Nous revoilà!

Pas mal occupés, nous avons raté la rentrée ou plutôt la non-rentréee. Alors c'est vrai, avec beaucoup de retard, nous vous les souhaitons bonnes.

Aujourd'hui est un jour historique, tout au moins à notre modeste échelle, et il flotte dans l'air (de la maison) un agréable contentement. La raison ? Et bien, ça y est: notre fils subjonctive enfin ses verbes à l'oral et sait, à ce jour, reconnaître et analyser 4 natures de mots (vous savez: nom, article, adjectif, verbe, pronom...) !!!

Donc, premier constat, en matière d'autisme, tout est décidément question de temps. Mais ça, on le savait déjà ! Deuxième constat: il faut donc accepter que les choses prennent du temps (pas touhjours facile: le monde ne s'arrête jamais de tourner !).

Lorsque Théophile n'avait que 10 ou 11 ans, j'ai fanfaronné auprès d'un inspecteur d'académie qui m'interrogeait sur la façon dont nous envisagions l'avenir de Théophile; c'est souvent ce genre de question qui laisse à penser que vous avez en face de vous quelqu'un qui ne connaît pas le début du commencement des limites qu'impose l'autisme; et la première limite, donc, c'est le temps. Celui durant lequel vous rabachez, vous vous interrogez sur la manière de faire passer tel ou tel apprentissage. Tout cela, le plus souvent pour un assez maigre résultat immédiat. Mais peu importe le temps que vous y passez parce que ce qui compte, c'est bien le résultat ! Donc j'ai fanfaronné en clamant et en m'étranglant à demi: "Vous savez, si notre fils passe son bac à 25 ans, cela ne nous dérange en rien !" Je pense que peut-être, ce jour-là, j'avais juste eu le nez creux.. Même si avec du recul, c'est vrai que ça ne me dérangerait en rien.

Alors revenons à notre sujet. Pourquoi ce contentement ? Et bien parce que Théophile, dans une autre vie (!), n’entendait rien ni à la grammaire ni à la conjugaison. En soi, ça n’a rien de grave et, sans doute, on peut très bien vivre sans aucune notion dans ces deux domaines. Mais, je l’avoue, c’est un sujet qui ne me taraudait depuis un certain mois de juin 2014. LePapa et moi (et Loustic également, pour qui ces réunions sont forcément interminables) avons assisté à une conversation quelque peu « lunaire » pendant une entrevue avec l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH qui gère le dossier (fort bien d’ailleurs) de Junior.

Alors que j’en arrivais au chapitre « Apprentissages » (je fais toujours un état des lieux, en la circonstance), je tentai d’expliquer que les hyper-compétences de notre autiste préféré généraient un historien hors-pair mais un grammairien plus que moyen pour ne pas dire nullissime (affectueusement et humoristiquement parlant, je précise). Sur ce, la gentille psychologue (parfaitement compétente en matière d’autisme) se fend d’un  « la grammaire, de toute façon,  ça ne sert pas à grand chose, hein ?! ». Cela aurait pu passer inaperçu dans tout le flot de paroles sauf que…le médecin présent oeuvre au sein de l’éducation nationale. Vous sentez le truc arriver ??? Comment...mais comment osez-vous...on ne peut pas dire ça...

Je comptais finir mon couplet et passer à autre chose mais voilà que chacune de ces dames a eu la ferme intention de faire valoir son point de vue. Soit ! LePapa et moi, médusés et pas du tout décidés à en rajouter une couche, écoutons complaisamment et attendons que la pression retombe. Parce que cette conversation n’avait aucune raison de s’éterniser vu que j’avais, dès le début, parfaitement compris le propos de la gentille psy compétente. En clair, ce qu’elle avait tenté d’expliquer (fort judicieusement mais pas forcément très clairement), c’était que lorsqu’on parle d’autisme, on va à l’essentiel, là où l’apprentissage peut constituer un levier, une (parfois maigre ou relative) opportunité de contrecarrer ce fichu handicap. Autrement dit, l’autisme se fout des programmes officiels et même non-officiels. La grammaire et la conjugaison n’étaient clairement pas une priorité à ce moment précis de la vie de Théophile. Cela ne l’est sans doute pas plus aujourd’hui mais c’est, dirons-nous, un petit plus !

