Cette lettre fait suite à la lecture de ce billet (ici) et de ce billet (). 

Si vous souhaitez savoir de quoi il retourne, c'est également.  Désolée, cette fois, il n'y aura pas de photos et la lettre est un peu longue mais l'information est importante (même si elle n'a pas été très relayée enfin pas suffisamment - à l'époque)

Madame,

Vous prétendez que les mères au foyer seraient les grandes bénéficiaires d'une niche fiscale (ndlr: part supplémentaire dans le calcul de l'impôt sur le revenu dans le cadre d'un ménage mono-actif) que personne n'avait jusque là envisagé de remettre en cause et vous affirmez que "l’emploi des femmes est encore vécu comme un travail et un salaire d’appoint, et le système fiscal renforce cet état de fait car il repose sur le principe de la conjugalisation. Il est donc très coûteux de travailler pour le deuxième apporteur de ressources du ménage qui est souvent la femme". 

Ce n'est pas tout à fait vrai : toutes les mères au foyer ne sont pas sous-diplômées et toutes n'occupaient pas des emplois de misère (parce que beaucoup ont exercé une activité professionnelle "épanouissante" et lucrative avant de faire le choix de s'occuper de leur progéniture). 

Pourquoi alors cesser de travailler ? Voyez-vous en ce qui me concerne (je vais parler en mon nom propre et éviter la généralisation comme vous le faites, vous, si bien), j'ai vite compris qu'un enfant n'est pas un bagage que l'on dépose à la consigne sans même savoir à quelle heure on viendra l'y rechercher d'ailleurs: mon employeur de l'époque avait la très fâcheuse habitude d'imposer à ses subalternes "la" réunion de 18 ou 19 heures. Pas facile de négocier avec la nounou et de régler un nombre impressionnnant d'heures supplémentaires à cette personne qui à chaque fois nous faisait savoir "que ça ne pourra plus durer bien longtemps comme ça!". Nous avons bien envisagé la crèche mais là, vous connaissez aussi bien que moi la situation de la France sur ce sujet, nous ne nous étendrons pas.  

Vous-même, n'avez-vous pas affirmé au e-magazine "Terra Femina" que vous deviez "passer  [vos] journées à dire qu’on doit trouver une bonne articulation entre vie personnelle et professionnelle », (...) accompagner [vos] enfants à l’école au moins trois fois par semaine, sans pour autant toujours y parvenir.

Travailler à aussi un coût : transport, habillement, déjeuners, frais de garde...et impôts. Tant et tant que les calculs ont été rapides et sans appel : nous travaillions à perte (je dis "nous" parce que cela concernait le papa également) ! Etonnant, non ? Et pourtant c'est la réalité, même si nos salaires de l'époque étaient à peu près équivalents (le mien était "de fait" amputé d'environ 15%  puisque "salaire au féminin": les choses n'ont pas beaucoup changé et je parle là d'un temps que les moins de vingt ne peuvent pas connaître. Les politiques font beaucoup de propositions et d'effets d'annonce avec un résultat, somme toute, très limité).

Bref, à la naissance de notre première fille, nous avons rapidement noté un changement dans notre conception même de l'éducation d'un enfant. C'est devenu, disons, plus "complexe" : accompagner,  guider,  soigner, éduquer, instruire, écouter...Un job à plein temps, quoi et pas l'envie de déléguer... Les voir vraiment grandir, être présent, avoir une VRAIE vie de famille. Vingt six ans plus tard, je crois que nous pouvons affirmer que nous sommes en passe de réussir notre "projet de vie". 

Nous avons quatre enfants (dont un petit dernier handicapé et j'informe que compte tenu du montant restant à la charge des familles en France pour financer les soins, la part supplémentaire sur les revenus de monsieur est loin de pouvoir être taxée de "niche fiscale")... Je vous rassure, nos filles ne rêvent pas de devenir mère au foyer et pour tout dire, elles ne rêvent même pas d'avoir des enfants tout court : trop coûteux, trop compliqué et pas l'envie de "sacrifier" leur métier. Là encore, soyez rassurée, une mère au foyer n'engendre pas que de futures ou potentielles mères au foyer. Leur non-désir d'enfants ne vient pas de leur maman mais de leur connaissance parfaite des problèmes liés aux modes de garde et au temps nécessaire à consacrer à l'éducation telle qu'elle la conçoivent. 

Certes, leur décision est dommageable quant à l'économie même du pays (si je comprends néanmoins) ; en effet, leurs "petits" auraient pu devenir des actifs qui auraient pu à leur tour être "taxés" (taxes dont on se demande bien où elles passent mais là, nous sommes un peu hors-sujet) et auraient pu financer les retraites de leurs aînés (vous, par exemple)...Là, rien !

