Théo m'a Lu Anne !

22 octobre 2019

IEF / C'est où Mayotte ?...

Nous, nous savons que c'est un département et une région française mais les enfants pas toujours. Ils savent que c'est loin mais pas beaucoup plus.

Alors que notre "Président" vient d'arriver sur cet archipel de l'Océan indien, nous, il y a quelques jours, nous sommes tombés par hasard sur un reportage très intéressant. Mayotte fait partie d'un ensemble d'îles nommées "Les Îles éparses", terres françaises donc et surveillées par un bataillon de militaires qui veillent à la préservation de ces confettis de terres très convoîtées.

Voyage dans ces îles en compagnie de Sylvain Tesson, l'aventurier-géographe-écrivain-poète-aphoriste, qui a revêtu pour la circonstance son uniforme de marin réserviste et qui vogue sur le Champlain (bâtiment de la Marine nationale basé à Port-Des-Galets à la Réunion). Théophile aime beaucoup Sylvain Tesson (nous aussi !).

Sylvain Tesson, ce sont des récits de voyages, des nouvelles, des essais... Nos préférés :

Dans les forêts de Sibérie: Février - juillet 2010   Une très légère oscillation   Sur les chemins noirs   Petit traité sur l'immensité du monde

Et son actualité :

La panthère des neiges   Un été avec Homère   Notre-Dame de Paris - Ô reine de douleur

A voir :

Sylvain Tesson et Vincent Munier présentent le livre "La panthère des neiges"

 Et parce que c'est bientôt Noël et qu'un beau livre fait toujours plaisir :

Tibet : Minéral animal       

Bon voyage !

LaMaman

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14 octobre 2019

Autisme / Paysage perdu - Joyce Carol Oates parle d'autisme...

Joyce Carol Oates est une de mes auteures préférées. Plus de 100 écrits au compteur et dans tous les registres (romans, nouvelles, essais, poésie...). Ses premiers émois littéraires ont été Alice au pays des Merveilles et surtout De l'autre côté du miroir et ce qu'Alice y trouva de Lewis Carroll. Puis d'autres auteurs l'ont initiée à la littérature : Dostoïevski, Faulkner, Hemingway, Thoreau, les soeurs Brontë... Âgée aujourd'hui de 81 ans, elle fait partie chaque année des "nobélisables" mais ce ne sera donc pas encore pour cette année !

Pour la présenter, les dossiers de presse précisent qu'"elle s'intéresse à nos zones d'ombres et confronte la part civilisée de l'homme à sa sauvagerie". Tout en précisant que "dans le miroir qu'elle nous tend, la violence n'est jamais que l'expression de nos peurs". 

Joyce Carol Oates a publié également un Journal en 2007 qui évoque davantage son métier d'écrivain que sa vie de femme. Il traîtait encore moins de son enfance mais voilà qui est réparé avec cet ouvrage : 

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Si je partage aujourd'hui cette lecture, c'est que l'auteure consacre un large chapitre à sa soeur autiste, Lynn, née en 1956 alors qu'elle-même fêtait ses dix-huit ans. Important : nous sommes là dans les années 50 et c'est pourquoi la comparaison entre deux "époques" sur le sujet de l'autisme (qu'il s'agisse de diagnostic ou de prise en charge) me semble intéressante. Avec cette question : les choses ont-elles vraiment changées ? Chacun à la lecture de cet ouvrage inspirant, émouvant pourra réfléchir à cette interrogation à l'aune de son expérience de parent ou d'enfant autiste.

Joyce Carol Oates avec suffisamment de recul déploie une critique sans concession envers le corps médical et fait part de l'investissement sans faille de ses parents auprès de sa soeur qu'ils ont toujours refusé "de placer". Âgés, ils ont poursuivi leur combat avant que les frère et soeur ne soient contraints à confier Lynn à l'institution en raison de l'aggravation des troubles qui auraient mis en danger leurs parents.

En dehors de ce sujet (que l'auteure avait discrètement abordé dans un de ses précédents ouvrages - dont j'avais déjà parlé -, Carthage,) elle évoque son enfance pauvre mais joyeuse quelque part dans le nord-est des Etas-Unis ainsi que son parcours universitaire, sa vie de jeune fille puis de femme, son goût pour la littérature dont elle a hérité de ses parents (pauvres mais pas incultes) et surtout de sa grand-mère. 

