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Accrochez-vous, ce billet est long mais il vient du coeur !

Il n'y aura pas de photos non plus, inutiles... Finalement juste une.

Ce billet (long donc) est le fruit d'une réaction (très) à chaud à un billet de notre Seconde, masterisée en Ethologie et bientôt véto. Compte tenu de son parcours, je marche un peu sur des oeufs mais, par précaution, je lui affirme haut et fort : Louloute, sur le fond, on est d'accord sur tout !

Son billet est de (grande) qualité et je vous en conseille vivement la lecture. J'ai été particulièrement touchée par l' évocation de son expérience universitaire avec des "piafs" et par sa prise de conscience (quelque peu douloureuse) que selon le type d'animal dont nous parlons, il y a bien là deux poids deux mesures quant au traitement infligé à certaines espèces. Mais bref, je ne suis pas spécialiste, je lui laisse le soin de vous sensibiliser au sujet.

Ce qui m'a immédiatement interpelée, c'est cette phrase :"Nous sommes capables d'empathie envers [ces] animaux comme nous pourrions l'être, ou presque, envers un autre humain". 

Mon sang n'a fait qu'un tour, même si je la sais assez critique sur les maîtres gâtifiant et bêtifiant devant leur animal et que son raisonnement universitaire (fort bien mené au demeurant) ne vise pas à approuver cette attitude anthropomorphique mais bien plus à expliquer avant tout pourquoi nous discrimons (gustativement parlant) telle espèce plutôt qu'une autre.

Toujours au demeurant, et en passant, je suis heureuse d'apprendre qu'à la naissance un poussin sait déjà compter jusqu'à 5... Diable ! On m'aurait menti tout ce temps en me disant que ce minuscule animal pouvait sans ménagement être parqué avant des centaines d'autres congénères parce que privé de conscience (encore que je sens bien que l'universitaire va me flinguer sur la possible dichotomie prudente à opérer entre conscience et intelligence. Pas grave, je tente !), il ne se rendrait même pas compte de l'incongruité de sa situation, là, tout petit, sans sa maman, tout collé-serré contre des gens-poussins qu'on ne lui aurait même pas présentés !

Ah oui, mais l'empêcheur(se) de tourner en rond s'interrogera tout de même : et à 3 semaines, et à l'âge adulte, le poussin (poule, poulet, coq, peu importe) sait compter jusqu'à combien ?

Notre société et notre raisonnement se sont arrêtés à ceci : si le poussin sait compter jusqu'à 5 à la naissance, il y a là une preuve d'intelligence certaine ! Alors moi, je dis : pourquoi me suis-je escrimée à faire lire, compter, et raisonner un autiste (je prends volontairement un exemple atypique, perdu, exclu de la société des humains bien-pensants) si compter jusqu'à 5 était bien largement suffisant ?

Et cette espèce de béatitude de bon nombre de maîtres devant la plus petite prouesse "intellectuelle" (appréciation toujours très disproportionnée) de leur animal ne fait qu'accréditer cette évidence : non, l'animal n'est pas doué d'intelligence, celle mesurable et qui permet de faire jeu égal avec nous. Peut-être parce que lorsque nous lui prêtons des capacités d'intelligence, nous le faisons toujours en référence aux capacités humaines (forcément, nous ne connaissons que cela !). Lorsqu'un animal rapporte docilement une balle, nous nous empressons de le trouver intelligent même s'il est "adulte" alors que nous nous alarmerions de ce si peu d'aptitudes chez un enfant humain. La grille d'évaluation est évidemment bien différente selon qu'il s'agisse d'un humain ou d'un animal mais pourquoi vouloir à tout prix que nos animaux de compagnie nous "singent" à ce point ? Attention, le fait que leur intelligence soit très différente de la nôtre ou moindre, ne leur ôte pas le droit au respect. Bien au contraire, cela les rend, ô combien vulnérables et à ce titre, ils doivent être protégés. Les dernières lois entrées en vigueur vont dans le bon sens et sont claires : l'animal est un être vivant doué de sensibilité (Code civil art.515-14). Pour autant, ce n'est toujours pas un humain ! Rendons-lui quelque part son statut et je dirais même à bien des égards sa dignité. Laissons le chat aller chasser sa pitance dans le champ voisin, rendons-lui ses instincts de chat au lieu de lui servir des menus 3 étoiles qui ne font que le transformer en chat de salon. Cessons de faire faire des allers-retours incessants à notre chien pour une balle ridicule dont il n'entrevoit même pas la fonction première... Ouvrons la cage de ce serin qui piaille toute la journée et pourrait se demander pourquoi la Nature l'a pourvu d'ailes qui ne lui servent à rien !

