Nous avons commencé cette semaine par une session intensive de maths. J'ai plusieurs fois vanté l'apprentissage des mathématiques pour les autistes : calcul mental, enchaînement d'opérations, nombres relatifs...Tout ce qui permet de booster la vitesse de traîtement.

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Alors il y a des jours avec (méconnaissable Loulou dans ces moments-là, moments d'émotion pendant lesquels tous les espoirs sont permis...le champ des possibles s'ouvre devant lui, plus de limites) mais il y a aussi des jours sans mais vraiment sans. Tout semble avoir été jeté aux orties dans la nuit (moment de grande solitude, dans le genre "qu'ai-je fait pour mériter ça ?"). On ne le reconnaît plus. D'instinct, je sais, bien qu'il s'en soit plusieurs fois défendu, que ce que j'appelle ses (parfois longues) ruptures d'attention sont le fait d'un état de "confusion" cérébrale. Déficit de connexions en quelque sorte. Comprenez : on ne peut pas à la fois penser à ses calculs et ressassez des souvenirs vieux de plusieurs mois et qui ne sont a priori pas très agréables (selon ses critères, bien entendu).

Ce matin donc, c'était blackout total.  Je m'attendais à ce qu'il réfute encore une fois ma théorie du cerveau parasité. Mais non ! Dans un de ses grands et durables moments d'errance intellectuelle, je lui propose un coup de main (juste pour le relancer, le rappeler à nous...). Il tournicote sa mêche de cheveux sans arrêt. Puis il se décide : "En fait, j'ai des souvenirs qui me tracassent..." 

Nous y voilà ! Déjà deux réflexions : 1) Il est important qu'il ait réussi à verbaliser ce qui le gênait (c'est la première fois) et 2) qu'il ne réfute pas avec véhémence ma théorie (que j'ai peaufinée pendant des années à force d'observation). Petit instant de fierté personnelle, ne boudons pas notre plaisir, c'est pas tous les jours ! Sans compter les bien-pensants qui ont tôt fait de trouver que vos raisonnements sont un peu alambiqués (méconnaissance crasse de l'autisme rendent possibles de tels jugements erronés mais il faut les supporter ou les ignorer, ça dépend des jours et de l'humeur). Donc pour fêter cette petite victoire et cette verbalisation libératrice, cet après-midi, ce sera repos, juste récompense. Il fait très beau dehors et la montagne est belle...

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Bref, il est encore parasité par "la dame de la fromagerie" (cliquez ici) mais également par "la dame de la boulangerie" (c'est une vraie collection apparemment). Ce jour-là, il n'était pas avec moi mais avec LePapa. Sa question existentielle du moment est donc (verbalisée enfin...) : " Pourquoi elles m'adressent la parole ? Je n'ai rien demandé !". Pour lui, comme je l'ai déjà dit, c'est une vraie intrusion dans sa vie intérieure, comme si on avait tenté de forcer l'entrée, de fragiliser la forteresse. Vous comprenez mieux le mécanisme de l'autisme maintenant et de la difficulté pour l'autiste à s'adapter à la plus courante des interactions sociales. Nous pensions naïvement que ses niveaux de compréhension et de perception en augmentant faciliteraient ses relations avec autrui. En fait, non. Ses centres d'intérêt parfaitement maîtrisés touchant l'Histoire, les Sciences, la Littérature l'ont quelque peu "marginalisé" par rapport aux jeunes de son âge. Comment dans ces conditions favoriser un rapprochement sans se faitre traîter de "tête d'ampoule" ? De ça, nous avons pris acte. De fait, il est plus à l'aise avec des adultes (à condition que de mèche, ils prennent le pli de le brancher en premier lieu sur un de ses sujets favoris pour l'apprivoiser. Après, on peut envisager de se détendre et de tenter quelques blagues - il est bon public, croyez-moi !).

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On a sciemment zappé la case "rencontre avec des jeunes de ton âge". D'abord il les regarde comme des extraterrestres et il serait capable de se faire exclure du groupe en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Je pense qu'embrayer la conversation par un "Et toi, tu réponds à combien de questions au "Jeu des 1000€ ?" n'est pas forcément une bonne entrée en matière. Mais bon, c'est drôle quand on connaît Loustic à fond.

Donc il s'en est suivi une grande discussion (que nous avions déjà eu mais moins apaisée - la répétition finit par énerver un peu) qui a été plutôt fructueuse, cette fois et semble-t-il.  Résultats des courses : il a accepté de retourner à la fromagerie la prochaine fois (merci à Patricia pour ses conseils même si nous avons opté pour une autre tactique) et accepté aussi le fait qu'on ne lui demandait pas d'étaler sa vie à la caisse des boutiques (diverses et variées dans lesquelles nous allons être obligés de renouveler l'exercice) mais juste de se montrer poli (pour l'empathie, on verra plus tard).

Un autre souvenir (que nous avons en partie réglé hier. Enfin c'est ce que nous pensions) lui est désagréable voire très désagréable (et pour nous, c'est une vraie torture au quotidien, un truc à frôler la crise de nerfs). Je vous le propose dans le billet suivant sinon ce sera trop long là tout de suite (mais il est prêt !).

A bientôt. 

LaMaman