Ce billet fait suite à celui-ci.

Autre souvenir qui nous a bien "pourri" l'ambiance pendant presque... six mois !

Les faits : ici, je l'ai déjà dit, aucune clôture autour des maisons (fermes, chalets...). Ce n'est pas "typique". On pénètre facilement sur un terrain privé (parfois sans même s'en rendre compte) et pour autant l'autochtone ne dégaine pas son fusil et ne tire pas dans le tas sans sommation. Ce ne sont pas des sauvages et on n'est pas au Far west quand même. Traverser un terrain privé est banal, on a le droit, c'est plus que toléré (enfin les terrains sont vastes). On fait attention quand même à ne pas passer trop près des habitations...

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Mais voilà que des randonneurs super équipés (ils sont toujours super équipés, c'est très drôle !) traversent NOTRE terrain. J'ai bien écrit "NOTRE". Théophile les a regardés, atterré. Puis il a commencé à fulminer puis enfin il s'est lâché : "Mais vous ne voyez pas, ils sont sur NOTRE terrain...et vous ne faites rien ???". Sur le moment, on ne comprend pas très bien son propos mais visiblement il est très perturbé. Nous sourions (erreur fatale : ne jamais faire ça avec un autiste en espérant désamorcer une situation. Pour lui, c'est du déni, de la moquerie, l'humiliation suprême). Visiblement, ça a l'air sérieux. Nous répliquons que les gens sont passés et que c'est trop tard pour les "interpeller". Il est furax et il ne va pas décolérer avant un bon moment.

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Plus tard, il est à sa fenêtre (nous sommes en plein mois de juillet, les touristes ont investi le territoire) et tout à coup, il empoigne mon téléphone et en bon vigile qui se respecte, il lui prend l'envie de faire état de la présence suspecte de deux individus là, sur NOTRE terrain, près de NOTRE "cabane" (photos à l'appui et rapport circonstancié en sus). Le message est immédiatment envoyé à...son père (je suis à la maison mais occupée et il espère bien que LePapa pense que c'est moi qui communique en la circonstance - comme pour donner plus de crédit à ses investigations). Alors pour faire court, il s'agit d'un couple de personnes âgées (bien inoffensifs donc) perdues et épuisées. A peine "équipés" et madame qui boite (elle a une attelle à la cheville gauche)... Théophile, du haut de son mirador, m'informe (à cet instant, je ne les avais pas encore aperçus) et je suis "sommée de leur intimer l'ordre de"...déguerpir sur le champ ! Il est fâché encore et si je ne fais rien, il ne va pas "me lâcher". Je montre ma bonne volonté, je sors et pars m'adresser au couple. Mais pas pour les chasser, non, pour discuter (on n'est pas des sauvages nous non plus) ! Et là, j'ai une conversation tout à fait plaisante avec ces gens (je ne ris pas trop fort, nous sommes surveillés).  Ils s'en allaient apercevoir le lac et ils ne l'ont jamais vu. Nous rions de nouveau (pas trop fort toujours), ces gens sont charmants. Ils me demandent le plus poliment du monde s'ils peuvent s'installer là juste pour prendre une petite collation. Leur voiture est encore loin et je leur propose de les y reconduire (visiblement ils sont essoufflés et madame se plaint de sa cheville). Ils déclinent mon offre, ils ne souhaitent pas "déranger" davantage. Je me retire dans ma modeste masure et vaque à mes occupations. La dame prend la peine de venir frapper à la porte pour un dernier merci et je les vois s'éloigner clopin-clopant.

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Ni une, ni deux, une fois rentrée, Loulou me saute dessus. Il s'étrangle presque que j'ai pu pactiser avec l'ennemi. J'essaie là encore de lui expliquer que "ça se fait" d'être aimable et accueillant. Mais visiblement il ne partage pas mon point de vue. Les gens, ok, pas de problème, mais pas sur SON terrain ! Je crois rêver. Je tente un argument de poids : j'ai quelque part porté secours à des gens fatigués, que pouvais-je faire d'autre ? Puis j'abdique. Son raisonnement me paraît si ridicule... Pourtant je sais qu'il émane de cette "diversité cognitive" qui caractérise les autistes. Mais comment stopper la spirale infernale ?

