La petite histoire que je vais vous raconter là est un peu "tristoune" mais elle est assez évocatrice de ce que l'école à la maison veut et peut éviter. 


Une dame "très comme il faut" (on ne va pas rentrer dans les détails) et qui habite à deux rues de chez nous arrive à notre portail un soir de pluie. Talons aiguilles, pantalons de tailleur noir, elle arpente tranquillement (et courageusement) notre chemin...boueux. Elle accoste LePapa justement occupé à fermer la "propriété". 

Elle lui explique qu'elle doit dans le cadre du recensement national lui remettre un dossier qu'elle viendra récupérer une fois que nous l'aurons dûment rempli d'ici...4 ou 5 jours. Soudain LePapa a un flash et lui pose cette question: "Devons-nous tenir compte de notre fille aînée étudiante en Bretagne?". Elle lui répond que non puisqu'elle réside à temps plein dans la ville de R... Avant de repartir, elle précise qu'elle est elle-même originaire de la région bretonne et demande à son tour: "Et votre fille fait des études de quoi?". LePapa: "D'archéologie". La dame salue puis repart...par le même chemin boueux !

Un peu moins d'une semaine plus tard, la dame revient. Avant même que j'ai le temps de lui remettre le dossier rempli, elle commence par me raconter cette histoire:

"Votre mari m'a dit que votre fille faisait des études d'archéologie (Ndlr: à l'époque Lucie préparait son master2). C'était le projet de mon fils aussi. Il a 17 ans aujourd'hui. Mais ce ne sera pas possible... Il voulait faire ça depuis tout petit, c'était son truc, il creusait partout, le moindre caillou retourné était un loisir et le moindre tesson ou la moindre céramique, un trésor. Il travaillait très bien, excellent élève et un projet déjà ! En début de cinquième, une prof a eu l'idée de demander à chacun des élèves de la classe quel métier il envisageait . Il répond: "Je veux devenir archéologue". Du tac au tac, l'enseignante lui répond: "Mais ce n'est pas un métier, tu vas crever de faim avec ça!"

La maman me décrit alors un enfant anéanti, transformé et eux, les parents, qui cherchent péniblement les mots pour tenter de le remotiver. La prof a parlé, la prof sait...forcément!


Les résultats scolaires de son fils ont chuté si bien que quelques années plus tard, il n'a pas obtenu son DNB (diplôme national du brevet ex-Brevet des collèges pour les plus anciens, ex-BEPC pour les dinosaures!).

Orienté en CAP-Vente, il se traîne sans conviction dans ce milieu visiblement pas fait pour lui. Elle me demande si notre fille accepterait de le recevoir pour lui expliquer le parcours à suivre et reprendre tout à zéro. Bien sûr mais ce n'est pas aussi simple. Il aurait fallu qu'il vienne bien plus tôt. La maman ignorait qu'il était nécessaire d'obtenir le bac et qu'un archéologue n'est archéologue qu'une fois le master2 en poche voire un doctorat.

Finalement on se rend bien compte que le manque d'information des parents quant à l'orientation possible de leur enfant a donné aux paroles de l'enseignante une importance démesurée.


Bref la dame est désespérée d'avoir à ses côtés un fils que plus rien ne motive mais comme elle me le précise avant de repartir:" Mais il est plutôt mignon, j'ai pensé que je pourrais lui constituer un "book". Comme ça, il pourrait peut-être poser pour des photos de mode!". Je n'ai plus eu de nouvelles de ce garçon...

J'ai pensé encore une fois qu'on s'était épargné ça !

Lorsque les enfants ont un projet, en toute logique il est de notre devoir de les mener au port et aucun commentaire (qui la plupart du temps n'est que le reflet de nos peurs, de nos insatisfactions ou de nos projections) n'est nécessaire. On prend acte du projet et on étudie la manière de le rendre concret. C'est tout !  

J'ai juste pu expliquer à cette maman désappointée que devenir archéologue est possible (mais peu d'élus quand même: il y a en France environ 5 000 archéologues) et qu'on peut en vivre à condition d'être très décidé (forcément). D'où l'intérêt de maintenir vivante cette motivation, cette fraîcheur, cette curiosité qu'ont les enfants et qu'on leur ôte souvent bien trop tôt !

Nanou (LaSeconde des filles de la maison) a très bien expliqué son projet dans cet article,,  et la manière dont elle se l'est approprié... en ne laissant à personne le soin de le retoquer (et encore moins de la démotiver, sinon elle mord!!!). Sa devise:"There is no alternative"... Elle a eu la gentillesse d'exposer l'intégralité de son projet. Ce n'est qu'un exemple mais peut-être que coucher sur papier les souhaits des enfants, en les prenant au sérieux (et en oubliant:"Mais oui mon(a) chéri(e), on verra dans quelques années") et leur expliquer (même très jeunes et s'ils ont déjà un projet bien sûr!) comment accéder à leur rêve (en essayant de dénicher tous les parcours possibles et il y a des possibilités insoupçonnées: il faut chercher, il n'y a pas que prépa dans la vie!) , oui tout cela peut peut-être les aider à garder leur motivation intacte. Alors à vos crayons !!!

Dans l'exemple d'Anne bien sûr, il s'agit d'un PPE de fac mais croyez-moi, son projet était déjà "très clair dans sa tête" depuis très longtemps comme celui de Lucie ou de Mathilde (bon pour la petite dernière, rien de changé, c'est toujours TOP SECRET - parfaitement ficelé mais je suis toujours réduite au silence...Pas facile quelquefois de tenir sa langue!). 

A bientôt

LaMaman