Vous pouvez l'écoutez également ici parler de Paysage perdu.

Extraits :

- Prononcer rapidement et sans articuler, "autiste" peut ressembler à "artiste".

- Lynn ne regarde pas,. Elle ne parle pas, n'essaie pas de parler. Elle ne semble pas nous reconnaître. Elle n'accepte de manger que certains aliments. Elle se met à avoir mauvais caractère.

- On disait régulièrement à son sujet : mais Lynn semblait parfaitement normale quand elle était bébé. Elle était si belle ! Il n'y avait aucun signe. Etaiat-ce le cas, n'y avait-il aucun signe ? Qui pouvait s'en souvenir si longtemps après ?

- Quelques années plus tard, il serait suggéré (par l'un des nombreux spécialistes chez qui Lynn serait emmenée) que l'autisme "est une forme de schizophrénie dont sont responsables les "mauvaises mères". Mauvaises mères. Il m'est très pénible d'écrire ces mots cruels et imbéciles. Carolina Oates - la mère de Joyce et Lynn - la plus chaleureuse et la plus aimante des mères, rendue responsable du handicap de sa fille par des "spécialistes" (de sexe masculin !).

- La diagnostic sommaire nous accablerait pendant des années, nous savions qu'il était faux : ma mère n'avait rien d'une "mauvaise mère", "froide et distante"; mais cette pseudoscience - la psychanalyse - était confirmée par le préjugé misogyne de la théorie freudienne qui fait de la mère (et elle seule) le noeud du mal . (...) Ce diagnostic falllacieux blessa terriblement ma mère, et lui perça certainement le coeur. On ne dit pas à une femme accablée par le handicap de son enfant qu'elle en est responsable.

Si vous souhaitez faire connaissance avec Joyce Carol Oates, je vous conseille au choix (il y en a tant d'autres mais ceux-là sont mes "préférés") :

Nous étions les Mulvaney   Carthage  Les Chutes  Mère disparue    

Vous pouvez aussi regarder cette vidéo :

Bonne lecture.

LaMaman

02 septembre 2019

IEF / IEFs et non-IEFs : bonne rentrée !

Comme chaque fois ici, à chaque rentrée, ce sera encore une non-rentrée !

Nous fêtons, en ce 2 septembre 2019, notre vingtième anniversaire d'IEF. Ne reste plus qu'un courageux mais ça reste de l'IEF...

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Théophile a travaillé tout l'été donc je ne sais pas si nous pouvons parler de rentrée. Une overdose de Physique-Chimie et de SVT en profitant de la présence d'une de ses aînées. Changer de mains de temps à autres, c'est bien aussi ! 

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Il a marché aussi et lu (la lecture reste une de ses activités préférées. Imaginez le, allongé sur sa colline, derrière sa cabane. Il voit tout sans être vu. Le bonheur parfait !). Il vous conseille ceci (sans commentaires, bien entendu) :

         

Nous avons ce matin une pensée particulière (forcément) pour les familles qui vont ce jour débuter l'IEF. J'ai lu de ci, de là que les contrôles avaient été encore renforcés et je comprends le stress que cela ne manquera pas d'engendrer chez les parents. Nous avons connu cela aussi : la chasse aux sorcières a débuté en 1998, notre expérience a commencé en 1999 (même pas peur !). Malgré les contrôles, malgré la compréhension pas toujours au rendez-vous, c'est sans regrets et même si j'ai pu dire que si c'était à refaire aujourd'hui, nous ne replongerions pas et bien, c'est faux. Nous ferions le même choix sans aucune hésitation.

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Pour les contrôles, renseignez-vous bien, chassez autant que possible le stress sinon vous donnerez prise à ceux qui chercheront à vous destabiliser (ils ne sont pas forcément nombreux mais ils existent). Gardez tous les supports de vos enfants et leurs productions - pour ceux qui choisissent les CPC, ce sera facile ; pour les autres, faites le choix d'un carnet de bord dans lequel chaque jour, vous consignerez ce que vous avez fait dans la journée. Prenez votre temps, prenez plaisir et pour le reste carpe diem ! Et si malgré tout, il vous reste un rien d'appréhension, allez  ou iciC'est plus facile à plusieurs ! Vous pouvez faire le choix de vous rapprocher d'une association (quelques unes ici). 

