L'autisme, c'est avant tout des particularités cognitives. 

Le quotient intellectuel d'une personne se mesure grâce aux performances obtenues lors de tests. Les professionnels.les utilisent le plus souvent le WISC IV (cliquez ici pour comprendre) pour les enfants de 6 ans à 16 ans et 11 mois. Mais pour les autistes non verbaux, ils utilisent le KABC (Kaufman Assessment Battery for Children - cliquez ici pour comprendre) spécialement adapté et moins pénalisant pour un enfant qui ne parle pas ou très peu ou dont la compréhension est fortement entravée (comme c'est le cas dans l'autisme). Ca a été le cas pour Théophile qui s'est essayé aux deux formules !

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Petite précision qui a son importance : "Sur un plan philosophique, la norme est élaborée par une société. Cette dernière la détermine selon ses valeurs et ses croyances. Ainsi la norme peut-elle être considérée comme un ensemble de règles propres à une culture. Elle est donc susceptible de varier d’une société à une autre." (Carole Bommart-Gassier du site Educ-Pédagogie)

Ensuite, les différentes épreuves sont réparties en 4 catégories (*)

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Puis des résultats obtenus dans chaque catégorie, on établit une moyenne qui situera l'individu sur une échelle :

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Le chiffre final n'est pas une fin en soi, c'est certain...néanmoins il permet de situer «la capacité qu’a un organisme à s’auto-modifier pour adapter son comportement aux contraintes de l’environnement. Cette faculté de comprendre, de saisir par la pensée, inclus un ensemble de fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle et rationnelle » (Larousse, 2009)

Voilà...ça, c'est la théorie. En pratique, pour les enfants autistes, c'est un peu plus complexe. En effet, la plupart du temps pour un enfant neurotypique - non autiste, on note une homogéneïté dans les 4 catégories présentées dans le schéma plus haut. Or l'autiste présente une hétérogénéïté qui peut être forte et qui rend l'interprétation des résultats compliquée voire impossible. Ce qui peut en sus "plomber" son QIT (quotient intellectuel total) - les spécialistes estiment que 25 à 75% des autistes présentent un retard mental. L'observation de chacune des 4 catégories d'items est donc plus judicieuse que de se focaliser sur le QIT du moins en ce qui concerne un autiste.

Le site canadien AQNP (pour Association Québequoise des Neuropsychologues) dans son chapitre concernant le trouble autistique précise dans le paragraphe "Le fonctionnement cognitif des autistes" qu' (...)"une des caractéristiques de la cognition autistique est la présence de forces et de limites cognitives marquées. En effet, les autistes sont souvent très habiles dans certains domaines, tels que la mémoire ou le dessin par exemple, mais éprouvent de grandes difficultés dans d’autres domaines, comme la résolution de problèmes ou la compréhension du langage figuré. C’est pourquoi les chercheurs ont du mal à mesurer l’intelligence des personnes autistes. En effet, selon les tests qu’on utilise pour évaluer leur fonctionnement, le niveau intellectuel peut varier de façon importante. "(...)

Dans un autre paragraphe, cette même association affirme que "contrairement à ce qu’on observe chez les neurotypiques, le niveau intellectuel mesuré ne correspond souvent pas au niveau de fonctionnement au quotidien ou au rendement scolaire." Autrement dit, évaluer un enfant autiste avec des tests standards utilisés dans le milieu scolaire revient à mettre l'enfant autiste en échec. Et très franchement, quand on sait le travail qui est effectué par les professionnels et les familles pour restaurer l'estime de soi d'un autiste, on jugera facilement qu'il est plus qu'opportun de s'épargner l'évaluation du niveau scolaire chez un enfant autiste !

Parce que d'autre part, je dirai que la force de l'autiste réside dans ce que les professionnels canadiens (*) appellent "les capacités spéciales". Et elles sont nombreuses. Oublions Rain Man un instant...Ce type d'autisme ne concerne que 1 à 5% des autistes.

