Autant le dire tout de suite, ce livre m'a été offert par une (proche) féministe convaincue et oui, je suis très fière de son ouverture d'esprit sur la question et de son engagement dans cet âpre (et "damn" !) éternel combat.

Et non, il n'est pas facile d'être une femme encore aujourd'hui. Ca reste encore plus valorisant d'être un homme si j'en crois les derniers propos de la pédiatre qui s'est occupée de nos quatre enfants (propos que j'ai encore très présents à l'esprit même si c'était il y a déjà 15 ans). A quelques mois de la retraite, il nous a semblé qu'elle partait un peu en vrille. Petit florilège  (précision : la fratrie ici, c'est 3 filles d'abord et un garçon pour finir)

- En voyant les "attributs" de Junior, vieux d'à peine un mois :"Au moins, celui-là, il a tout ce qu'il faut !". Un ange passe...

- Puis un peu plus tard, Loustic est recouvert de boutons, elle appelle sa collègue dans le bureau voisin (double avis, c'est bien) et lui lance un :"Tu vois, ils ont persévéré, ils ont fini par l'avoir (le garçon)". Un deuxième ange passe...

Alors comment avec de tels propos énoncés on ne peut plus clairement ou parfois seulement suggérés (genre blague sexiste et misogyne qui fait toujours marrer malheureusement), les femmes ne se considéreraient pas encore comme des "avortons" de garçons ? C'est dommage, nous sommes au XXIe siècle. Et elles ne se sentiraient pas obligées d'en faire deux fois plus pour arriver à convaincre qu'elles sont aussi douées, méritantes, intelligentes que les hommes.

J'ai donc lu Le Choeur des femmes avec enthousiasme et avec tous mes chakras ouverts ! C'est indispensable... Si vous souhaitez en savoir plus sur l'auteur, c'est ici et  là : http://www.martinwinckler.com/


 

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Roman, essai, témoignage ? Inclassable mais une certitude, c'est une lecture O-BLI-GA-TOI-RE pour en finir avec les stéréotypes et les préjugés (LaDeuxième vous expliquerait que ça n'est pas du tout la même chose). Mesdames, vous pourriez porter un autre regard sur votre gynécologue (et l'examen tellement "agréable" qui va avec), et pourquoi pas même décider enfin de changer de toubib. Et vous, messieurs, bah, vous pourriez trouver normal d'accompagner en consultation votre femme, votre amoureuse, votre maîtresse...parce que quand même le choix d'une contraception, un IVG, un cancer du sein, des ovaires, de l'utérus, ce n'est pas que l'affaire de votre femme, de votre amoureuse, de votre maîtresse.

Ce que je vais dire de cet ouvrage sera forcément réducteur tant il est bouleversant et dérangeant à la fois, instructif à bien des égards. Principalement parce qu'il nous convainc que nous ne sommes pas obligées de tout accepter de la part des médecins justement parce que...ce sont des médecins. Alors dépêchez-vous de le lire (si ce n'est pas déjà fait), vous verrez qu'il aborde bien d'autres thèmes dont je ne vais pas pouvoir parler faute de place !

Les personnages qui jalonnent cette histoire sont épatants, touchants, impliqués. L'hôpital peut donc être autre chose qu'un endroit froid et sinistre, déshumanisé rempli de médecins ambitieux et faussement compatissants. 

Le rôle des laboratoires pharmaceutiques, véritables sangsues sans scrupules, est édifiant. Bien sûr, qu'ils ont un rôle majeur à jouer mais ce sont avant tout des multinationales, ne l'oublions pas, pas toujours soucieuses de nous voir en meilleure santé. Cet ouvrage en fait la démonstrationet c'est implacable.

Résumé :

Jean Atwood (oui, oui, Jean...son prénom n'a pas été choisi par hasard par l'auteur), jeune interne en médecine (brillante, on s'en doute) se destine à la chirurgie gynécologique (réparatrice et pas par hasard non plus). Pour valider son année d'internat, elle doit effectuer un séjour dans l'unité 77 du service de gynécologie du CHU de Tourmens (fictif). Elle est d'une rare prétention et donc, elle prend cette affectation pour une punition. Elle, elle veut faire dans la dentelle, découper, recoudre proprement...mais sur des femmes assommées par l'anesthésie. Parce que les malheurs des unes et les tracas des autres, elle n'en a rien à faire. 