Pour ma part, j'ai une pensée pour les petits bouts de chou qui dès 3 ans prennent ce matin les chemins de l'école. Autant je trouve que la réforme du bac est une bonne chose pour les ados en IEF (les "spécialités" et modules proposés par certains CPC correspondent davantage à leur mode de fonctionnement), autant la scolarisation précoce me semble une erreur. A 3 ans, on a besoin d'une seule chose : des bras de Papa et Maman et de leurs tout plein de câlins. Une maîtresse avec même (seulement) 15 ou 20 élèves par classe ne peut pas se substituer aux paroles rassurantes et aux jolies histoires et balades en compagnie des parents. Après, si comme le disait ce matin une chroniqueuse sur l'antenne d'une radio nationale, l'école, c'est d'abord pour les enfants, retrouver leurs copains et pour les parents, leur tranquillité et accessoirement, "les enseignants, leur détresse", je crains de ne jamais avoir tout à fait tout compris. Mais...on ne se refait pas comme on dit.  

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L'argument du gouvernement en faveur de cette scolarisation à 3 ans est d'étoffer le vocabulaire des touts-petits dans l'espoir de réenclencher "l'ascenseur social". En clair, si vous ne savez pas parler dès le berceau, vous n'avez aucune chance de réussite. La notion d'ascenseur social n'est pas nouvelle et c'est une jolie foutaise !... Statistiquement en 2019 (donc plus de 50 ans après mais 68), un fils ou une fille d'ouvrier ou d'employé rame encore et toujours pour accéder à l'enseignement supérieur (ils sont quasi inexistants dans les grandes écoles et au-delà de la licence en fac). C'est pour faire court mais si vous avez un peu plus de temps, c'est ici. Et ceci depuis des décennies (toutes les réformes successives de l'EN ont échoué à inverser la tendance). Ce fameux ascenseur est donc d'abord une affaire de famille. Tout est dans le discours et l'implication des parents : un discours encourageant, une confiance totale dans les capacités de son(ses) enfant(s), une belle bibliothèque qui trônerait dans le salon (à la place du grand écran) et ceci aussi (faites votre choix !) peuvent faire bien plus que l'apprentissage précoce "d'éléments de langage" en milieu scolaire (un bon petit formatage, en somme). Enfin, laissons nos bambins se prosterner devant le drapeau tricolore qui orne désormais chaque classe et chanter la Marseillaise comme ils chanteraient une souris verte, sûr que tous les problèmes vont s'arranger. 

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On ne va pas polémiquer sur le discours du ministre portant sur la plus faible scolarisation des petites filles dans certains territoires. Il a remis ça ce matin mais ça me rappelle les petites phrases puantes d'un député qui, à une certaine époque, s'acharnait contre les familles non-scolarisantes. Discours qui relevait de la plus pure démagogie voire du mensonge. Quand on veut tuer son chien, ne dit-on pas qu'il a la rage ? Il a été invoqué le cas Tabitha's Place puis le fondamentalisme religieux. Ces pratiques n'ont rien à voir avec l'IEF. Quel sera donc le prochain prétexte ? La chasse aux sorcières ne s'arrêtera-t-elle donc jamais ?

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Enfin, je retrouve le sourire en pensant aux petits IEFs qui aujourd'hui ont peut-être prévu une balade en forêt, la visite d'un petit musée ou la lecture d'un quelconque "Voyage extraordinaire de..." lovés dans les bras d'un parent ou d'un aîné. Et aux plus grands IEFs qui vont apprendre à leur rythme, choisir leurs heures de lever et de coucher, recevoir des réponses immédiates à leurs questions et sentir l'adhésion inconditionnelle de "Papa et Maman" à leur(s) projet(s) d'avenir, même les plus fous. 

Bonne journée à toutes et à tous...

A bientôt. LaMaman

27 juin 2019

Autisme - Comportement : le roi de l'esquive !

Il fait beau, il fait chaud (très chaud même mais l'altitude rend les choses plus supportables). Nous sommes donc partis à la découverte d'autres choses que les montagnes (magnifiques) de notre petit coin tranquille. Alors on voyage toujours avec l'autisme (ce n'est pas quelque chose que nous pouvons laisser à la maison), ce sera donc pour nous encore et encore l'occasion de montrer la façon dont Théophile s'y prend pour tenter de voyager "incognito". La plupart du temps, c'est raté ... ses tentatives d'esquive attirent forcément l'attention, on s'en doute. Et de plus, c'est une technique très énergivore. Quand il rentre à la maison, il est souvent "lessivé" et il a besoin de s'isoler un moment.  