J'habite à la campagne (la vraie) avec des vaches et des veaux en pleine nature, des faisans et des lièvres qui s'invitent au hasard de leurs errances (ben, plus trop d'habitats alors ils en perdent un peu le nord...) dans mon jardin, des buses qui planent au-dessus de nos têtes et des chevreuils qui gambadent dans la vaste nature environnante. J'aime les animaux de manière générale. Je ne vais jamais au zoo ni au cirque (quel drame ces mascarades pseudo-pédagogiques, allez plutôt voir les galeries de l'évolution, à choisir !). 

Néanmoins, je suis dans l'incapacité de considérer qu'il soit bon voire même juste de s'approprier certaines espèces "domestiques" dans nos foyers au principe que "ça s'est toujours fait", que déjà au néolithique, l'Homme avait eu "l'intelligence" de penser que l'animal pouvait lui être utile. Certes...mais les temps ont un peu changé, évolué et pourtant nous n'avons jamais autant claquemuré d'animaux dits "de compagnie" dans nos maisons (cliquez ici, un petit lien rapide) pour, il faut bien le dire, notre confort personnel (et sans doute pour le confort de l'animal également à voir le budget alimentation/santé consacré par les maîtres chaque année - c'en est presque indécent au regard de la misère qui règne dans certaines parties du monde et des 5 millions d'enfants qui meurent de faim chaque année.)

La présence d'un animal domestique est aujourd'hui presque "obligatoire", certains diront même thérapeuthique. On lui prête toutes les vertus : il stimule le petit enfant, il permet à l'adulte de "décompresser" et de se consoler ou de relativiser des situations-conflit (il peut ainsi se répéter en boucle le dicton : "Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien". Citation de Fernand Gravey dont personne ne sait plus qui il est. Bah, c'est ici...) et il palie à la solitude de la personne âgée. Son rôle est donc primordial, incommensurable voire vital...vu comme ça !

Et je ne parle même pas de cet "anthropomorphisme le plus crasse et le plus nuisible" dont parle la Seconde, à juste titre (c'était bien dans les fables de La Fontaine mais ça doit s'arrêter là). Comme elle l'écrit si bien: "à nos yeux, les animaux sont devenus "quelqu'un" ! "

Je suis la première à être écoeurée par les vidéos de l'association L214 (cela dit, si vous voulez un pendant "humain", lisez l'incontournable "La Jungle" d'Upton Sinclair), à trouver que décidément ce maître est bien cruel de tirer autant sur la laisse de ce sympathique animal, à avoir le coeur qui saigne quand j'aperçois un oiseau en cage (Ah, Jacques Prévert !) ou à finalement interdire à mes filles de continuer l'équitation parce que dans le coin, il n'est pas possible de "monter à cru" !

Mais tout de même, là-dedans, où est l'humain ? 

On parle à son poisson rouge mais on ne se parle plus...on papouille son chien mais on n'enlace plus son amoureus(e)...on passe des heures à préparer des petits plats à ses chats mais on ne cuisine jamais pour ses proches (quand on ne les exclut pas de sa vie tout bonnement - bah, ils continuent leur vie, vous rayent de la leur, CQFD), on félicite son chien de sa prouesse à ramener la ba-balle mais on oublie de (sur-)féliciter son enfant qui a tellement trimé à l'école pour obtenir la note dont il devra être si fier...tout seul !

Pourquoi bon sang, arrivons-nous à partager nos sentiments, nos émotions si facilement (écoutez-vous bien...) avec notre animal alors que nous trouvons si compliqué de les formuler auprès d'humains qui sont si près de nous, là, tout près et qui n'attendent que cela (certains n'essaient même pas préférant exclure, bouffis d'orgueil et d'égoïsme) ? Pourquoi si souvent nous contentons-nous de l'amour d'un animal (certes brut de coffre et qui donc, a fortiori, nous apparaît plus "sincère", plus authentique... à voir tout de même) alors que tant d'humains autour de nous ont tant à donner et sont tellement en attente aussi ?

