui devraient s'y rattacher sont inexistants. Il peut dire que c'était bien ou pas mais ça ne va guère plus loin.

Alors il a essayé, il s'est donné du mal mais non, rien n'est venu, on n'a pas avancé d'un poil. Au bout du compte, il a simplement déclaré : "Je ne ferai pas cet exercice", tout en me regardant d'un air interrogateur du type "j'ai le droit ou pas ?". J'ai commencé par lui proposer de modifier la consigne, on enlèverait la mention "durant votre petite enfance". Refus catégorique : la consigne, c'est la consigne. On aurait dit que c'était bien pire que de ne pas faire l'exercice du tout. Finalement le devoir n'est parti qu'avec le tout petit premier exo, le second est donc...une jolie page blanche. Sa décision n'a pas que des mauvais côtés : j'ai pu ainsi joindre à la copie un exposé circonstancié à l'intention de son professeur sur l'autisme et ses limites. Quant à la note, me direz-vous ? Bah, on s'en fiche !

Le devoir suivant traitait des systèmes de narration et du changement de point de vue dans un texte (interne, externe omniscient pour ceux qui ont déjà étudié ce point du programme). Le support en était deux excellentes nouvelles à chute...

La première a pour titre Iceberg (de Fred Kassak). Cliquez ici pour sa lecture. Le texte est écrit du point de vue de Bernard mais dans l'exercice, il s'agissait de le modifier et de réécrire le texte du point de vue d'Irène. Le texte en est donc profondément modifié et les sentiments des personnages sont bien sûr très différents. L'exercice est tout à fait intéressant mais loin d'être simple pour un autiste. Alors on l'a transformé en jeu : chacun écrivait sa version et on comparait. Il s'est alors rendu compte que les sentiments que l'on prêtait aux autres relevaient le plus souvent de notre propre imagination. Et que du coup, on peut inventer et donc créer. Alors je ne dirais pas que c'est devenu plus aisé ou plus naturel. Loin de là...mais si on lui rappelle avant que c'est avant tout une "invention", il peut arriver à "se lâcher"...un peu !

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La seconde nouvelle à chute s'intitule Quand Angèle fut seule (de Pascal Mérigeau). Cliquez là pour sa lecture.  Là, il s'agissait de trouver une ellipse et un retour en arrière. Pas de problème. L'exercice s'arrêtait là. Heureusement parce qu'expliquer l'impression que produisaient ces deux techniques d'écriture sur le texte a été beaucoup plus compliqué. On l'a fait à l'oral,...c'était bien suffisant.

Alors ces nouvelles sont tirées de ces deux recueils :

Nous continuerons probablement avec cet ouvrage qui compte une cinquantaine de nouvelles (même si elles ne sont pas toutes "à chute"), ça reste un "classique" :

Le décryptage des situations complexes reste un point à travailler. Une compréhension plus fine des sentiments reste essentielle. Il y travaille... 

Bonne lecture.

15 mars 2019

Autisme / A voir et à lire...

1) A voir sur ARTE en cliquant ici :

L'excellente vidéo "Une vie à contre-courant" sur l'exploit de Beth French, une britannique, nageuse marathonienne qui souffre d'un SFC (le syndrome de fatigue chronique). La nage lui a probablement sauvé la vie. Dans ce reportage, on la suit dans son défi fou de franchir sept détroits aux quatre coins du monde...à la nage bien entendu !

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Mais ce n'est pas tout. Elle emmène dans la plupart de ses voyages son fils Dylan, porteur d'un TSA. C'est aussi pour lui qu'elle a choisi d'accomplir cet exploit : pour lui montrer qu'aucun handicap ne doit l'empêcher de poursuivre ses rêves et de dépasser ses limites. 

La première partie de cette vidéo porte plutôt sur Beth et comment elle a elle-même choisi de faire un pied de nez à son handicap. La seconde partie est plutôt dédiée à la relation qu'elle entretient avec son fils et la manière dont elle l'accompagne en choisissant cette fois de lui faire vivre son aventure. La fin est bouleversante et j'aime le discours de Beth sur le fait que ce qui est intéressant n'est pas de réfléchir à ce qui peut nous faire avancer mais plutôt de tenter de découvrir ce qui nous freine et de nous en débarrasser. Au delà du résultat final du projet, on est interpellé par sa jolie philosophie sur l'exploit, la recherche de la performance...ou comment se rendre compte des choses vraiment importantes et ne pas oublier de cultiver son jardin ! 

Durée : 88 minutes  /  Disponible jusqu'au 11 avril 2019

2) A lire : Les fabuleuses aventures d'Aurore de Douglas Kennedy

Douglas Kennedy est un auteur à succès que l'on ne présente plus (donc je ne le présente pas).

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Là, il s'essaye à un tout autre genre en publiant un ouvrage jeunesse avec pour thème central, l'autisme. 

La présentation de l'éditeur dit ceci :

" J'ai demandé à Maman si c'était vrai que les autres avaient des problèmes à cause de moi. Elle m'a répondu :
– Ne laisse personne te dire ça, Aurore. Tu es comme ton prénom : un vrai soleil.
Aurore.
C'est moi ! "

Autiste, Aurore ne parle pas. Mais elle écrit sur sa tablette à la vitesse de la lumière. Et elle a un secret. Elle lit dans les yeux des autres : Maman, Pap', sa grande soeur Émilie, mais aussi Lucie, la meilleure amie d'Émilie, harcelée à l'école. Le jour où Lucie disparaît à Monster Land, le parc d'attractions, Aurore s'improvise détective...

Douglas Kennedy est venu présenter son livre dans Le Magazine de la santé de France5 de ce jour. La vidéo est  (placez le curseur à 13 minutes et 18 secondes précisément). Il connaît bien le sujet des TSA puisque son fils aîné, Max, est lui-même autiste. Il en parle d'ailleurs joliment aussi dans cet entretien.
Les fabuleuses aventures d'Aurore - Pocket Jeunesse -  208 pages  (Âge recommandé : 9 - 12 ans)
A bientôt. LaMaman