Cela dit, plusieurs mois après, cette conversation stagnait dans mon esprit et je dois dire que l’évolution de Théophile me laissait penser que…peut-être…si les étoiles étaient en position…on pourrait…tenter…allez, soyons fous !

Je m'intéressais beaucoup, via les blogs "références" en la matière comme le blog de Clémence et celui du Petit Roi, à cette question "Comment faire passer ces épineuses natures de mots sans créer l'overdose chez Junior ?". M’étais également largement penchée sur la méthode Montessori qui donnait l’air de parfaitement fonctionner avec pas mal d’enfants, autistes ou pas.

Mais ma petite voix me soufflait que pour notre autiste, cette méthode ne pourrait venir que dans un second temps. Mon neurone s’est agité fortement et finalement, j’ai passé plusieurs mois à cogiter tout les contenus jusqu’à trouver un compromis acceptable.

Des supports classiques et basiques :

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 Remis en forme pour que Junior ne se coltine pas des pages de recopie :

 

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Il ne m’est pas possible de mettre ces fascicules en partage sans prendre le risque du « photocopillage ». Sauf si vous faites l’achat du manuel. Ce n’est qu’une remise en forme de l’ouvrage que vous détiendriez et je pourrais alors vous les transmettre par mail... 

- Des pochettes et étiquettes pour manipuler, associer et du coup, mémoriser (toutes ne sont pas terminées mais ça avance bien):

 

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Au départ, Théophile a été circonspect et n’a franchement pas vu l’intérêt de se farcir cette succession d’exercices. Ensuite, comme pas mal d’autistes, la répétition lui convient bien. Là, pas de surprise, c’est tout confort en somme.  Au fur et à mesure, je l’ai senti adhérer (attention, il a longtemps renâclé encore mais nous le connaissons par cœur et cela fait partie de son fonctionnement habituel) puis son visage s’est éclairé aujourd’hui où il a juste réussi à analyser des groupes nominaux. Gloire et victoire… Tout était parfait, net et précis, tout y était !!!

Donc, il a eu droit, en sus, au double effet « kiss-cool » : Maman était « tellement » dans un état second, qu’elle a donné quartier libre à loustic sur le champ et il ne se l’est pas fait dire deux fois, vous vous en doutez bien !

Alors oui, bien sûr et dans l’absolu, la grammaire et la conjugaison ne servent probablement à rien pour la plupart des autistes si ce n’est qu’elles améliorent la compréhension et le raisonnement. Et ça, c'est notre credo, notre feuille de route, notre objectif premier. Donc, à ce titre, ces deux domaines ne doivent pas être négligés, pas plus que tous les autres apprentissages. Ils doivent simplement être proposés progressivement, au moment opportun et forcément adaptés à chaque enfant.

Bon, allez, zou, encore un petit pied de nez au handicap !

Pour finir, il m'est tombé ce livre entre les mains...par hasard...il a fini de me convaincre que c'était le bon moment. 

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Ouvrage culte des années 60, jamais traduit et donc jamais publié en France, c’est désormais chose faite grâce à Anna Gavalda. William Stoner, fils de paysans pauvres, atterrit à l’université de Columbia en section agriculture. Très vite, il se passionne pour la littérature. Devenu professeur, il voue sa vie aux livres, aux mots et aux auteurs. Il y est écrit :

 « Bien qu’il fût censé apprendre des bases de grammaire et de composition écrite à un groupe de jeunes étudiants des plus hétérogènes qui soit, il était impatient et enthousiaste de s’atteler à cette mission qu’il abordait avec le plus grand sérieux. Il prépara ses cours pendant la semaine qui précédait la rentrée et ce premier travail de déchiffrage entrebâilla la porte d’un monde infini qui s’offrait à lui. Il comprenait le rôle de la grammaire et percevait comment, par sa logique même, elle permettait, en structurant un langage, de servir la pensée humaine. De même, en préparant de simples exercices de rédaction, il était frappé par le pouvoir des mots, par leur beauté, et avait hâte de se lancer enfin pour pouvoir partager toutes ces découvertes avec ses étudiants ». (John Williams, Stoner)

L’autiste et le langage, cela fait souvent deux (enfin, c’était le cas ici) alors le structurer (le langage !) et pourquoi pas...faire entrevoir la beauté des mots, vaste programme. Alors voir peu à peu Théophile s’en emparer, quelle joie…

A bientôt.

LaMaman