En tout et pour tout, il a dû passer une dizaine de personnes sur SA "propriété", ce n'est pas un régiment non plus. Mais il en arrive à nous traiter "d'impuissants", "d'insconscients". Il n'est pas allé jusqu'à "lâches" mais je crois que c'est juste parce que le mot ne lui est pas venu à l'esprit sinon il l'aurait tenté. Comme ça, ça paraît fou (et ça l'est sans conteste). 

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Alors régulièrement, il remet ça et on recommence notre longue litanie d'arguments...inutiles pour la plupart. C'est SON terrain, SA propriété privée, on ne rentre pas, c'est la loi (il pourrait, je pense, à l'avenir, devenir très procédurier).

Donc hier, quand il a fait émerger ses deux souvenirs "qui le tracassaient", j'ai évoqué cette théorie selon laquelle on ne rentre pas chez les autres, oui, mais...des fois, on peut ! Je l'ai laissé s'épuiser à m'exposer ses arguments (parce qu'il en a. Toujours un peu les mêmes cela dit, on tourne vite en rond) puis j'ai attaqué. 

-"Mais d'où te vient cet attachement quasi obsessionnel (ndlr : typiquement autistique ça) à la propriété privée ? C'est quoi ce truc : "C'est à moi, pas touche". Bon sang, est-ce qu'il n'y a pas des choses plus essentielles que de posséder ?" 

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Bon, c'est joli sur le papier mais ça fait plouf dans l'eau aussi (mais ça soulage, c'est déjà ça). Néanmoins je lui explique que quand des souvenirs aussi insignifiants viennent le "hanter", c'est parce qu'en réalité, il n'arrive pas à les analyser rationnellement et donc ensuite à les "anéantir" (le côté imagé n'est peut-être pas la formule la plus appropriée pour s'adresser à un autiste mais je n'en voyais pas d'autre à ce moment-là). En conséquence, ses souvenirs lui encombrent l'esprit, l'empêchent de travailler, de se détendre, de s'ouvrir, en clair, d'avancer ! Il lui faudrait arriver à hiérarchiser ses préoccupations, à "relativiser" mais vraiment, il n'a pas atteint ce cap. Tout le fracasse, s'invite chez lui et n'en ressort plus. C'est un cap de travail pour les prochaines années !

Alors le fait qu'il ait déjà accepté de remettre les pieds à la fromagerie va dans le bon sens. Ce n'est pas révolutionnaire non plus mais on y va à petits pas. 

Pour l'anecdote, sachez qu'il avait utilisé un sapin mort (que LePapa avant tranché à la hache et laissé sur place avant de le débiter en menus morceaux) en guise de barricade. Pas très chouette dans le décor mais il avait décidé de ceinturer le secteur, ça allait loin quand même. Aux grands maux, les grands remèdes, on a ôté le sapin de sur le chemin avec ordre de ne plus y toucher...mais il est retourné le chercher ! Alors LePapa a bûcheronné plus vite que prévu. Plus de sapin et une bonne discussion sur le thème "ce n'est pas aussi important que tu le dis. Maintenant si tu veux que personne ne pénètre sur TON terrain, tu t'y colles et tu vas faire la police". Il s'est comme "dégonflé" alors, a bien tenté un "Ah mais non ! c'est à vous de le faire !". J'ai rétorqué que "Non, je n'irai pas parce que ces gens ne font que passer, que j'ai été contente de discuter avec ces personnes et de pouvoir leur être "agréable" et que je ne raisonne pas en termes de propriété privée, moi !"

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Néanmoins le fond du problème, c'est de savoir comment l'aider à se débarrasser de ces pensées parasites. En les disséquant au préalable pour mieux les terrasser. Donc 1) quand je vais m'apercevoir qu'il est "ailleurs", je lui poserai la question de savoir si un souvenir le gêne, 2) il me dira OUI ou NON, 3) si OUI, il m'exposera le cas, 4) nous noterons tout (les faits, les sentiments que cela provoquent chez lui), 5) puis nous chercherons des solutions pratiques à mettre en oeuvre, des schémas mentaux à reproduire pour retrouver un apaisement durable (motivés !), 6) une fois l'abcès vidé de sa substance, nous écrirons sur un papier le nom du "mauvais, méchant" souvenir  et enfin... 7) poubelle (en vrai) !

On croise les doigts... Alors tout ça, c'est du "fait maison". La guidance parentale et le suivi psychologique seraient les bienvenus mais sans nouvelles de la MDPH, on se débrouille comme on peut (MDPH : J + 113...quand même !)

Bonne journée.

LaMaman