Alors que je lisais et commentais un article de Plouf, ici, en retour, je reçois d'elle un lien, , dont j'ai déjà bien avancé la lecture... Petite précision, depuis la rédaction de ce billet et sa mise en ligne, d'autres parents se sont emparés du rapport en question. Vous trouverez un excellent article chez "Découvrir avec Mi et Lou" sur la souffrance au collège et il est à lire ici.

Il faut dire que je m'abreuve régulièrement à la fontaine des études, rapports et autres écrits estampillés "éducation nationale" et le fonds semble inépuisable.

Celui-là est assez stupéfiant. Il démontre sans équivoque qu'alors que le socle commun des connaissances avait été présenté comme "indispensable[...] pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société", le résultat est assez éloigné de son objectif. Haro sur le collège avec cette phrase assassine:"Le collège est un lieu improbable dont l'imaginaire est celui du lycée bourgeois alors qu'il accueille des classes de certificat d'études". Constat sévère proféré par François Dubet, sociologue lors de son audition par l'Assemblée Nationale (le 17/02/2010).

Ok, j'admets bien volontiers que gérer, organiser, promouvoir une masse de 13,5 millions (environ) d'élèves n'est pas chose simple. Rappelons que le buget de l'Education nationale était de 60,8 milliards d'euros en 2010 (si vous souhaitez savoir combien coûte un élève français en comparaison de ses homologues européens, c'est dans le rubrique "coûts et financements").

On pourra aussi me retorquer que "ça n'est pas bien de tirer sur l'ambulance". C'est certain mais mes réflexions ne sont pas seulement bêtement critiques, elles reposent sur des interrogations qui appellent certaines réponses qui ne viennent pas. Que certains personnels de l'EN qui liraient ce billet ne se sentent pas offensés, je continue à penser que le métier d'enseignant (fait avec enthousiasme, passion et dans le respect de l'élève, cela va sans dire) est un métier riche et...épuisant!

Donc 120 pages d'un rapport accablant (certes un peu "réchauffé" puisqu'il date d'octobre 2010) sur les objectifs visés par le collège en matière de "Socle commun des connaissances".

Mais ce qui est le plus consternant et en commençant par le primaire (les ennuis commencent très tôt), c'est qu'il faut imaginer que sur 100 élèves de CM2, il est déjà possible de déterminer quels seront les 70 qui seront dirigés vers des filières techniques (voire moins, voire rien du tout) et les 30 qui accèderont aux filières générales. Vous me direz: tous les enfants ne rêvent pas d'un bac S ou L ou ES. Certes...Mais combien en auraient rêvé justement et  ne se les verront jamais proposés (parce qu'issus d'un milieu social défavorisé, par exemple). Le rapport est éloquent: l'école est "élitiste" là où elle s'était fixée un objectif d'équité!

Pour commencer, j'ai relevé un passage savoureux concernant l'orthographe. Pour ma part, il m'arrive d'imprimer des pages de blogs divers et variés et de les faire corriger par Mathilde...

Donc on affirme à la page 15 dudit rapport que: "Cet effet « amont » est d’autant plus préoccupant que les compétences des élèves de primaire se dégradent. À titre d’illustration, avec la même dictée proposée aux élèves de CM2 à vingt ans d’intervalle (1987- 2007), à partir d’un texte d’une dizaine de lignes, le nombre de fautes – mots mal orthographiés ou ponctuations erronées – est passé en moyenne de 10,7 en 1987 à 14,7 en 2007. En outre, le pourcentage d’élèves qui faisaient plus de 15 erreurs était de 26 % en 1987 ; il était de 46 % en 2007." Bien entendu il est précisé que ces lacunes "rendent impossibles aussi bien un réel parcours scolaire au collège qu’une formation qualifiante ». C'est une évidence!

DSC05727Alors dans la rubrique :"J'ai testé pour vous", j'ai mis à contribution Junior, j'ai nommé Théophile (TED avec trouble autistique et trouble du langage / 9 ans). J'ai donc récupéré une dictée d'évaluation de CM2 (les enfants ont donc habituellement entre 10 et 12 ans)  et nous voici attablés tous les deux. Loustic est concentré, top départ!

