Le billet est un peu long, je m’en excuse par avance. Je vous l’envoie de quelque part dans la montagne (super 3G !)...

Beaucoup de neige, beaucoup de lecture, je crois qu’on aura compris ! Parmi les livres dévorés (enfin pas là, en l’occurrence), il y eut celui-ci :

Femmes amoureuses

Au hasard d’une conversation sur L’Amant de Lady Chatterley, j’ai souhaité m’intéresser  à un autre ouvrage de D.H Lawrence :  Femmes amoureuses, un de ses ouvrages les plus connus (et si j’en crois les critiques, un des plus appréciés). Pas très convaincue par le titre quand même, je me lance évidemment avec quelques appréhensions... Bah je ne m’étais pas trompée : c’est long, ennuyeux, lénifiant... Bref, cette lecture ne m’a pas été très utile.

 Le résumé sera simple et rapide : Ursule et Gudrun, deux soeurs « vieilles filles » (elles ont dépassé les vingt-cinq ans et à l’époque, c’est déjà un âge canonique) font la connaissance de deux amis célibataires (tant qu’à faire, hein ?) très différents d’aspect et de caractère et forcément chacune trouve son chacun (et inversement). Une histoire cousue de fil blanc dès le départ, pas bon signe. Ensuite... Bon, est-il vraiment utile de s’apesantir sur le reste ? Je ne crois pas. Je vous en fais grâce donc. Notons toutefois que D.H Lawrence était pétri de freudisme...ce qui ne rend pas le propos toujours très limpide ni joyeux !

 J’étais sur le point de jeter l’éponge quand un passage a attiré mon attention. Le propos faisait l'éloge d'une école différente. Pas d'idées bien précises mais une conception intéressante. Une sorte d’apologie d’une éducation libre et aux antipodes de celle pratiquée ordinairement (précision : nous sommes en Angleterre dans les années 20). Voici ce passage  (adressé surtout aux familles hors-école qui s’interrogent – parfois ou régulièrement, moments de doute, de blues, elles ont toutes plus ou moins connu ça - sur le bien-fondé de leur décision et aussi pour celles qui hésiteraient encore à sauter le pas....). Le propos est plus que jamais d'actualité : quand on commence à vouloir rendre l'école O-BLI-GA-TOI-RE dès 3 ans, on y voit un message pas très rassurant quant au devenir de l'IEF !

 Contexte : Winifred est une petite fille de dix ans tout à fait originale, au caractère bien trempé. Elle ne va pas à l’école et autour d’elle, on s’interroge de savoir s’il ne serait pas opportun voire « urgent » de la scolariser pour mieux la « mater » en quelque sorte. Gerald est son frère aîné (très pragmatique et responsable des affaires familiales) et Birkin une sorte d’inspecteur de l’Education nationale (anglaise !) pas très convaincu par le "système" (déjà !). Petit moment de lecture savoureux et petite minute culturelle :

     « [Notre père] dit qu’il faut l’[NDRL : Winifred) envoyer dans une école, dit Gerald, mais elle ne veut pas en entendre parler et il ne s’y résoudra jamais. Naturellement, sa situation est plutôt singulière. Ni les uns ni les autres, chose singulière, nous ne savons vivre. Nous savons agir, mais nous ne nous entendons pas avec la vie. C’est curieux, c’est un défaut de famille.

    - Il ne faut pas l’envoyer à l’école, dit Birkin, songeant à une autre combinaison.

    - Il ne faut pas ? Pourquoi ?

    - C’est une enfant bizarre, une enfant singulière, encore plus singulière que vous. Et, selon moi, on ne devrait jamais envoyer à l’école les enfants singuliers. Seuls les enfants à peu près normaux devraient y aller, à mon sens.

     - J’incline juste à croire le contraire. Je crois que si elle quittait la maison et si on la mélangeait à d’autres enfants, elle deviendrait probablement plus normale.

     - Le mélange ne s’opérerait pas. Vous-même, vous ne vous êtes jamais mêlé aux autres, n’est-ce pas ? Elle est fière, naturellement réservée et solitaire. Si sa nature la pousse à la solitude, pourquoi vouloir lui donner des goûts grégaires ?

      - Non, je n’ai nullement envie de la transformer. Mais je crois que l’école lui ferait du bien.

      - Vous a-t-elle fait du bien à vous ?

      Gérald fronça les sourcils. L’école avait été une torture pour lui. Pourtant il ne s’était jamais demandé si cette torture était nécessaire. Il semblait croire aux vertus de l’éducation par la soumission et le tourment.

      - Je détestais l’école dans ce temps-là, mais je me rends compte maintenant que c’était nécessaire. Cela m’a fait rentrer dans le rang.

      -  Eh bien, moi, dit Birkin, je commence à croire qu’on ne peut vivre à moins de sortir complètement du rang. Cela ne vaut rien d’essayer de suivre la ligne pas à pas, quand votre instinct vous porte à tout faire sauter. Winnie est une nature spéciale, et à ces natures spéciales, il faut offrir un monde spécial.

       - Oui, mais où se trouve-t-il votre monde spécial ?

       - Fabriquez-le. Au lieu de vous transformer pour vous adapter au monde, transformez le monde pour qu’il s’adapte à vous. C’est un fait que deux êtres exceptionnels suffisent à former un monde différent. Vous et moi, nous formons un monde différent, distinct. Vous ne désirez pas le même monde que vos beaux-frères. Ce sont précisément les qualités individuelles que vous estimez. Vous voulez être normal et ordinaire ? C’est un mensonge. Ce que vous désirez, c’est être libre et exceptionnel, dans un monde exceptionnel et libre. [...] »

Femmes amoureuses (1920) /  D.H LAWRENCE / Folio n°2102

Voilà. Méditons sur ce bref passage de Femmes amoureuses. (je le répète : on peut largement se passer du reste).

Et bien sûr, une pensée pour tous les enfants dys, phobiques, autistes, Asperger...et j’en passe !

A bientôt.

LaMaman