La chaleur qui dure, le vent qui s'en mêle et les tonnes de poudre de perlinpinpin déversées dans les champs ont causé une belle frayeur aux quelques habitants du hameau. Enfin les quelques "quelques" puisque bien comptés, nous devons être une dizaine d'habitants dans la zone concernée. La cohabitation entre les riverains et les agriculteurs devient ici un tantinet problématique. Visiblement certains ont décrété que toutes les terres leur appartenaient de fait. Quant au respect de l'environnement, de toute évidence, ils s'en battent l'oeil ! Le très court échange avec le paysan possesseur du terrain qui s'est embrasé ne nous a laissé aucun doute sur la question.

Reprenons le cours des évènements. Théophile lit. Quant au reste de la maison, chacun vaque à ses occupations (tranquilles, il fait chaud - les portes et fenêtres sont donc closes - et c'est le tout début d'après-midi). Quand soudain, j'entends LaTroisième déclarer à la manière de :

Filed under: Silalice's thoughts — silalice @ 9:38 am

"Tiens, il y a un gendarme dans le jardin". Pas habituel quand même dans le coin. Je pense à un dangereux individu planqué dans les bois environnants, une "rave-party" qui aura tourné mal au bout du chemin la nuit précédente. Sanglé dans son gilet pare-balles, il s'étonne visiblement de nous voir encore là. Et pour cause ! "Vous êtes au courant qu'il y a un incendie à côté de chez vous?". Comme nous ne sommes pas particulièrement fans des barbecues géants, et pas de constitution inifugeables non plus, il s'agit de sortir...VITE, TRES VITE !!!

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Imaginez ceci mais au sud, au nord, à l'est et à l'ouest !

Que faire avant, que prendre ? Pas le temps... Les enfants sont grands, chacun sait ce qu'il a à faire. Même Théophile que je vais chercher à l'étage me répond: "Ah, c'est le feu !". Je précise que sa chambre est à l'opposé donc il n'a pas pu voir l'incendie encore. Mystère...

Bizarrement, je décrète que je prendrais bien, dans l'ordre: mon téléphone, mons sac à main (!) et toutes les clés. Je prends soin d'éteindre la chaudière dans le garage (encore plus drôle) et de fermer une à une toutes les portes (carrément hilarant parce que ça n'aurait pas servi à grand-chose). En effet, même complètement cramée, je me disais que je n'aimerais pas que des pilleurs viennent au milieu des décombres de la maison pour y ramasser le peu qu'il restait. Il se passe vraiment des trucs étranges dans notre cerveau dans ces moments-là.

Passé le portail, en effet, c'est saisissant: le champ flambe là, à quelques mètres de chez nous et les pompiers (en sous-effectif visiblement), se battent avec le feu tant qu'ils peuvent (juste chapeau bas à tous ces gens. On les a vus à l'oeuvre, c'est impressionnant). 

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Sauf que le feu s'étend bien au delà des limites du champ en question, les flammes n'ont pas fait de quartier, traversant la route qui amène au hameau suivant (de ce côté, Le Papa a estimé que l'incendie s'est arrêté à environ 100 m des habitations). Les fumerolles attisées par le vent redémarrent de partout, le camion rouge fait des aller-retour incessants et malgré tout, ça s'étend, ça se rapproche de la maison et on voudrait bien crier "là, là" pour que les pompiers pensent à la forêt qui roussit aux abords du chemin, aux veaux à l'arrière qui pleurent des larmes de cendres et aux chevaux en contrebas (ces gentilles bestioles ne nous appartiennent pas mais nous leur rendons visite régulièrement).

Mais rien n'y fait. Puis le survol d'un gros avion militaire déclenche des secours plus conséquents. Là, ça ne rigole plus ! 50 pompiers au total, grosse citerne, plusieurs camions.

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Pendant des heures, ils vont s'acharner à préserver les forêts, les animaux et ...les habitations (ouf !). Le reste a brûlé... irrémédiablement.

Théophile regarde ça, je lui demande juste s'il a eu peur. Il répond qu'il a juste pensé à "ses affaires" (livres, WII, DVDS, châteaux de chevaliers...). Comment le lui reprocher... nous n'avons rien fait d'autre non plus. J'ai toujours trouvé exagéré les gens qui parlent de "viol" lorsqu'ils sont victimes d'un cambriolage à leur domicile, de même que ceux qui parlent "d'être pris en otage" sitôt que des grévistes bloquent le départ de leur train. Alors là, je n'essaierai pas de définir ce sentiment étrange et indescriptible qui vous saisit à la perspective de tout perdre. Parce que dans une maison, décidément, je me suis rendu compte que tout n'était pas que matériel.

