Je ne pense pas que le thème de la socialisation en général soit un faux-problème tel que l'on souhaite l'aborder.
Néanmoins, je souhaiterais attirer l'attention sur l'utilisation de ce mot, qui est fréquemment détournée de sa définition d'origine selon moi...

En réalité, lorsque l'on pose la question "Et la socialisation ?", on nous demande si les enfants non/dé-scolarisés entretiennent d'autres relations en dehors de leur famille (pour faire court). Oui bien sûr :).

Cependant, cela n'entre pas dans le cadre de la définition donnée par mon Larousse, qui dit à ce sujet :

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Socialisation : [...] 2. Processus par lequel l'enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s'intègre dans la vie sociale.

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Et cette définition, j'aimerais la mettre en très gros ;).

Bref, la socialisation, c'est tout simplement l'acquisition des "codes" propres à vivre correctement en société.

Mais, lorsque l'on demande aux familles instruisant leur(s) enfant(s) à domicile, la "socialisation" prend une valeur très éloignée de la définition donnée par mon dictionnaire... Pourquoi ?
Cela soulève pour moi deux réponses : il y a une différence nette entre la manière dont on l'interprète dans la vie courante, et la manière dont on devrait interpréter le terme de "socialisation".

  1. Si l'on s'en tient sticto-senso à notre définition de notre bon dico Larousse, pour lequel il s'agit de l'acquisition des valeurs et des règles de conduite dans notre environnement (bref, le monde, la société, je ne parle pas ici de Dame nature ;)), la question devrait signifier : "Vos enfants savent bien se comporter en société ?" (rires :)) Ce qui peut s'avérer risible, puisque des personnes ont déjà complimenté nos parents sur le fait que nous étions très polis et bien éduqués ;). Vous saisissez le non-sens ?
  2. En réalité, on s'aperçoit rapidement qu'on doit "traduire" la question de nos interlocuteurs par : "Et ils voient quand même des enfants de leur âge, à part vous ?". A nous de leur lister les activités que nous faisons/faisions, pour leur prouver que oui, nous ne sommes pas paumés sans Papa et Maman :).

Bref, la définition de "socialisation" n'est pas forcément le meilleur mot pour expliciter les pensées de nos interlocuteurs (surtout quand on vient de jeter un œil dans le dico !).

Alors, oui, je sais... J'ai l'esprit tordu... Et on ne peut pas en blâmer tout ceux qui nous pose la question : Et la socialisation ?
Après tout, ce mot, on l'entend partout... à toutes les sauces... un de ces jours derniers, sur France Info, David Abiker ("A la Une du net" à 9 h 20) parlait de Facebook d'un "réseau de socialisation"... Mmmh, faudrait qu'on en discute !
Ce n'est pas que je n'aime pas ce journaliste, ah non non non, j'aime beaucoup sa rubrique, mais franchement, un réseau de socialisation, Face de bouc ouh ouh :-°...

C'est pourquoi, j'aimerais, au lieu d'utiliser ce mot de "socialisation", qu'on nous demande tout bonnement et simplement si oui ou non, nous entretenons de bonnes relations avec des enfants hors du cadre de la famille, du "cocon familial" de la même manière que les "scos" pour faire autre chose (mais si, comme tout le monde, il vont et ils viennent !) :)...

En tout cas, si vous aviez des idées, pour un mot qui correspondrait mieux, je suis preneuse ;) !!

Ne pensez-vous pas que ce serait plus honnête vis-à-vis de nous plutôt qu'utiliser un terme tronqué (ok, ce n'est pas de votre faute cher(e)(s) lecteur(s)/trice(s) !!) :) ?

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La socialisation (la vraie, celle du dico !!)

Pour s'en tenir à l'apprentissage de la socialisation, la véritable cette fois-ci (c'est toujours moi qui parle)...

L'école est elle vraiment un facteur important de la socialisation ? Quels sont les principaux vecteurs de l'apprentissage des codes sociaux ?