Dans un récent reportage dans l'émission PopVox sur Arte, Josef Schovanec évoque ces "capacités spéciales" (Cliquez ici - la séquence dure 14 minutes). Et en l'écoutant, je me demande pourquoi on s'acharne à vouloir évaluer scolairement des enfants dont le fonctionnement par principe est atypique et ne correspond à rien de ce qui est proposé dans le milieu scolaire ordinaire ? C'est comme choisir d'évaluer les performances d'un coureur de fond selon des critères définis pour un sprinteur. Ca ne viendrait à l'esprit de personne de faire une chose pareille. Pourtant c'est ce qui se fait au sein de l'Education nationale : notre fils a été plusieurs fois contrôlé par les servives de l'EN (dans le cadre de lIEF). Ces inspecteurs.rices sont arrivés.es avec leur batterie d'exercices standardisés. Forcément dans plusieurs domaines, les résultats versus EN n'avaient rien à voir avec ses résultats versus le WISCIV, on s'en doute. Cherchez l'erreur ! 

Ce qui fait qu'aujourd'hui (et contrairement à notre opinion sur le sujet, il y a encore quelques années), nous accordons bien plus d'attention à l'évaluation des 4 catégories présentes dans le WISC IV (évaluation réitérée tous les deux ans en moyenne) qu'aux contrôles de l'EN (dont je ne lis même plus le compte rendu !). Pourquoi ? Il n'y a là rien de "sectaire" bien au contraire. Les évaluations scolaires ne nous permettent pas de faire évoluer notre fils en cela qu'elles sont tellement en décalage avec ses "capacités spéciales" qu'elles ne nous sont d'aucune utilité. Par contre, les échelles du WISC et leur interprétation (par une professionnelle aguerrie) nous permettent d'élaborer des stratégies d'apprentissages pour Théophile bien plus efficientes et adaptées (et ce, même lorsque ses résultats étaient en dessous de la moyenne des enfants de son âge dans une ou plusieurs catégories). CQFD...

Je l'accorde...penser des "tests" (encore que je n'aime pas trop ce terme) pour les autistes qui auraient des chances de "coller" avec les programmes officiels me paraît relever de la haute voltige (surtout si on souligne l'extrême retard de la France en matière d'autisme et en particulier au sein de l'école). Et ces évaluations ont déjà tellement de difficultés à s'adapter aux profils différents des enfants non-autistes scolarisés. D'ailleurs, un article du journal Le Monde évoquait le peu de compatibilité entre les termes d'évaluations et de bienveillance - prônée par Mr Blanquer. C'est ici pour comprendre.

Je ne partage que partiellement l'avis de Josef Schovanec. D'une part, il affirme que tous les enfants autistes devraient être scolarisés. Le "tous" me paraît excessif. Par contre, il me semble être dans le vrai lorsqu'il dit que les enfants autistes scolarisés ne doivent pas forcément aller à l'école pour apprendre. Entendons là apprendre les mêmes choses, concepts... que les autres (pour la plupart ils en seraient bien incapables et on ne réussirait qu'à les entraîner dans une spirale de l'échec qu'il est essentielle d'éviter) mais pour se socialiser. 

Mais que faire et comment faire pour ceux qui sont en capacité d'apprendre mais d'une manière totalement différente de celle connue et utilisée à l'école ? Oui, comment fait-on sans trop "bricoler", sans partir du principe que ce qui sera fait pour eux sera déjà bien suffisant ? Que fait-on pour respecter leurs "capacités spéciales" la plupart du temps aux antipodes de celles de leurs camarades neurotypiques ?

Alors pour le moment, il n'est pas possible d'évaluer objectivement un enfant autiste du seul point de vue scolaire. Un autiste doit l'être sur la base d'autres critères qu'un neurotypique. L'école est-elle en capacité de faire cela aujourd'hui ? Je pose la question...

Petit rappel au passage : en France, seuls 10 à 20% des enfants handicapés sont scolarisés (ce qui nous a valu cinq "avertissements" de la part de l'Europe) et seuls 10% des autistes sont présents sur le marché du travail en Europe. Ces chiffres se passent de commentaires. Le reportage de PopVox montre également que des pays à la pointe de l'inclusion des autistes en milieu scolaire (l'Italie et la Suède, par exemple) connaissent quelques difficultés également... surtout en Italie où des parents d'enfants neurotypiques ont interdit à leurs enfants d'aller en classe en présence d'enfants handicapés ! Le populisme se niche partout, soyons vigilants...

A bientôt.

LaMaman