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Alors oui, notre autiste est le roi de l'esquive. Il est là et ...l'instant d'après, il n'est plus là (que ce soit physiquement ou par la pensée). Nous en faisons l'expérience presque chaque jour. Pour ma part, je suis toujours bluffée par sa faculté à éviter les situations sociales tout en passant pour un gentil gars,  certes très "timide" mais c'est devenu tellement rare - paraît-il - que c'en est presque touchant.

Avant tout, petite visite à Dole (pas très loin de Dijon ou même de Besançon pour situer). Ce n'est pas le chef-lieu de notre département (pourtant capitale régionale jusqu'en 1676 et qui compte aujourd'hui 24 000 habitants - aire urbaine : 65 000 habitants). Non, la préfecture, c'est Lons le Saunier (18 000 habitants - aire urbaine : 58 000 habitants). Et c'est dommage... En comparaison, Dole est bien plus jolie et accueillante. Classée "Ville et pays d'art et d'histoire", elle vaut le détour (prévoir plusieurs jours pour la visite). En stationnaire dans la ville durant plusieurs jours, nous en avons commencé l'exploration.

Il y a beaucoup à voir et il est toujours utile de planifier les visites. Théophile est le touriste idéal : il s'extasie de tout, il observe bien, il retient le nom des rues (ça peut toujours être utile surtout à Dole où pullulent les petits passages et autres recoins). Donc c'est plutôt agréable de se balader sans entendre "c'est quand quand rentre ?". Seul hic, pour qu'il soit parfaitement détendu, il faudrait prendre soin d'évacuer au préalable toute la population de la ville. Mais comme ce n'est évidemment pas possible, on fait avec. On évite les rues encombrées et les visites guidées en groupe !

Donc c'est parti...

Précisons que la ville de Dole s'est dotée d'un parcours touristique balisé, appelé "Circuit du chat perché" et qui plait beaucoup à Théophile. Itinéraire ludique qui fait passer par près de 34 lieux emblématiques de la ville. Une seule consigne : suivre le chat !

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Toutes les étapes sont listées ici.

Son premier choix s'est porté sur la Maison natale de Louis Pasteur

Elle est située en centre ville dans une petite rue typique de la ville, anciennement nommée la rue des Tanneurs et rebaptisée rue Louis Pasteur, évidemment ! Dans le coin, Louis Pasteur est une icône (et il ne s'agit là que de sa maison natale. Sa résidence de villégiature est située à Arbois, un peu plus loin). A travers la ville de Dole, on trouve rue, café, restaurant, cinéma, école, médiathèque...et même une aire d'autoroute à son nom. Ses maisons de Dole et d'Arbois ont reçu le label "Maison des illustres". 

Alors pour ceux qui ne connaîtraient pas l'homme (celui de la fermentation, de la pasteurisation, du vaccin contre la rage...mais pas que...il est en quelque sorte le Darwin de la chimie), c'est ici (pour les grands) ou (pour les petits). Et pour ceux qui auraient le temps d'un film, il y a celui-ci :

Donc nous voilà partis, Théophile flashant sur chacun des triangles du Chat (pas tous au sol d'ailleurs, certains sont vraiment perchés !). 

A l'entresol, y est reconstitué un atelier de tanneurs donnant directement sur le canal à l'arrière de la maison et qui servait à nettoyer les peaux. La famille de Pasteur vivait là, dans cette maison avec plusieurs autres familles et on se demande bien comment...c'est minuscule ! Cet atelier est situé directement sur la rue et peut être visité gratuitement.

Il faut grimper un petit escalier pour accéder au logement.

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C'est le matin, personne dans le musée mais il surveille, il est en vigie. Sitôt que des voix se font entendre, il est déjà dans sa tête en train d'élaborer une stratégie pour esquiver la foule. Tout de même, il lit chaque panneau, trouve charmant le berceau de Pasteur, son bonnet de baptême (brûlé à un endroit par une bougie lors de la cérémonie !), ses bottes (il chaussait du 39). Je trouve charmante la lettre manuscrite adressée à sa fiancée (qui deviendra Mme Pasteur et qui l'épaulera tout au long de sa vie, "en toute discrétion"). Pasteur n'a pas de descendants directs, lui et sa femme ont perdu beaucoup de leurs enfants en bas âge et aucune de leurs petites filles n'a eu d'enfant. 

