Avant-propos : Précisons que Théophile n'est ni autiste Asperger, ni autiste de haut niveau. Il a été diagnostiqué il y a 10 ans et son QI n'avait pu être déterminé tant ses difficultés cognitives étaient importantes. Il était probablement déficient intellectuel à cette époque. Ce n'est plus le cas aujourd'hui mais l'autisme ne lui facilite pas la tâche. Il a des particularités cognitives encore aujourd'hui que ne nous permettent pas de balayer tous les contenus des programmes de l'Education nationale (il soughaite passer son bac, grand défi...). Nous compensons avec ses hypercompétences et nous nous adaptons à ses difficultés et à ses rythmes (il est encore fatigable et "souffre" d'importantes ruptures d'attention). 

Ces temps-ci, les bonnes nouvelles ne pleuvent pas (manquerait plus qu'il se mette à neiger, là, tout de suite...), les jours s'égrainent avec leur chapelet d'attentes stériles (je parle de la MDPH qui la joue en mode "y a pas le feu au lac"...bah si, justement il y a "très, très" le feu au lac !) et franchement se lever le matin relève de l'exploit. Pas pressés de se prendre une tuile supplémentaire. La coupe est presque, quasi pleine aux trois quarts pour être tout à fait francs.

Bref, une bonne, une excellente nouvelle, un big bang de bonnes nouvelles seraient les bienvenus.

Et bien c'est Théophile qui m'a offert un moment de pur bonheur ce matin alors je partage.

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Les apprentissages avec un autiste, c'est pas du "tout cuit", c'est le moins que l'on puisse dire. Il y a 10 ans au moment du diagnostic, le médecin avait pris soin de mentionner sur son comte-rendu que les apprentissages "académiques" n'étaient pas la priorité, que bien d'autres choses devaient être envisagées avant... Alors quand s'y remettre ? 

En réalité, l'IEF (instruction en famille) des filles m'a été profitable en cela qu'elle m'a permis d'avoir une parfaite connaissance des programmes officiels de l'Education nationale du CP à la Terminale. Le choix de l'IEF n'était peut-être pas tout à fait un hasard. Un long cheminement pour en arriver là précisément. Là, c'était : que faire d'un autiste qui parle à peine ou alors pour baragouiner des trucs que personnes ne comprend...que lui apprendre qui lui permette d'avancer ? 

Pendant que l'accompagnante lui expliquait en jouant que l'Autre existe, j'ai joué sur un autre registre (aidée en cela par les filles de la maison, j'en reparlerai) et j'ai pensé qu'il n'était peut-être pas nécessaire d'attendre trop longtemps. A l'époque, il nous a été impossible de trouver un(e) orthophoniste sur notre secteur et on ne pouvait pas laisser Junior en jachère non plus. Apprentissage de la lecture, découverte des mots avec reconstitution de phrases (avec étiquettes à couper et décoller - c'est à ce moment qu'on a découvert qu'il souffrait également de dyspraxie mais sans psychomotrien.ne sur le secteur, on a pallié : j'ai découpé et collé les étiquettes moi-même), découverte des chiffres, des nombres, du temps, de l'espace... Heureusement que la tête dans le guidon, on ne se rend pas toujour compte de l'ampleur de la tâche sinon on aurait tôt fait de baisser les bras !

J'avais deux credos : la lecture et le calcul. Instinctivement, je me disais que ces apprentissages seraient sa planche de salut. Je ne vais pas développer ici, ce serait trop long mais on va dire que je le sentais et c'est tout.

Pour la lecture, c'est gagné (enfin sa compréhension est parfois toute autistique et je n'ai pas toujours le sentiment que nous avons lu le même livre...mais on s'obstine, ça viendra). Restait les maths...

Les maths passe par la répétition. A l'école, les élèves en difficulté avancent à marche forcé, s'épuisent puis lâchent prise. L'IEF a cet avantage non négligeable de ne laisser personne sur le carreau et de S'A-DAP-TER aux spécificités cognitives de chacun. Nous n'avons pas fait un peu de maths, un peu de français, un peu de biologie chaque jour, chaque semaine. Ni un peu de calcul puis un peu de géométrie. Non, nous avons travaillé par "blocs". Beaucoup de maths (pendant une longue période) puis beaucoup de français (pendant une autre longue période), etc. Les autres matières (moins lourdes) prenaient leur place au milieu des deux blocs majeurs. Bien sûr avec cette méthode, nous avons dû abandonné les CPC (cours par correspondance pour les filles)...forcément !

Donc la méthode était rôdée alors je l'ai utilisée avec Théophile. On a avancé doucement, parfois on a remis à plus tard certaines notions (en particulier en géométrie où il est nécessaire de justifier (c'est un exercice encore compliqué mais pas pour les raisons qu'on croit, c'est toujours un rapport à l'Autre : justifier c'est tenir compte du fait qu'il faut expliquer à un autre que soi et là, pour l'autiste, c'est une difficulté majeure mais on y travaille)).

Alors ce matin et après des mois de travail, le graal ! Je lui mets devant le nez ceci :

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C'est chronométré (je n'aime pas trop mais c'était juste pour voir), il doit travailler aussi la présentation (très difficile...toujours le rapport à l'Autre : à quoi ça sert ?). En autonomie et si possible...sans rupture d'attention (très dur). Et en soignant l'écriture (pour un autiste dyspraxique, le geste graphique demande toujours un gros effort)

A l'arrivée, ça donne ça (extraits choisis - je vous les présente en grand format, il le vaut bien) :

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Je ne vais pas les faire encadrer tout de même mais ce sont des jours, des semaines, des mois de boulot pour lui, pour nous mais j'y tenais ! Depuis des mois, je lui demande d'appliquer les consignes (en guise d'entraînement pour plus tard): aérer ses réponses (il est très écolo, il ne veut pas gâcher de papier alors il colle tout), souligner ses résultats (pfff...il n'y pense jamais). Là, c'est juste parfait en un temps record (41 minutes montre en mains) sans (trop) de ruptures d'attention. Alors pendant la correction (tout était bon), je l'ai entendu et vu plusieurs fois faire ça :

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Quand de telles réussites sont rendues possibles, il m'arrive de penser au médecin qui nous a très honnêtement affirmé qu'il ignorait où pouvaient bien se situer les limites pour Théophile. Il nous a juste listé un certain nombre de "profils" d'autistes. Faites votre marché...son sort est entre vos mains ! Qui et que sera Théophile parmi tous ceux-là ??? Sais pas encore pour le moment...on continue à repousser ces fichues limites, c'est tout ! 

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Mais c'était une bonne journée, pleine d'espoir. Ne boudons pas notre plaisir...

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A bientôt.

LaMaman