Pfff... Quelle aventure ! Les locaux s'excusent presque "ah...mais....c'est une année tout à fait exceptionnelle..." Je t'en ficherai, oui... Pourtant ne soyons pas rancuniers parce qu'enfin la neige a FON-DU (tu avais raison Pascale !). Et oui, c'est possible, c'est même arrivé il y a tout juste dix jours après 5 mois 1/2 de poudreuse tombée le jour ou la nuit parfois même les deux. Bref, un paysage immaculé durant à peu près 165 jours !!!

Alors on en est ressorti vivants et installés. Des températures avoisinants les -18°C la nuit et pas un jour de dégel entre novembre et début mars. Ici on appelle le coin "la petite Laponie" (on est entre 900 et 1300 m d'altitude) et cette région forme les plus grand.e.s champion.ne.s de biathlon et de ski de fond français. Passé un hiver ici, on comprend mieux pourquoi...

L'autochtone a prévenu : ici, il n'y a que deux saisons, l'hiver et le 15 août (encore que le 15 août 1985, il soit tombé 50 cm de neige en 3 heures, véridique !). 

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Alors Théophile a pris ses marques, nous a, au passage, gratifié de quelques nouveaux rituels des plus originaux, l'orthophonie se passe vraiment bien et ses derniers bilans cognitifs sont plus que positifs. Il s'est mis au ski de fond et même si nous n'en ferons pas un champion (cela dit, personne ne le lui demande), il y prend plaisir. Il continue de lire beaucoup, de randonner, de râler aussi...bref, on avance !

Quant aux paysages, depuis quelques jours, ils ont bien changé (et ça fait du bien, le monochrome à la longue, ça lasse), le soleil est de retour (et ne nous le cachons pas, les premiers rayons du soleil qui caressent votre visage blafard, il n'y a rien de plus agréable après un hiver qui vous a paru sans fin). Les touristes ont déserté, les vaches peu à peu regagnent les pâtures, les "locaux" sortent de leurs masures et conduire n'est plus vécu comme une prise de risque permanente.

Nous avons beaucoup lu, beaucoup travaillé, beaucoup glissé, beaucoup ri des touristes estampillés "Vieux campeur" ou Décathlon, beaucoup admiré et apprivoisé les splendides paysages du Haut-Jura, avons dû nous habituer à la météo très changeante en montagne, avons côtoyé la réalité d'un "désert médical" rare propre aux régions enclavées, avons appris à ne pas dire à la fromagère que son Bleu de Gex n'avait pas de goût (!) et à la boulangère à ne pas lui demander si le boulanger ferait une autre fournée l'après-midi (non, il dort, madame...et toc ! Ici, on n'est pas à Paris.)

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La vie est vraiment différente ici. Comme je dis, si on ne marche pas pas, si on ne skie pas, si on n'aime pas lire (ou boire beaucoup de thé ou tisane ou infusions accessoirement), c'est un vrai mouroir !!! Pas de vide-grenier, pas de lotos de village...des cinémas qui ressemblent à ceux de Cinéma Paradisio, des supermarchés de poche, pas de trains (ou si peu), des médiathèques de misère (mais une librairie super cool par contre, allez comprendre !), des mini-musées, des fruitières à tous les coins de rue mais pas moyen de trouver une ramette de feuilles de papier de 160g. Ici, c'est une autre vie...

Ce qui est plaisant, c'est le rythme lent, immuable, le côté "Aujourd'hui il pleut mais demain le soleil brillera" de l'autochtone, la non-obligation de s'apprêter (surtout en hiver, l'important, c'est d'avoir bien chaud...le pendant, c'est que si on ne fait pas attention, on peut vite ressembler à un vrai sac, mal nippé, moche quoi !), la confiance illimitée des habitants une fois qu'ils vous ont adopté (sinon ce sera la soupe à la grimace et là...) et ...la lancinante musique des cloches qui tintinabulent au rythme du va et vient des vaches de jour comme de nuit dans les champs à perte de vue (ici, c'est un hectare de pâtures par vache sinon pas d'appellation Comté possible, on ne rigole pas avec ça). Les animaux traversent votre jardin pour rejoindre la tourbière ou la forêt (bon à la fois ici il n'y a pas de clôture autour des habitations), les rapaces dessinent des ronds dans le ciel avant de s'abattre sur le sol et de repartir avec leur proie, les renards s'aventurent en rampant, les hermines vous regardent insolentes avant de s'engouffrer sous la neige... Beaucoup de nature sauvage mais...pas de chiens ici et pour cause : pas de clôture et surtout pas simple de promener toutou avec cinq mois de neige et le risque de tomber quand le jour s'éteint à 16h (si, si, on est plein est !). Peut-être des chats, des poissons rouges, des canaries mais rien d'autre a priori. Ici la vie animale s'observe dehors !

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Quelquefois, il me semble que les gens d'ici se contrefichent de ce qu'il se passe partout ailleurs dans le monde et que Paris ou Bordeaux ou Nantes ou Lille, c'est fichtrement loin (ce qui n'est pas entièrement faux, cela dit). C'est comme une sorte d'Etat dans l'Etat, coincé entre deux montagnes. On établit ses propres règles et ma foi, ça a l'air de plutôt bien fonctionner (merci tout de même à la Suisse toute proche qui fait vivre ici pas mal de gens même s'il y a guerre ouverte entre les "ceusses" qui vivent et travaillent en France et les "ceusses" qui vivent en France mais traversent la frontière chaque jour pour un double salaire. Forcément, ça attise les convoîtises. Vu de l'extérieur c'est comique mais ici, on ne rigole pas avec ça, il y a bien deux clans, qu'on se le dise !)

Voilà maintenant que tout le monde a bien cerné dans quel paysage et quel contexte nous évoluons désormais, nous allons pouvoir reprendre le cours de nos billets...

Bon week-end à tout.e.s.

A bientôt. LaMaman