Théophile s'amuse de voir que le nom de Pasteur a été "récupéré" à des fins purement commerciales par des brasseurs de bière (cela dit, pour la bière, ça s'explique), des producteurs de cidre, de vin, de camemberts (oui, oui...) et d'autres gadgets improbables. On peut regarder cela - drôle: on comprendra vite que Pasteur comme beaucoup d'illustres hommes, avait aussi l'art de se faire mousser...

Alors on déambule, ça sent bon les vieux meubles, l'encaustique...

Mais voilà que nous entendons du bruit ! Beaucoup de bruit. 

Un (gros) groupe arrive, c'est la visite guidée qui s'annonce. L'exercice sera dès lors d'avoir toujours une longueur d'avance sur le dit groupe. Pas toujours évident, c'est un vrai sport, il y a beaucoup à lire et la voix de la guide fait un peu parasite dans la salle d'à côté. Théophile aime prendre des photos, il mitraille tout. Tout cela prend du temps... La dernière salle liste les principales découvertes de Pasteur de la géologie à la médecine en passant par la chimie. Il y a beaucoup de choses à observer là encore et immanquablement le groupe nous rattrape. Je le sens "nerveux", mal à l'aise mais il y a encore une petite chose à faire qui l'intéresse au plus haut point : le serious game

Alors ce n'est pas facile de vouloir rester quelque part tout en souhaitant être autre part. Le dilemme est important : tu joues entouré de gens bruyants ou tu fuis. On pourrait rêver de musées qui soient réservés aux autistes, ne serait-ce qu'une heure ou deux par ci, par là mais la France est en retard sur ce point. Donc on s'efforce de ne pas pointer son malaise et de continuer à jouer et à réfléchir comme si de rien n'était en attendant que le groupe...s'évapore. Baisse la tête alors et concentre toi sur le jeu ! Pas facile tout de même. 

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C'est fait. Ils ont fait la visite au pas de charge. L'effet est immédiat ! Il retrouve un peu de zénitude... Enfin tranquilles, là tous les deux dans le calme. On pourrait à ce moment choisir de partir. Mais le groupe reste bloqué "à la boutique", boutique qu'il faut traverser pour sortir du musée. Pas de chance ! Que faire ? Il faut trouver une stratégie comme...prendre prétexte d'une expo temporaire sur le thème de la bicyclette au deuxième étage. Ce n'est vraiment que prétexte mais je fais comme si...il faut qu'il re-décompresse dans un endroit vide d'humains. Alors on s'assoit et on attend. Il envoie des photos à ses soeurs, il écoute les bruits en bas. 

Le silence se fait, nous pouvons redescendre et sortir. Petite visite à la Collégiale Notre-Dame d'où j'aurai bien du mal à le faire sortir. Il la trouve magnifique et il est seul. Il aime ça. Je prends place sur une chaise et j'attends... encore. Il est comme dans son élément, protégé, rassuré, serein !

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Le soir, LePapa s'essaye à un "on va faire de toi un curé"...mais la plaisanterie prise au premier degré par loustic fait pschitt !!! Non, ce qu'il aime c'est le calme qui émane du lieu, son architecture, son histoire, rien d'autre. 

Il est midi, retour direct à la maison. Il suit la trace du chat perché (en référence à Marcel Aymé, autre illustre personnage de la ville). Il se rend compte que nous allons à contresens, il s'insurge. On reviendra... il fait chaud et j'ai faim !

La prochaine visite sera à préparer également. Eviter la foule, la promiscuité, les gens qui parlent ou rigolent fort (il a horreur de ça), les parcours non définis par avance... on pourrait jeter l'éponge et rester à la maison mais il aime tellement découvrir les lieux nouveaux... Peu à peu, nous nous transformons en une espèces de garde rapprochée, prêts à expliquer qu'il n'est pas contre la discussion mais à la condition que vous parliez doucement, que vous ne soyez pas trop près de lui et que...ça ne dure pas trop longtemps !

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Il a prévu plein d'autres choses néanmoins. Et même s'il faut prévoir des "aménagements" à chaque visite, ça reste bien agréable de le voir s'intéresser autant aux lieux qu'il arpente. 