Vous souhaitez que les femmes (et les mères au foyer en particulier) retrouvent le chemin de l'emploi. Alors là, permettez-moi de sourire. N'êtes-vous pas au courant de la situation de l'emploi en France ? Je ne connais pas autour de moi une seule personne active dont l'emploi ne soit pas menacé (mais c'est tout bénéfice pour les politiques: on manoeuvre toujours mieux un peuple abreuvé à "la culture de la trouille", c'est bien connu). Soyons sérieux un instant et cessons la démagogie: j'ai abandonné "mon poste" qui a été cédé à une de mes collègues menacée de retraite anticipée à l'époque. Déjà, il n'y avait pas suffisamment d'emplois pour tout le monde (nous sommes alors dans les années 90 et la situation n'a jamais cessé de se dégrader depuis...).

Croyez-vous vraiment qu'il me suffirait aujourd'hui de me présenter chez un employeur et de lui réclamer le poste que j'ai quitté il y a un petit paquet d'années maintenant ? Avez-vous si peu de connaissance réelle de l'emploi pour penser que vous arriverez à "éponger" sur le marché du travail le quota actuel de mères au foyer ? 

Il y a fort à parier que vous les conduiriez  tout droit sur le chemin de la précarité ou que vous ne feriez qu'augmenter les satistiques du chômage (pas très bon tout ça!). Pour le moment, je peux donc affirmer que je suis à la charge pleine et entière de mon adorable mari (et non pas complètement de la société) qui ne m'a jamais qualifiée, lui, de "mère au foyer", et qui n'a jamais insinué que je profitais un tant soit peu du bon argent du contribuable, ni du sien d'ailleurs.

Si vous pensez vraiment que la place d'une femme d'aujourd'hui se trouve dans l'entreprise alors n'oubliez pas de prévoir également des emplois épanouissants ainsi que le salaire qui va avec, des horaires aménagés, des crèches ouvertes très tôt le matin ou très tard le soir (voire la nuit), des nourrices agréées et capables de faire s'épanouir des bambins qui ne profiteront de leurs mamans éreintées qu'à partir de 19h (voire plus)...et j'en passe !

Vous avez fait vous-mêmes des choix qu'il ne me viendrait pas à l'idée de contester. Respectez les nôtres et concevez que de nombreuses femmes ne vivent pas leur situation de mères au foyer comme un pis-aller mais plutôt comme une responsabilité éducative pleine et entière vis-à-vis de leurs enfants. Vous arrivez à tout gérer (enfin un peu difficilement, il me semble quand même si j'en juge par vos propos), moi, je souhaite simplement jouer mon rôle de mère tel que je l'ai envisagé le plus sérieusement du monde il y a un moment dejà. Nos conceptions sont différentes mais je respecte vos choix.

Nous savons que la crise (qui a bon dos, comme chacun le sait) accule les gouvernements successifs à des économies drastiques mais il ne faudrait pas se tromper de cible, encore une fois. Nous sommes habitués aux annonces des uns et des autres membres du "bureau politique" au sujet de tout et de rien, des volte-faces, des mesures qui n'ont rien de très "sociales" (et là, il serait bon de rester un peu conhérent avec sa ligne politque).

 En ce qui me concerne, j'ai voté à gauche aux élections présidentielles (pleine d'espoir... j'y regarderai à deux fois maintenant) mais cela ne signifie pas que je ne peux pas changer d'avis si je le juge nécessaire. Et statistiquement, on le sait, les mères au foyer ont la fâcheuse tendance à mettre au monde beaucoup d'enfants (nos aînées sont en âge de voter maintenant), il se pourrait que la progéniture en question ait à coeur de défendre les choix et les intérêts de papa et maman. C'est hélas, j'en ai bien peur, mon seul moyen de pression... Les échéances approchent... Je désespérais du gouvernement précédent, avec celui-ci, je ne sais jamais sur quel pied danser !

Il me semble que des sujets plus importants pourraient occuper vos collègues et vous-mêmes et en particulier celui de l'emploi (il suffirait déjà de cesser de nous jeter perpétuellement de la poudre au yeux avec de bonnes idées qui n'en sont finalement pas ou de vous réjouir de statistiques qui ne valent pas la peine qu'on s'en réjouisse). 

Il n'est pas utile en ce moment de s'attaquer aux familles sans offrir d'alternatives sérieuses et pérennes. Il serait plus judicieux de s'occuper des salariés en activité et qui s'accrochent déséspérement à leur maigre salaire et à leur précarité, faute de mieux. 

Le féminisme a ses limites lorqu'il force des femmes à renoncer à leur choix (et c'est ce que vous faites). Toutes les mères au foyer ne sont pas "claquemurer" chez elles et la plupart s'épanouissent dans leurs activités diverses et variées (pour la plupart bénévoles mais bien réelles). Qant à la niche fiscale que vous pointez du doigt, là encore, votre gouvernement se trompe de cible. Les moyens financiers des familles mono-actives ne sont pas illimités, les fins de mois peuvent comme pour tout le monde être parfois compliquées. Néanmoins, elles ne renonceront pas à leur choix. Ne leur compliquez pas encore davantage la vie...

Très sincères salutations à vous.

LaMaman

J'encourage les "mères au foyer" à faire connaître leur opinion sur le sujet sur leurs bogs respectifs si elles le souhaitent. Faites passer le message. Merci !