Sauf que ce service est chapeauté par le docteur Franz Kharma qui fait figure d'extra-terrestre dans son domaine (pas que des amis donc). Voyez-vous, il respecte les femmes, ne choisit pas à leur place, ne juge pas, ne condamne pas, leur explique chacun des actes qu'il va pratiquer sur elles et est capable de les écouter pendant des heures sans en être exaspéré. Diantre, un tel homme pourrait-il exister sur cette planète ?

Parce que vu toutes les choses que les patientes ont à confier, on se dit que ça fait des lustres que leurs hommes ne les ont pas écoutées (et toc !). Il y a des récits édifiants de couples qui restent une vie ensemble sans même savoir pourquoi, des femmes mariées qui ne parviennent pas à affirmer leur homosexualité, des femmes mûres qui trouvent enfin l'amour avec des hommes plus jeunes et qui en sont tétanisées et réjouies à la fois, des ados amoureux que les parents s'acharnent à séparer, des pères, des frères incestueux et des mères dévorantes, perverses, malsaines... Après il y a les IVG (on se demande bien comment des gens même pas concernés peuvent en demander l'interdiction), les IST, les DIU, les pilules diverses et variées que les femmes ne supportent pas ou plus et à qui on répond :"Tout ça, c'est dans la tête". Oui mais Kharma, lui, il laisse parler, choisir et ça change le regard des femmes sur elles-mêmes et c'est déjà pas si mal. 

Alors l'interne, elle bougonne, elle fait de la résistance, elle prend tout le monde à rebrousse-poil. Elle a ses problèmes, son ambition dévorante à gérer aussi alors, elle, le pathos, c'est pas son truc. Kharma l'énerve parce qu'il remet en question les apprentissages dispensés par les "mandarins" de la fac de médécine. Disons qu'elle est déjà bien "formatée". Bref, il va finir par lui proposer un deal : "vous restez une semaine, vous me suivez partout où je vais, vous faites de ce que je vous dis de faire...Si au bout de la semaine, vous décidez tout de même de partir, je vous validerai vos six mois de formation et vous serez libre d'occuper le reste de votre temps comme il vous plaira." L'interne accepte, c'est dès lors ce duo que nous suivons pas à pas. Passionnant de bout en bout.

Bonus: l'interne, comme la plupart des femmes qui passent en consultation, a (forcément) un "secret" (quelle femme n'en a pas ?) révélé à la toute fin du livre. Mais je m'arrête là...

Mon avis:

Si je dis que je l'ai adoré, ce n'est pas lui rendre justice et c'est bien en deça de la réalité. Je l'ai trouvé indispensable et je compte bien l'offrir autour de moi tout comme je l'ai reçu moi-même "en cadeau". 

Le sujet de l'intersexuation  m'est apparu comme un puits de souffrances et je m'étonne toujours de l'incompréhension et de l'ignorance qui entourent la notion trop figée de sexe et de genre. J'espère que cet ouvrage paru pour la première fois en 2009 (ré-actualisé régulièrement) contribuera à modifier le regard sur ceux et celles qui non pas "se cherchent" mais "sont" et  "se sentent"  tout simplement. 

Je pense qu'il serait vraiment important que cet ouvrage circule librement dans les collèges et les lycées et surtout qu'on en finisse avec l'idée de "suprématie masculine". Je regardais dernièrement un téléfilm de Noël avec Théophile et un scénario mettant en scène un père se roulant littéralement par terre parce que sa femme venait de lui annoncer qu'elle était enceinte d'un "garçon" m'a mise très mal à l'aise. Fille ou garçon, ils sont aussi précieux, garçon-fille ou fille-garçon ont droit au même respect et il s'agit de les attendre avec la même impatience et les mêmes espoirs et de les aimer pour ce qu'ils choisissent d'être et de devenir. 

Bonne lecture.

LaMaman