A bientôt.

LaMaman

14 juin 2019

Autisme - Comportement / Une bien jolie histoire !

Quelques nouvelles...

Théophile a dû se plier à de nombreux bilans en vue du renouvellement de son dossier MDPH. Déjà ?... me direz-vous. Et oui, le bras de fer redémarre, nous entrons de nouveau en période de hautes turbulences. Mais ne présageons de rien, nous pouvons avoir, au final, une bonne surprise !

D'ailleurs en parlant de bonne surprise, il en a eu une il n'y a pas très longtemps alors on va se concentrer sur cette jolie histoire.

L'hiver est terminé (dur, long encore ici mais bien moins pénible que le premier...l'habitude, les bons réflexes, le coup de mains discret et gentil des voisins sans doute) et donc on peut sortir de notre triade "feu de cheminée en continu / livre (interminable de préférence) / thé bien chaud".

Alors maintenant que les températures sont "acceptables" (quand vous cuisez à 30°, chez nous, il fait un petit 22°- 24°), on s'est souvenu que ce musée nous faisait de l'oeil depuis notre arrivée dans la région. Un an et demi plus tard (j'ai presque honte...), nous nous y sommes enfin rendus en famille.

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Espace des mondes polaires - Prémanon (Haut-Jura)

Autrefois petit musée de rien (juste en face) qui faisait la part belle aux exploits polaires de Paul-Emile Victor, c'est désormais un complexe (musée - auditorium - restaurant - patinoire) de toute beauté qui cette fois nous martèle avec force supports que oui, le déréglement climatique est bien réel, tangible, pernicieux et qu'il n'est plus urgent d'attendre. Oh non alors...

Le lieu (ouvert en février 2017 et qui s'étend sur quelque 5 500m²) a été conçu par Stéphane Niveau, naturaliste polaire et directeur du complexe et Jean-Christophe Victor (fils de Paul). Si vous voulez lire un intéressant et joli article, hommage d'un fils à son père (qui lui disait en substance :"L'échec, c'est ce que tu n'essaies pas"...), lisez ceci.

Le musée est un espace aéré, blanc, très blanc, apaisant...ce qui aide bien à se rendre compte que les pôles nous parlent et qu'ils se fatiguent beaucoup à nous rendre la vie encore vi-va-ble et l'air encore à peu près res-pi-ra-ble ! Mais pour combien de temps ? 

Alors le thème, le discours, le décor... ? Tout était fait pour Théophile. Il s'y est senti à l'aise, très à l'aise si ce n'est que nous avions choisi par le plus grand des hasards le jour même où le directeur du musée convolait en justes noces. Jolie mariée aux pieds nus - pour ne pas faire de bruit ou de traces de talons sur le sol tout blanc sans doute - et discrète couronne de fleurs dans les cheveux. Charmante apparition dans ce décor immaculé. Allez, petite chanson(*) pour les mariés). Et il était assurément le mieux à même de faire visiter les lieux à ses invités. Excellente idée au deumeurant mais... Aïe ! Pas bon pour un autiste tout ça (lisez ceci, dans un tout autre environnement mais bon, ça peut donner des idées à certains !)

On a donc pris un peu d'avance sur la foule et on a entamé la visite fissa. Bon, rien que Théophile ne sache déjà, c'est un thème qu'il affectionne, les changements climatiques, on les vit ici au quotidien, il n'y a qu'à écouter les "anciens" du coin. La montagne a bien changé, très vite, trop vite et ça les inquiète même pas mal. Alors leur ressenti à ces anciens, il est là, explicité dans des vidéos, sur d'immenses panneaux tout à fait éloquents. On remerciera les concepteurs de ne pas hurler à la catastrophe mais bien plutôt de signifier l'urgence. C'est une bonne approche plus...pédagogique que sensationnelle. La visite est instructive et le message passe plus efficacement à mon sens.

Théophile lit tout, écoute tout, jongle pas mal pour éviter les groupes, prend tout en photo sur son téléphone (qu'il replace méthodiquement ensuite dans la poche intérieure de sa polaire. D'ailleurs chaque fois qu'il le sort, on a l'impression qu'il dégaine un flingue pour tout dire. Mais bon, c'est Théophile, sortir, remettre, re-sortir, re-remettre, c'est déjà tout un rituel. Et ses photos sont toutes superbes et avec des perspectives intéressantes).

