Avant d'arriver dans cette contrée reculée, on nous a dit : "Mais non, y a plus de neige ici, c'est un vrai problème d'ailleurs ! Le rechauffement climatique quoi ! Quelques flocons quelques jours mais pas plus..". Alors je le dis, il semble qu'on nous ait menti. Et pas qu'un peu...

La neige, c'est tout blanc, tout joli mais c'est pas pratique. Ok quand on vient skier la semaine, on en profite, on s'éclate et...on repart rejoindre son confort citadin. Là rien de tout ça. Tout devient compliqué : aller travailler, organiser ses déplacements divers et variés, acheter son pain, déneiger en permanence devant sa porte, ne pas oublier ses chaînes à la maison et apprendre à les installer sur les pneus en un tour de main, prévoir les bougies et les allumettes, stocker les denrées de base, s'attendre aux interruptions inoppinées du réseau mobile (donc d'internet en ce qui nous concerne)... Je m'arrête là parce que la liste serait trop longue. Notre nouvelle factrice (du crû) pour nous mettre dans l'ambiance y est allée de son :"Moi, la neige, ras-le-bol ! J'attends la retraite et je pars vivre en Bretagne". Pour ma part, je me demande souvent où l'autochtone peut bien aller passer ses vacances...aux Caraïbes ???

Alors c'est vrai, nous sommes à 1000m d'altitude et on a vite capté que chaque matin, on aurait droit à l'annonce même plus originale de madame météo : "de la neige sur les reliefs à partir de 300 (ou 400 ou 600)m". Donc vous aurez compris que nous, on y a droit à chaque fois ! La neige est déjà présente (en quantité) depuis 3 bonnes semaines (On a vite compris aussi qu'ici il n'existe que deux saisons : l'hiver et l'été. L'automne a été fugace...juste le temps de prendre quelques clichés de nature mordorée pas plus. D'ailleurs Théophile a lu que le découpage des saisons à cette altitude était assez proche de celui du...Canada !). Faut s'adapter et aimer le froid ici ; les températures ne dépassent pas le 2°C au plus chaud de la journée et je ne parle pas de la nuit !!!

Bon comme c'est beau quand même, photos (c'est un peu sombre...forcément, le plafond est bas. Là, il neige encore).

DSC09017

DSC09016

 

Alors que fait-on quand il neige à gros flocons et qu'on ne peut pas envisager une balade en raquettes ou à skis tous les jours ? Et bien...on lit !!! (intérêt à aimer ça ici).

Alors lecture de circonstance testée et approuvée par plusieurs personnes ici :

Vous rêvez de vivre en montagne et plutôt en mode "survie". Sautez sur ce livre !

Résumé: L'héroïne se rend dans un chalet - forêt autrichienne - avec des amis. Amis qui s'absentent bien vite et...ne reviendront jamais. En cause ? Un Mur qui est apparu durant la nuit, laissant cette femme seule, prisonnière au sein d'une zone circonscrite. Zone qu'elle devra explorer, dompter pour avoir une chance de rester en vie. Oui, parce qu'apparemment, elle est bien la seule survivante, elle le découvre bien vite. En effet, le Mur est transparent. Elle peut ainsi se rendre compte qu'alentours, tout est figé : humains, animaux...seule la flore prend peu à peu possession de tous les lieux désertés.

Elle, la citadine, doit alors s'approprier la nature pour juste continuer. Et disons le : espérer... que la situation s'inverse (elle a de l'autre côté du Mur deux enfants: que sont-ils devenus ?). On la voit peu à peu épouser la vie rude (très rude et hautement risquée) du montagnard. Les éléments, les animaux sauvages, le travail harassant : semer, planter, fourrager, traire - oui, une vache a atterri dans la zone - soigner les animaux, faire provision de bois, éviter l'accident, la maladie, apprendre à chasser (difficile quand on répugne à tuer), se nourrir avec frugalité pour ne pas épuiser les réserves...

Et comment garder en tête de simples notions : celle du temps (d'ailleurs il y a au fil du temps une chronologie de plus en plus floue), celle de parler (les animaux domestiques jouent là un grand rôle), celle de ne pas perdre sa propre identité (puisque personne pour vous renvoyer à vous-même). Il s'agit donc de garder une part d'humanité ce qui est loin d'être simple en pareille circonstance. Pour juste continuer d'exister, la femme décide d'écrire son quotidien, ses joies et ses peines. Encore faut-il penser à économiser le papier, les bouts de crayons ! 

L'auteur, Marlen Haushofer, était fille de garde forestier. Elle sait parfaitement de quoi elle parle et son style tendu rend cette histoire tout à fait passionnante. Le Mur invisible est un classique de la littérature autrichienne. C'est un pur ouvrage de science-fiction mais sans "effets spéciaux". Ici la nature est magnifiée. Au delà de cette expérience de survie, il y a bien une interrogation très philosophique sur la solitude, l'espérance, sur le besoin (ou pas) de l'autre, sur le statut de l'animal, sur la place de l'homme au sein de la nature. 

Bien sûr on s'interroge sur le pourquoi de l'arrivée brutale de ce Mur. Précisons que ce livre a été publié en 1963 en pleine guerre froide. Comment ne pas alors y voir une sorte de parallèle tout à fait original et percutant ?

Et si vous souhaitez poursuivre, il existe une excellente adaptation cinématographique :

Le Mur Invisible (Die Wand)

Bonne lecture.

LaMaman