Il m'est alors revenu à l'esprit une parole de Théophile: "Ah, c'est le feu ?". Comment, bon sang, pouvait-il savoir ? La réponse est simple: lorsqu'il a entendu la moisonneuse approcher de la maison (regarder les moisonneuses, c'est pour lui une attraction, bien plus que Disneyland !), il a couru à l'étage dans notre chambre (dont la fenêtre donne sur le champ). Il nous a crié :"Un renard vient de s'échapper, il a eu peur du bruit.". Ca l'a amusé, puis plus rien. Il est retourné dans ses quartiers (de l'autre côté de la maison) avec ses chevaliers. Néanmoins, en le questionnant plus encore, il a reconnu avoir vu l'incendie (à quelle distance de chez nous? Nous ne savons pas, il n'est pas arrivé à l'évaluer).

La question logique est :"Alors pourquoi tu n'es pas venu nous avertir ?". Et là, je dois dire que nous avons pris conscience des limites du processus de "généralisation" qui une fois acquis n'est pas suffisant chez notre autiste de service (cliquez ici puis allez directement à la page 18. Cela dit, le fascicule est bien fait et mérite une lecture intégrale. Enfin, si vous avez le temps...). Dans ce cas précis, il a été incapable d'évaluer le risque encouru pour une raison précise qui a parasité son jugement.

Je m'explique: la parcelle de terrain embrasée était naguère et pour une petite partie, la propriété d'un modeste agriculteur pour le moins original. Le plus souvent, ce lopin de terre (juste sous nos fenêtres) était laissé en friches. Mais voilà qu'un jour, il décide d'y faire pousser du maïs. C'est alors qu'avant l'ensemencement, il brûle son champ "à l'ancienne" (je ne sais pas si c'est encore autorisé mais en ce qui me concerne, j'ai vu faire ça dans ma jeunesse). Sauf que son tout petit et très vieux tracteur est dans le champ à quelques mètres des flammes et que de nos fenêtres, nous suivons (un brin inquiets quand même) les va-et-vient du paysan...des fois qu'il ait décidé de finir en torche humaine, lassé de son existence miséreuse (j'ajoute que ce monsieur est décédé quelques mois après, victime d'un accident cardiaque, aux commandes de son tracteur qui a dessiné des figures circulaires - genre atterrissage d'une soucoupe volante - jusqu'à ce que le réservoir de gasoil se tarisse. Il a été retrouvé le lendemain matin affalé sur son volant, raide mort. On a cru bon ensuite de nous préciser qu'il avait toujours été "bizarre". Bah là, pas d'étonnement particulier chez nous !). Finalement, tout se passe sans dégâts et on finit par se dire que ce sera toujours une pulvérisation en moins. Théophile a donc acté qu'un feu dans un champ n'avait rien de dangereux et il a donc consciencieusement appliqué et généralisé l'évènement passé (qui date quand même de plusieurs années) à la situation présente. 

Sauf que là, il ne s'agissait pas d'une mini-parcelle et que l'incendie a ravagé plusieurs hectares (50 au total selon nos dernières sources !).

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  Le petit bout de maison à droite, c'est... le nôtre !               une autre vue (partielle) des dégâts.

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                                         Le champ vu de notre fenêtre...désormais !!!

Nous avons donc dû expliquer à notre autiste que non, un feu dans un champ, ce n'est plus une manière acceptable de le désherber, que cela pouvait même être très dangereux (sans compter les rejets de CO², argument qui fait toujours mouche chez lui. Il n'est, cela dit, pas plus convaincu par les pulvérisations à répétition. Evidemment, il a raison).

Il a eu l'air perplexe mais je pense que nous pouvons désormais compter sur sa vigilance. Quatre jours après, stoïque, il observe toujours le terrain brûlé et commente les changements survenus depuis et en particulier.... sa couleur !!!. Pour le reste, je pense qu'il ne s'est jamais vraiment senti en danger et il a plutôt assuré, comme on dit !

Sur ce, passez un bel été... je vous le souhaite moins "chaud" que le nôtre tout de même.

La Maman