Je passe sur les difficultés motrice de Théophile qui ont déjà été évoquées pour me concentrer sur l'orthographe. 10 lignes, sans aide et sans support (Mathilde est témoin). Résultat: 4 fautes et si je me réfère au codage (ah oui parce qu'il y a les points bonus!) que vous trouverez sur le lien: 0 faute. Si vous souhaitez faire plancher vos enfants et consulter le barême, c'est ici.

Comment expliquer ceci? Dans le rapport des inspecteurs venus contrôlés Théophile en 2011, il est noté:" Bonne orthographe. Seul le mout "écureuil" lui est épelé par l'adulte." Ca tombait bien, la dictée faite ce jour contenait le mot "écureuil" et même s'il a un peu buté dessus, il l'a finalement bien orthographié.

Alors je n'émets aucune hypothèse sur cet échec des enfants à intégrer les règles orthographiques de base mais ma question est: pourquoi? Pourquoi le "destin scolaire" d'un élève français est tracé dès la sortie du primaire (peut-être même avant!), pourquoi tant de fautes là où l'apprentissage du français (sous tous ses aspects - expression écrite et orale, orthographe, vocabulaire..) a pris une place prépondérante dans l'emploi du temps d'un élève de primaire (10 heures par semaine contre 5 heures pour les mathématiques). Et j'ajoute les matières qui viennent compléter indirectement l'apprentissage du français comme la "découverte du monde" ou encore "les pratiques artistiques et histoire des arts" . Le détail est .

Et ensuite si on creuse, on est vite confronté au " qui de la poule ou de l'oeuf"? Puisque de toute évidence, les problèmes débutent plus tôt encore. L'école maternelle est déjà l'école des "élites".Un article sur Wikipédia propose comme explication:"Une enquête menée pour le ministre de l'Éducation montre que les enfants scolarisés à deux ans s'intègrent plutôt mieux dans le cursus scolaire et redoublent moins souvent le CP et le CE1 mais contrairement aux ambitions affichées, les classes des deux ans sont surtout fréquentées par les enfants des familles aisés ou d'enseignants. De ce fait, les résultats de l'enquête sont quelque peu biaisés. Il semblerait que la scolarisation anticipée n'a pas réellement d'effet bénéfique sur les enfants. De plus, l'essentiel des hiérarchies scolaires est déjà en place à la fin de la grande section. L'école maternelle française ne parvient pas à amener les petits sur un pied d'égalité. Une partie de l'explication pourrait être le fonctionnement déjà très scolaire de la grande section". C'est ici.

Bref, on n'en sort pas!

Pour l'anecdote, juste deux réflexions de nos filles. L'aînée vient d'achever les corrections des dernières copies de ses étudiants. Un constat: il lui est impossible de se concentrer sur le fond dans un premier temps et ce pour deux raisons: elle est obligée d'effectuer une première lecture pour y incorporer un semblant de syntaxte qui lui rendra "l'exposé" écrit des étudiants "lisible" (une sorte de traduction en somme) puis un deuxième passage pour corriger les fautes orthographiques souvent de la plus grande originalité. Seulement ensuite, elle peut effectuer son travail!

Sur un groupe de 30 étudiants de Licence 1 (dans le parcours européen LMD), seuls 2 ou 3 lui semblent être aptes à suivre des études supérieures universitaires. Le reste se perdra au fil des années au gré d'une sélection - certes plus tardive qu'en prépa - mais tout aussi impitoyable!

Elle a regretté de ne pas avoir pu m'adresser par mail quelques copies pour le jour du contrôle pédagogique de Mathilde, persuadée que les inspectrices présentes n'en seraient pas revenues...

Le professeur de "biologie animale" d'Anne (Licence 1) en rendant les copies leur a bien signifié que "l'orthographe n'était pas facultative". Lui non plus n'en revient pas...

Sur ce, si certains d'entre vous ont des réponses ou des pistes qui m'éclaireraient, je suis preneuse.

Suite de ma lecture très bientôt... 132 pages tout de même!!! J'ai besoin d'un peu de temps.

LaMaman