Il est aux côtés de sa soeur aînée au moment où quelqu'un l'interpelle :"Eh, jeune..." Curieuse appellation. Théophile n'entend pas, le monsieur recommence puis pose la main sur l'épaule de Loustic. Il vaut mieux éviter ce genre de geste mais Théophile tétanisé, ne réagit pas (il a cru à un vigile ou à un guide du musée en fait, nous a-t-il avoué plus tard. Le fait que le monsieur en question ait au moins 70 ans ne lui a pas semblé bizarre. Un vigile de 70 ans...quand même...). Puis l'homme lui dit :" Donne moi ton appareil..." Curieuse demande, le mot "appareil" a quelque chose de désuet. Théophile s'exécute (ce qui a donné lieu à une petite discussion ensuite sur le fait de "donner" sans explication un objet qui lui appartient). Le monsieur alors plante notre Théophile devant ceci :

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Croyez-moi, la bête est impressionnante ! 3m30 debout et elle peut courir à plus de 40km/h à pleine vitesse.  Bon là, l'ours en question est bien inoffensif mais il est l'attraction et la pièce maîtresse du musée si on se réfère aux commentaires des visiteurs :"Ah, je voyais pas ça si grand !", "J'aimerais pas me retrouver en face...", "Il ferait une belle carpette !", "Wouah, trop cool !"... Même s'il semble bien débonnaire là derrière sa vitrine (il donne même l'air de sourire), il a des griffes longues comme mes doigts.

Donc clic, la photo est dans "l'appareil". Le monsieur le lui rend et proclame très sérieusement: "Tu verras, le jeune, un jour, tu seras chez l'ours blanc". Théophile, souriant, lui a alors répondu :"Je l'espère !"  Le monsieur lui dépose de nouveau la main sur l'épaule, visiblement satisfait de la réponse puis disparaît. 

Et bien, vous ne pouvez pas savoir ce que peut produire un petit clic de rien. Nous n'avons plus vu le petit monsieur ensuite. Envolé ! Mais selon la description que m'en ont fait Théophile et sa soeur aînée présente, j'ai parfaitement reconnu le monsieur que j'ai écouté longtemps "raconter" les pôles à ses amis. Passionnant, enthousiasmant, captivant.

Alors pourquoi a-t-il choisi Théophile ? Nous ne le saurons jamais. Mais que ce monsieur soit vivement remercié ici. Théophile a raconté son histoire à tout son entourage, aux professionnels qui le suivent... Il a même appelé son Asperger de soeur pour lui demander s'il lui serait possible de l'accompagner dans ses futurs voyages. Ce à quoi elle a répondu que peut-être d'ici-là, les pôles ne seront plus que souvenirs (ne riez pas, elle n'est pas loin de la réalité, les pôles jouent le rôle de régulateurs thermiques, s'ils ont chaud, vous, vous rôtissez...vous êtes prévenus).

Il est donc sur son petit nuage et si certains grâce à une rencontre fortuite mais mémorable trouvent leur voie, tout autiste qu'il est, Théophile a pris cette phrase à la lettre et nous, nous trouvons que quels que soient ses choix à venir, ça restera une bien jolie histoire. 

Alors si un jour dans 10 ou 20 ans, on vous parle d'un homme qui murmure à l'oreille des ours polaires (s'il en reste), peut-être que vous vous direz : " Mais attends...je le connais celui-là... Oui, c'est ça... C'est Théophile !!!" 

Bonne journée.
LaMaman

PS : Théophile a toujours pour projet de devenir paléontologue. Nous en sommes à préparer les aménagements pour le bac. Il travaille dur et il adore ses cours (bien formels, ça lui convient). Ses derniers bilans lui laissent entrevoir des possibilités certaines. De plus, il se plait ici. Il est chez lui dans "ses" montagnes. Il y trouve beaucoup d'apaisement et il répète à l'envi que "c'est beau"... Alors on continue et on ne change rien (ou presque) pour le moment.

(*) C'est une chanson que j'entends tous les mardis dans la salle d'attente du cabinet d'orthophonie (vous savez, les bandes-son qui tournent en boucle et vous empêchent de lire) alors j'ai juste trouvé qu'elle était de circonstance. Joli texte quand même...