Ici, en ce qui concerne le grand chantier de l'autisme, le volet de l'alimentation était celui pour lequel les progrès étaient quasi inexistants ou pour le moins, très lents. Même repas midi et soir, 7 jour sur 7.

Deux séjours à l'hôpital n'avaient pas suffi à le rendre moins inflexible. Pour lui, l'alimentation était son dernier bastion pour revendiquer sa rigidité, une sorte de dernière défense contre le monde extérieur. D'ailleurs, il ne comprenait pas que nous puissions manger des choses aussi "écoeurantes", il lui arrivait même de se boucher le nez tandis que nous mangions. Nos emplettes hebdomadaires devaient impérativement inclure des nuggets, des danettes, du jambon et du pain. Le reste...il était difficile d'aborder le sujet. Et ce n'était pas faute de négocier !

Puis petit à petit, les choses ont évolué. Lentement, tranquillement, à force d'arguments "santé et bien-être". Lorsqu'il s'est penché sur les notions de diabète, cholestérol, surpoids, maladies diverses et variées, il a accepté comme par miracle d'essayer peut-être une chose ou deux...différentes.

Le grand virage a été amorcé lorsqu'il a annoncé : "Je veux goûter de la viande rouge". C'est sûr côté santé, ce n'était pas la panacée et on ne parlera même pas de l'aspect écolo de la production à grande échelle de cette denrée. Néanmoins, au comble de la surprise et de l'excitation, nous avons décidé de mettre le paquet pour éviter la déception : un bon tournedos dans le rumsteack ! Bingo, il a adoré. Ensuite, le poisson, les oeufs puis les pommes de terre, le riz, quelques légumes verts, puis les yaourts aux fruits, puis le fromage (attention, que du comté du Fort des Rousses - 15/20 mois d'affinage. C'est ça sinon rien!). Puis les jus de fruits (pommes, raisin) qui ont permis pour l'instant d'améliorer son transit. Les biscuits du déjenuner et du goûter sont plus variés et bio de préférence. Aujourd'hui, il peut même arriver que les nuggets ne fassent pas d'apparition dans les menus du jour, un miracle ! Certes, ce n'est pas encore une alimentation idéale mais on avance. Il a lâché les céréales trop sucrées, n'a jamais accepté aucun bonbon. Il envisage plus tard d'essayer de boire du café "pur arabica du Pérou" !

Il est évident que chaque fois qu'il valide un aliment, il ressent cela comme une petite victoire. 

Nou nous sommes souvent posé la question de savoir si les aliments avaient pour lui un goût particulièr ou même du goût tout court. Nous n'avons toujours pas la réponse. S'il lui arrive de dire que "c'est bon", il n'y met sans doute pas la même conviction que "nous autres" quand nous nous régalons franchement ! Mais ne boudons pas notre satisfaction et laissons-le explorer de nouvelles saveur sans trop réfléchir non plus.

Nous avons vécu ses derniers jours un moment particulier néanmoins. Nos filles aiment faire la cuisine  (ce qui est une vraie gageure quand on connaît les piètres talents de la mère en la matière...). L'une d'elle a donc préparé ceci :

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recette tirée d'un ouvrage de Jamie Oliver

Qu'est-ce que ce truc? Un poulet poché printanier... Accrochez-vous ! Hormis le poulet, il y a du panais, des carottes cuites, des petits pois, des épinards, du bouillon (d'ailleurs, le poulet avalé, le restant peut servir de soupe paysanne bien énergétique)... Tout ce que Junior déteste et a toujours refusé d'avaler, on s'en doute. Contre toute attente, cette fois, il a décidé d'y goûter. Ai-je bien entendu ??? Bah oui, il l'a fait !

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Je mets les deux photos parce que dans la seconde, vous constaterez qu'il utilise une fourchette et un couteau !!! Deuxième miracle. Utiliser des ustensiles de cuisine reste compliqué pour lui (de même qu'une paire de ciseaux même si ces derniers temps, les choses s'améliorent également). C'est en général nous qui découpons les aliments ou pelons les fruits qu'il accepte désormais de manger. 

Donc, là encore, même si les progrès ont été lents, il a été en quelque sorte urgent d'attendre... Cette heureuse (et toute nouvelle) initiative est là pour nous le rappeler. Il faut savoir patienter: l'autiste ne vit probablement pas dans le même espace temps que nous ! Nous avions conciensieusement écouté tous les conseils (le faire cuisiner sans lui imposer de goûter en espérant le déclic, lui proposer de goûter régulièrement - ça, ça nous a franchement et rapidement fatigués...). Mais un autiste reste un autiste avec sa part de mystère et sa grande faculté d'inertie (là, il est très fort, n'essayez même pas de rivaliser !).

Encore une chose à travailler: l'exception ! Il refuse toujours les goûters d'anniversaire (certes proposés à 11h du matin) durant les séances d'EHS. Mais un changement, là encore s'est opéré. Avant, il disait : "Non, c'est pas l'heure". Aujourd'hui, il dit : "A cette heure là, je n'ai pas faim". Argument recevable donc ! Bon, il fait lui-même son gâteau d'anniversaire et l'offre à ses camarades qui eux, visiblement, s'en régalent. Tout va bien, donc.

En attendant, l'heure tourne et...que va-t-il manger à midi ?

Bon appétit !

La Maman