Pour ceux qui auraient du mal à comprendre dans quelle mesure l'autiste diffère d'un neurotypique (non-autiste) , en voici un exemple, tout frais du jour (enfin d'hier en fait !).

En ce moment, Théophile lis ceci :

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Résumé rapide:

Mick, une jeune adolescente, vit dans le sud de des Etats-Unis avec sa famille qui tient une pension de famille. Mick a une particularité : elle aime vraiment beaucoup la musique. Alors elle écoute les airs d'opéra qui veulent bien traverser les portes des chambres des pensionnaires de la maison. Le livre n'a pas vraiment d'histoire à proprement parlé. On suit Mick entre la touffeur du Sud et la vie des occupants de la pension. On s'attache aux personnages qui se réunissent autour d'un sympathique juif, muet qui cache une grande blesssure : on lui a retiré son ami, un grec avec qui il vivait et qu'on a dû interner pour démence. Alors monsieur Singer (qui espère toujours récupérer son ami), seul, a fini par s'installer chez les parents de Mick et chaque vie fracassée vient discourir chez lui (y compris Mick), s'épancher ou jouer aux échecs. Singer fait la connaissance du docteur Copland, médecin noir, en révolte contre le sort réservé à ses frères et le manque d'ambition de ses propres enfants. Cet ouvrage est un patchwork de petits tableaux tendres et cruels à la fois. 

Théophile a presque fini le livre. J'en ai donc profiter pour lui demander à quel moment de l'histoire il était arrivé. Il m'éclaire à sa façon. C'est concis. Je l'ai lu moi-même il y a plusieurs mois donc je lui pose cette question :" As-tu déjà fait la connaissance du docteur Copland ?". Visiblement, il ne comprend pas très bien...Je répète. Et là, il me répond : "Comment veux-tu que je l'ai rencontré, je ne suis pas dans l'histoire...Je ne peux pas l'avoir rencontré, voyons !" Or je savais que le docteur Copland apparaissait déjà à ce moment de l'histoire donc Théophile a interprété ma question - toute simple, toute bête - tout autrement, autistiquement, on va dire.

Cela faisait un moment que son rapport à ses lectures m'interpelait (il lit beaucoup, ça a été sa planche de salut quelque part). J'avais déjà remarqué des approximations, des non-sens mais ça me semblait toujours porter sur des détails. donc pas d'affolement. Mais là, j'ai longuement réfléchi. J'en ai parlé au Papa qui lui-même s'est étonné. Enfin le lendemain, à table, je lui ai demandé de repréciser. Là, ma question était plus claire, sans ambiguité : "Est-ce qu'hier quand je t'ai demandé si "tu avais déjà fait connaissance avec le docteur Copland", tu as vraiment cru que je voulais savoir si tu le connaissais personnellement...dans la vraie vie quoi ?" Et devant témoin, il répond "Bah, oui !".

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On dit souvent qu'avec l'autiste, le premier degré est toujours au rendez-vous. Quelquefois, croyez-moi, nous avons des conversations ubuesques ! Il emploie des expressions (à bon escient la plupart du temps) apprises à l'orthophonie. Parfois, il en invente, j'en ai déjà parlé et il est alors fort vexé quand on lui dit qu'elles n'existent pas.

Théophile a du mal à se représenter les personnages d'une histoire, à les faire vivre dans sa tête, à comprendre leurs sentiments profonds. A comprendre aussi les messages implicites. Une nuit plus tard, il m'a semblé que peut-être, possiblement, sait-on jamais...j'avais la solution pour remédier à cela. Je peux me tromper mais si on n'essaie pas...

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Suite au prochain billet !

A bientôt. La Maman.