L'ado autiste (enfin le nôtre) est poli...très poli même ce qui parfois lui donne un ton un peu pédant. Il soigne son image (surtout en extérieur mais ne sommes-nous pas tous un peu comme ça ?...). Il avait d'ailleurs été très satisfait d'être qualifié de "gentleman" par une de ses psychologues lors d'un groupe d'EHS (je ne me rappelle plus à quel sujet).

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Ainsi chez sa libraire, il récupère sa commande de livres. Elle lui demande s'il s'agit bien des ouvrages qu'il a commandés. Il répond :"C'est exact !". Elle lui suggère une lecture. Il répond :"Non, je ne connais pas du tout" en articulant bien chacun des mots. Elle est troublée par le ton. Je n'ai pas encore informé cette - très gentille - dame (qui il y a quelques temps a sollicité Théophile pour intégrer son "club littéraire" constitué d'ados gros lecteurs), que le dit gros lecteur était autiste et que la perspective de se retrouver au milieu d'ados "tout venant" n''était peut-être pas opportun pour le moment (encore que...) d'autant que pour Junior, la lecture, c'est perso, un plaisir solitaire...pas trop branché par l'idée donc. Je pourrais en profiter pour promouvoir le TSA encore une fois, expliquer en 180 secondes à un groupe d'ados en quoi ça consiste mais là, je suis fatiguée de répéter alors...ça va attendre un peu. Là-dessus, on est d'accord !

Donc la politesse est une qualité presque intrinsèque de Junior, il nous reprend sans ménagement même si le terme usité est, disons, juste "trivial" sans être complètement grossier. Difficile de se lâcher face à quelqu'un qui se confond en excuses quand par inadvertance il sort de sa bouche un "Merde !" surprise. Il en est même étonné lui-même, c'est dire...

Mais avouons que c'est pratique et que ça évite de se balader avec un autiste dont tout le monde pense qu'il est "mal élevé", capricieux, caractériel...Nous savons à quel point c'est pénible pour les familles ainsi montrées du doigt...à tort.

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Alors petite anecdote pour comprendre...

A chaque début et fin de repas, Théophile ingurgite un bon morceau de pain "nature". Ce soir-là, il s'empare du couteau et s'apprête à couper son pain. LePapa lui fait remarquer qu'il reste deux morceaux sur la planche à pain qui n'ont pas trouver preneur pendant le repas et lui suggère de les utiliser. Ce ne pourrait être qu'une formalité mais ça va devenir une affaire d'Etat. Junior rétorque que les morceaux ne sont pas au "format" de celui qu'il découpe habituellement (plus gros). La logique voudrait donc qu'il prenne déjà ces deux petits morceaux puis fasse "l'appoint" en coupant un troisième morceau. Nous lui faisons valoir qu'en plus, nous évitons ainsi le "gaspi" (sujet auquel il est très sensible). 

On pourrait penser à ce moment que notre logique est implacable (nous le pensons très fort !) et qu'il va se laisser convaincre. Après tout, ce n'est qu'un bout de pain !

Oui mais un autiste n'est pas par définition comme tous les autres, logique, rationnel, pragmatique... Il s'agit là dans ce geste banal, quotidien, ritualisé (oui, même avec des aliments !) de se rassurer. En l'occurence, son morceau de pain, de taille exactement identique à chaque repas, c'est un "rituel", une sorte de compensation face au chaos du monde, aux petites contrariétés et autres multiples frustrations auxquels il doit s'adapter en permamence. Et c'est coûteux pour lui, je vous le garantis.

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Alors il hésite, l'inconfort augmente, c'est même palpable ! Si nous continuons, nous atteindrons le point de non-retour et pourtant...nous savons que le "chantier" visant à éradiquer cette fichue rigidité est capital mais ô combien compliqué. Alors pleins d'espoir, on se dit que cette fois ce serait bien que ça marche et que là, il faut qu'il raisonne LO-GI-QUE-MENT...dans notre sens quoi ! Erreur fatale...encore.

D'un côté, on le sent, Il voudrait nous faire plaisir mais d'un autre côté, c'est accepter de bousculer ses habitudes, de déplacer son curseur et de toute évidence...ce n'est pas le jour (tant attendu pourtant). Il est mal à l'aise, on le voit, sa gorge se sert, il est à deux doigts de fondre en larmes. Il se saisit du pain à couper, revient vers les deux morecaux, recommence...il fait mal à voir.

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A cet instant précis, je me dis qu'il est compliqué d'expliquer à des neurotypiques ce qui peut se passer dans le cerveau d'un autiste. Ainsi un épisode anodin dans notre vie de neurotypiques (non-autistes) peut devenir une vraie torture pour un autiste. Ces dilemmes permanents sont fatigants pour lui, ça n'est pas une épreuve de force, ou juste le souhait d'un ado de mettre le boxon encore une fois. C'est du mal-être à l'état pur.

En attendant, il est là avec son couteau, à lorgner le pain, les morceaux et il va exploser, c'est sûr ou pleurer. On finit par lui dire :"Ok, fais comme tu le sens". En toute logique, on s'attend à ce que la pression retombe. Bah non, on le voit prendre une grande inspiration et il assène un :"Je suis vraiment désolé de vous dire ça, je ne devrais pas mais je vais devoir le dire quand même...vous êtes chiants !"

Wouah...ça vient de loin et on mesure son désarroi et la difficulté pour lui de se détacher de ses rituels et ce, dans tous les domaines (et encore...on a bien avancé ces derniers mois). Alors nous n'avons pas levé les bras au ciel, à peine relevé la grossièreté tant elle lui a coûté (j'ai toujours un doute sur les ados ou jeunes adultes qui ne s'opposent pas à l'autorité parentale à un moment donné, voilà c'est fait, ouf !). 

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Il lui arrive de ne pas être toujours tendre dans ses propos et bien sûr, nous le reprenons, nous en discutons. C'est pénible pour lui aussi parce que ses salves le laissent mal à l'aise pendant très longtemps. Il se déçoit, il faut bien le dire et nous devons ensuite restaurer l'estime de lui égratignée à chaque fois. Il est nécessaire de garder à l'esprit que le plus souvent, sa réaction arrive à la suite d'une frustration mal gérée (évidemment) et peut-être mal négociée par nous (forcément). Il faut savoir doser, anticiper, désamorcer, ce n'est pas toujours facile.

Là, en l'occurrence, ça restera anecdotique et finalement, ça a juste servi à mettre en évidence des atypies persitantes et une sensibilité à fleur de peau. D'autres événements récents et une discussion avec l'orthophoniste m'ont rappelé qu'une possible "régression" est toujours là en embuscade et qu'il faut rester vigilants. 

A bientôt. 

LaMaman