En effet, lors de la sempiternelle phrase "Et la socialisation ?", cela sonne un peu comme si l'école avait le monopole de la sacro-sainte chose...

Or, réduire l'acquisition de la socialisation à un cadre restreint (soit seulement l'école, soit seulement les parents) est à mon avis une erreur.
Je dis ceci car certaines personnes se demandent comment on peut se socialiser correctement sans être allé(e) à l'école (dans les sens 1- et 2- abordés en première partie de billet), sans avoir été 8 heures par jour et cela 4 à 5 jours par semaine, avec des jeunes de son âge (ce qui peut nous faire : 8 x 4 = 32 h /semaine, ou 8 x 5 = 40 h ; soi dit en passant, on passe presque autant de temps, parfois plus, à l'école primaire ou au collège, que ses parents au boulot :)).

Les "codes" de la société s'apprennent en grande partie, toujours selon moi (ce billet est un avis personnel), plutôt jeunes (enfin, avant l'adolescence), et surtout plus au contact des adultes que des "petits" de son âge (pour les "petits", j'entends "jeunes enfants", type en âge d'être à la maternelle comme je l'ai été).
En effet, imaginons, seuls livrés à eux-mêmes (enfin : entre eux-mêmes) un grand regroupement d'enfants du même âge (non, ce n'est pas Sa Majesté des mouches !!). Acquiereront-ils les codes sociaux ? Non, bien sûr que non. Ce qui nous prouve que placer des enfants seulement entre eux, comme l'on pourrait le faire dans une classe, n'est pas un vecteur primordial de socialisation...
Alors attention, je n'ai pas dit qu'il fallait laisser tous les enfants avec des adultes, dans le seul but d'apprendre les "codes" ce serait trop rébarbatif :P !!

Exprimé d'une manière un peu différente et un peu moins tortueuse, ce sont souvent les adultes ou les "grands" qui donnent aux plus jeunes les clefs pour comprendre le monde qui les entoure. Et je ne pense pas qu'être toujours "entre" bambins du même âge (comme : toute la journée à l'école) par exemple soit un facteur majeur de la socialisation comme dit plus haut !
Non pas que ce soit toujours préjudiciable, bien au contraire ; les enfants aiment s'amuser ensemble aussi :) !

Je considère que si ces enfants sont "socialisés", donc qu'ils apprennent les codes de la société, c'est qu'ils ont eu des "grands" parmi eux (prof, parents, grand(e)s frères/sœurs, autres membres de la famille, nounou dans une moindre mesure peut-être,...) qui ont su leur expliquer ce qu'ils ne comprenaient pas.
>> Tout comme les enfants non-scolarisés en vérité...

Bref, quand les gens nous adressent la parole, bien sûr qu'ils s'aperçoivent que nous sommes "socialisés" (qu'on peut également employer au sens de "sociables"...!) : nous ne sommes évidemment pas effrayés lorsque l'on nous adresse la parole (pas de bond de kangourou au programme !!), nous sommes aimables, normaux quoi (même si certains nous trouvent originaux :) )... C'est simple, certaines personnes ne voient pas la différence avec de gentils enfants scolarisés :) ...

Liens externes :

> La socialisation ne rime pas forcément avec scolarisation, la preuve sur le blog d'Augustin, enfant autiste "oublié" par sa classe alors qu'il devait passer l'épreuve de l'ASSR 1 : http://blogaugustin.canalblog.com/archives/2010/03/29/17400414.html

> Le sujet développé de manière très intéressante par un père non-scolarisant : Socialisation, sociabilité, insertion sociale... sur le forum de l'association LAIA

> La socialisation sur le site de la Homeschooling Legal Defense Association (Canada) : http://www.hslda.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=61&Itemid=82#faq4 (en anglais)

> La socialisation des enfants souffre-t-elle d'une éducation familiale ? Sur le site suisse homeschooling : http://nyonweb.ch/homeschool/articles.php?lng=fr&pg=27