Poursuivons donc… Le premier billet est ici !

Théophile tombe sur ceci :

DSC08332

Il a donc fallu immédiatement sollicité le témoignage de ses grands-parents. Durant la guerre, mes parents habitaient un village près de Chartres et les événements, ils les ont donc vécus de l’intérieur et au quotidien.

LePapi est néanmoins fort ennuyé parce les événements du 8 mai 1945, ça ne lui parle pas trop. Pour deux raisons : la première c’est que comme il le dit lui-même « Dans le village, « on » a été libérés en 1944 ». (Notez bien le « on », il a toute son importance !). La deuxième, c’est qu’à l’époque, sans télé, sans internet, il était difficile d'avoir connaissance de la liesse populaire envahissant Paris, ce jour-là. Les souvenirs les plus vivaces dans leurs esprits sont les chewing-gum que distribuaient les soldats américains et la rue principale du village défoncée au passage des chars (mais les villageois étaient par trop contents de voir passer -enfin- leurs libérateurs et donc, on ne leur tiendrait pas rigueur de quelques excavations dont on s'occuperait plus tard).

Je fais part du témoignage de son grand-père à Théophile en rapportant ses propos de la manière suivante : « Dans leur village, ils ont été libérés bien avant mai 1945… ». (Là encore, notez bien le « ils », il a lui aussi toute son importance !).

Déçu, il laisse tomber…enfin en apparence. Le 8 mai 2015, dans le journal de Théophile, sort ceci :

DSC08330

Là, en l’occurrence, on s’aperçoit que le témoignage de son papi et de sa mamie aurait parfaitement fait l’affaire mais bon…trop tard !

Quelques jours après, il arrive vers nous la mine réjouie et il annonce : « Ah bah, j’ai eu un succès sur Mon Quotidien ! ». La syntaxe n'est pas parfaite mais on comprend. Néanmoins, ce sont chez lui, des petites phrases qui demandent invariablement quelques explications complémentaires. Ah oui ? Et pour quelle raison, ce soudain succès ?

En gros, il a fait le « buzz » avec un des ses commentaires. Tablette en main, un peu fébriles quand même (on devrait envisager de compulser les "pépites - ou perles autistiques", on ferait peut-être le buzz aussi), nous cherchons le dit-commentaire… Et là, nous avons l’exemple le plus évident des « coacs » de langage et donc, de compréhension si fréquents chez les autistes. Dans son esprit, le « on » du grand-père, transformés en « ils » par moi-même n’a pas été traduit comme « le village dans son entier" mais comme « mes grands-parents » exclusivement. Et la précision, « dans le village » n’a pas suffi à l’aiguiller vers le fait que ce sont les soldats qui libèrent le village du joug de l’ennemi et non pas les villageois qui sortent enfin libres de…prison ! (dans mes souvenirs, il ne me semble même pas qu'il existait une prison dans cette ville).

Cela dit, son raisonnement n’a pas poussé, non plus, jusqu’à faire un rapide calcul (lui qui aime tellement ça pourtant) et se rendre compte qu’à l’époque, ses grands-parents avaient à peine…6 ans. Nous savons tous que la guerre engendre toujours des actes d’une rare barbarie mais emprisonner des enfants dans un endroit reculé de Province, pas sûr quand même.

Son commentaire a donc suscité des réponses pleines de compassion des jeunes lecteurs, et ce, pendant plusieurs jours. La vedette pouvait donc se pavaner jusqu’à ce que nous mettions le nez dans ses affaires et, du même coup, un terme à sa petite gloire du moment. Il a eu droit en sus, à une (assez détaillée) précision sur ce qui avait provoqué un (très) léger quiproquo dans son écrit. 

Déçu, il a tout de même corrigé la donne mais bien évidemment, il a continué de préférer la première version des faits, plus à son avantage. Nous en avons profitez lors d’une visite à mes parents pour lui préciser que s’ils n’avaient pas connu la dure loi de la prison (!), ils avaient tout de même vécu les privations, la peur, l’exode (pour ma maman: une roulotte et 10 frères et soeurs à trimballer, les plus grands acheminant les plus petits à bras)…

Suite à ce petit évènement qui nous a démontré que le travail sur l’implicite était plus que jamais à l’ordre du jour, il a continué de commenter (il le fait toujours d’ailleurs et nous ne le lui interdisons pas).

Ainsi, dans le journal en ligne, il est régulièrement proposé un cliché à propos duquel les enfants-lecteurs sont invités à donner un avis. Il me semble que Théophile le fait assez régulièrement...

Alors là, attention, le reste du billet sera fortement « codé ». Nous ne tenons pas à être parasités par des commentaires de supporters furieux ou pire encore.

La photo montrait un joueur de football très médiatique, tatoué de partout et qui ôte son maillot à la fin d’une rencontre pour qu’on les voit bien (il a peut-être un sponsor tatoueur…). Là, précisément, il cabriole au-dessus d’un joueur de l’équipe adverse. Je pense que le journal voulait que les jeunes commentateurs flashent sur cette action et y aillent de leurs habituels « trop super », « trop fort », « génial », etc.

Résultat de recherche d'images pour

C'est bon, vous l'avez remis ?...

La vision de Théophile s’est quelque peu écartée du commentaire bien-pensant tant souhaité par la rédaction puisqu’il s’est fendu d’un (attention, le propos ultra-codé) : « Soutenir [ce célèbre club parisien composé principalement de supporters un peu neuneus] revient à soutenir [des actes de violence gratuite sur des personnes innocentes pour imposer sa façon de penser] via [un tout petit Etat du Moyen-Orient très riche et qui investit pas mal chez nous ces derniers temps]". Vous remplacez les mots entre crochets par un seul mot et vous obtenez précisément le commentaire de Loustic. Wouah !!! Ca, c'est envoyé...

Là encore, Junior a fait preuve d’initiative et n’est pas venu me demander : « Tu crois que j'y vais un peu fort, là ? ». Il a assumé, comme on dit maintenant, et donc…signé comme à chaque fois.

Rassurez-vous, il n’a pas été menacé, n’a pas fait l’objet de représailles puisque son commentaire a été tout bonnement censuré par le modérateur. Avec LePapa, en rigolant jaune, nous lui avons juste déclaré: "Si tu avais mis ton commentaire sur le portail d'Orange, il serait passé comme une lettre à la poste !". Pas sûr qu'il ait saisi l'expression....

En fait, cette mini-censure n’est pas le problème. Le problème, c’est l’explication qui lui a été fournie en retour par mail (sur notre adresse mail, et c’est donc là, que j’ai pris connaissance du commentaire !) : « Trop radical, pas dans le ton du journal ». C'est un peu sec à l'endroit d'un enfant, j'ai trouvé !

Alors j’ai répondu (j'ai l'habitude maintenant) et envoyé les référence, référence...qui avaient servies à Théophile pour tenir ses propos. Et à presque 13 ans, on ne peut pas demander à un enfant de faire parfaitement dans la nuance (surtout un autiste !), ni même de pousser le propos plus avant :référence, référence. Mais j’ai surtout constaté qu’il était peut-être temps que nous passions au journal destiné aux 14-17 ans. Ce à quoi, il a répondu tout net que comme il n’avait pas 14 ans, c'était IM-PO-SSi-BLE ! On n’en a pas tout à fait terminé avec la rigidité…

Alors, on va le laisser commenter tout en rattrapant ses bourdes continuant de lui faire sentir la nuance dont il doit agrémenter ses propos, éviter nous aussi les "approximations" lorsque nous lui parlons, même si finalement son commentaire, je l'aimais bien, moi !

Bonne lecture.

LaMaman