Et que dire lorsque l'animal prend toute la place au point d'en exclure l'humain : femme, enfants, petits-enfants, amis, voisins...? C'est à mon sens être arrivé là au summum de la misère humaine et c'est pourtant ce que nous voyons trop souvent aujourd'hui. L'homme du néolithique (qui me semblait doté d'un rare bon sens qui nous manque cruellement aujourd'hui) n'entretenait pas cette relation "exclusive" avec l'animal "domestique". Chacun reste à sa place ce qui n'entraîne aucunement une forme de maltraitance. Nous n'avons rien fait d'autre que transformer l'animal en machine à satisfaire notre "bon plaisir" (nous les sur-alimentons, nous les sur-vêtissons, nous les sur-aimons, nous les rendons sur-dépendants à nous). Rien n'a plus de sens et pourtant, nous arrivons aisément à justifier notre attitude en nous félicitant de ce que notre(nos) animal(aux) soit(ent) si choyé(s) et vivent si vieux, comme si on y était pour quelque chose.

Vous allez crier haut et fort : ah oui, mais mon animal m'aime, lui au moins ! Pause...Petite expérience : ôtez-lui sa gamelle pendant plusieurs semaines et laissez la porte de votre maison grande ouverte. Nous verrons si l'animal n'aura pas bientôt quelques velleités à se carapater (peut-être pas bien loin, chez un voisin plus généreux, allez savoir !). Et si on nous abreuve de ces histoires tellement émouvantes d'animal revenu d'on ne sait où pour retrouver un maître à l'autre bout du monde, pour une histoire de ce genre, combien de chats, de chiens qui choisissent de "s'émanciper" et qu'on ne revoit jamais dans le quartier ? Lisez cet article, , pour cesser de vous illusionner sur la formidable histoire d'amour pour la vie que vous tricotez chaque jour avec votre animal favori. Tout est dans la nuance comme le dit l'article...Il y a attachement et attachement !

L'homme moderne a transformé l'animal selon son bon vouloir (ne sommes-nous pas l'espèce dominante - pensée tellement réconfortante, n'est-il pas ?) et après tout, un animal n'est jamais bien contrariant, il ne vous assomme pas de concepts, d'idées susceptibles de véritablement vous bousculer, il ne vous oblige pas  à réfléchir bien loin, à revoir vos positions, le cas échéant, à reconnaître que vous n'êtes peut-être pas aussi "génial" que vous aimez à le penser (c'est très égoïstement humain ça aussi et terriblement répandu de nos jours)... Il est là, il attend sa pitance, il accepte votre caresse (il vous semble même que c'est lui qui vous la donne et lorsqu'il la refuse, vous pouvez même le trouver supérieurement intelligent et le cas échéant, le faire savoir à qui voudra bien vous écouter avec indulgence !). 

Je regarde si souvent avec bonheur mes enfants (et leurs pièces rapportées), je zieute mon amoureux (doué de parole, lui !) avec la même avidité et je me félicite de continuer à le bousculer, à l'interroger, je suis si contente de pérorer pendant des heures avec mes filles, des amies (et qui voudra bien d'ailleurs), de tenter de comprendre les méandres du cerveau de mon fils, d'observer mes parents toujours s'aimer d'amour tendre après si longtemps. Quel animal est seulement capable de tout ça ?

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Nos sociétés sont malades d'indifférence, de manque d'amour, de raisonnements erronés (!), de solitude, de conformisme. Un animal peut être objet de consolation mais il ne raisonnera jamais comme un humain. Il ne fait que donner l'illusion que les choses vont mieux ou peut-être aller mieux.

Pour conclure, je dirais même plus : nous sommes cruels de faire porter cette responsabilité à nos animaux de compagnie qui même avec l'intelligence qu'on veut (de force) bien leur prêter ont une théorie de l'esprit bien limitée tout de même. Laissons-les tranquilles au lieu de leur parler de nos problèmes, de les caresser selon notre bon vouloir, de les considérer comme des paliatifs à tous nos manques ou à toutes nos amertumes.

Alors rendons à César...Dispensons notre amour d'abord à l'humain, parlons-lui écoutons-le, réconfortons-le, accueillons-le et cessons de demander à notre animal de combler le vide qui est en nous !

La plupart d'entre vous qui lirez ce billet allez probablement me répondre que l'un n'exclut pas l'autre. Je les en félicite. Cet article est alors destiné aux autres...

De même, certains feront part de leur expérience de l'animal-aide (chien guide d'aveugles, par exemple, ou présence de l'animal auprès de l'enfant autiste), c'est à mon sens un cas un peu particulier et ce n'est pas le propos du billet. D'autant que la relation entre une personne handicapée et son chien-aide fait l'objet d'une "formation" où l'éducateur définit précisément les contours de la collaboration entre la personne et l'animal. Cette exception n'a rien à voir avec mon propos, je pense que vous l'aurez compris.

Valérie