Dans les corpus (listes) de textes présentés au bac, on retrouve souvent Louis Ferdinand Céline avec Voyage au bout de la nuit, Jean-Marie Rouault avec Les champs d'honneur, Jean Giono avec Le grand Troupeau ou encore Henri Barbusse avec Le Feu...Vous pouvez retrouver ceux-ci et bien d'autres ici. Certes incontournables, il y en a tout de même de plus ou moins réjouissants. Le sujet n'est pas gai : la guerre de 1914-1918 ! Alors comment allier émotion, drôlerie et culture ? 

En lisant Au Revoir là-haut de Pierre Lemaître. Inclassable, on peut toutefois l'inclure dans la rubrique "roman picaresque" ou même "roman d'apprentissage". Cela dit, ne nous exonérons pas des lectures citées plus haut, elles  auront la fonction principale de compléter votre culture historique. Parce que n'envisagez pas  le bac comme une simple succession de matières indépendantes les unes des autres, ce serait une erreur. Voyez ça comme un tout (quelle que soit la série d'ailleurs, enfin tant qu'elles existent encore) : tous les morceaux doivent se recoller, ça favorise la mémorisation et ça améliore la cohérence du propos (écrit ou oral).

Pour consulter l'analyse complète du livre, c'est  ici et un exemple de dossier pédagogique sur le film (complet et très bien fait pour tous les niveaux de la 4ème à la Terminale), c'est

Alors Au Revoir là-haut est paru en 2013, a raflé le Prix Goncourt et s'est écoulé à 1 million d'exemplaires. Toutes ces gratifications sont largement méritées. C'est un excellent ouvrage qui évite l'écueil de l'ennui, pas si courant !

Si vous ne passez pas les épreuves anticipées de français du bac, lisez-le tout de même, ce sera un grand moment de lecture. Le deuxième volume de cette trilogie Les couleurs de l'incendie est sorti en octobre 2017 de quoi prolonger cette passionnante lecture. Le troisième volume est en cours d'écriture.

Résumé :

L'armistice est prononcé le 11 novembre 1918 à 5h du matin mais il ne sera effectif qu'à partir de 11h (source : journal Mon Quotidien piqué à Junior). Faut signer, ratifier... Ce sera le labs de temps juste nécessaire pour faire 11 000 nouvelles victimes parmi les poilus encore vivants (toutes natonalités confondues). Ah, l'Administration ! 

De qui et de quoi parle-t-on ici ? D'Albert Maillard (le pauvre) et d'Edouard Péricourt (le riche), en poste dans leur tranchée et qui attendent la fin de la guerre. Ils ont bien entendu circuler le mot "d'armistice" mais ils sont prudents : ils ne devaient partir que pour quelques semaines au départ juste le temps de coller une bonne râclée aux boches et retour. 

Et puis les nouvelles n'arrivent pas vite jusqu'aux tranchées alors on continue de se battre. Les hommes sont épuisés, malades, suicidaires mais les gradés, eux, ont encore de la ressource. Un certain capitaine d'Aulney-Pradelle, crapule notoire, les envoie donc pour un dernier assaut, histoire de finir en beauté. C'est un carnage : Albert termine enseveli (poussé volontairement dans un trou d'obus par Pradelle) et Edouard se fait emporter la mâchoire inférieure (son visage ne sera plus qu'un trou béant qui lui donnera juste le loisir de créer des masques délirants pour cacher cette "horreur". Très importants les masques dans le récit !). Et comme si cela ne suffisait pas, sa jambe est en lambeaux. Il pourrait se laisser mourir là mais il entend Albert et avec ses dernières forces parvient à l'extraire de sous la terre. Tous deux seront alors comme les deux doigts de la main, amis pour la vie, frères de sang et de combat.

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Edouard, rejeton d'un homme puissant et donc richissime refuse de retourner dans sa famille (son père l'a toujours rejeté, Edouard est trop efféminé, il a des "amis", qui plus est c'est un artiste, ç'en est trop pour le vieux Péricourt). Albert va donc le faire passer pour mort (avec la pagaille administrative de l'après-guerre, ce n'est pas très difficile), il va lui voler une nouvelle identité dans des conditions rocambolesques. Désormais Edouard Péricourt sera Eugène Larivière...

Vient se greffer une escroquerie aux monuments aux morts (toutes les communes rêvent d'en posséder un alors pourquoi se gêner ? Rassurez-vous, c'est totalement fictif et inventé par l'auteur pour les besoins du roman). Ajoutons-y une arnaque aux cimetières militaires (bien réelle celle-là par contre, vous serez mi-amusé-é, mi-écoeuré-e par l'ingéniosité en même temps que la cruauté de certains à profiter de la détresse des familles de poilus endeuillées) et vous avez les ingrédients d'un roman à la fois historisque et populaire (dans le sens mélioratif du terme). 

Pour le reste, c'est dans le livre !

Alors ce livre, ce serait en quelque sorte les dessous de l'après-guerre. La prouesse de l'auteur c'est que sans jamais cesser de nous émouvoir, il arrive sans effort à nous faire rire là où on ne devrait peut-être pas (c'est très transgressif quelque part !) et du coup, ce récit est bien plus efficace que d'autres sur le sujet (de "ceusses" qui nous sont tombés des mains parce que tellement ennuyeux).

Des personnages dont les descriptions sont de vrais exercices de style, qu'ils soient des héros ou de véritables escrocs, l'alternance de chapitres qui s'intéressent tour à tour à chacun des personnages ou chacune des "affaires" tout en maintenant une totale cohérence dans l'avancée du récit, des faits historiques avérés ou fictifs (mais auxquels on croit tout de même), l'évocation de la guerre avec ses grandeurs et ses petitesses, le salut de l'auteur à la résilience des populations au lendemain de la guerre (*) font que vous serez totalement embarqués...c'est magistral. Et au final, on applaudit aussi aux trésors d'inventivité des uns et des autres pour tenter de se reconstruire après tant d'horreurs et de restrictions. 

Pierre Lemaître comme pour s'excuser d'avoir écrit un si réussi ouvrage prétend avoir "emprunté" à Marcel Ajar, Michel Audiard, Victor Hugo, Carson Mc Cullers et bien d'autres. "Suis d'avis" qu'il n'avait pas besoin de tout ce monde; ce n'est pas un novice même si c'est vrai, sa spécialité, c'est plutôt les polars. Là, c'est tout simplement du très grand Lemaître.

Incontournable donc !

Et vous pourrez vous intéresser également à la BD tiré du livre (très réussie, paraît-il):

Et pourquoi ne pas aller au cinéma voir l'adaptation cinématographique du roman (deux millions d'entrées et toujours sur les écrans) et réalisée par Albert Dupontel (celui-là même qui avait adapté La Maladie de Sachs - en 1999, livre de Martin Winckler) : 

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Si vous souhaitez entendre Pierre Lemaître parler de ce film, c'est ici ou évoquer son nouveau livre Les couleurs de l'incendie, c'est .

Mais inutile de passer ou re-passer le bac pour se réjouir de ce pur moment de lecture... Pour ma part, j'ai adoré !

La Maman

(*) La Première guerre mondiale a fait entre 15 millions de victimes officielles (militaires et civiles) mais des historiens évoquent le nombre de 65 millions si l'on y inclut les 40 millions de morts de la grippe espagnole survenue aux lendemains de la guerre. Elle figure donc à la 5ème place du classement des guerres les plus meurtrière de l'Histoire (la première étant la Seconde Guerre mondiale). Voir ce classement ici.  

Bonne lecture.

LaMaman