De l'endroit d'où je vous parle et contrairement à Donald, personne ici ne conteste la réalité du réchauffement climatique. La flore en pâtit (parole de sylviculteurs), la faune est contrainte de modifier ses habitudes (le chamois autrefois cantonné sur les hauteurs traverse désormais les rues, s'aventure tout près des habitations, c'est plutôt sympa mais pas normal), l'industrie du tourisme hoquette avec des hivers changeants qui soit n'arrivent jamais - ou sur de trop courtes périodes - soit s'éternisent et rendent la vie "locale" compliquée et coûteuse (les passages répétés des chasse-neige représentent un budget conséquent pour les départements et endommagent les routes et je ne parle pas de l'économie qui de fait marche un peu au ralenti). Les étés son trop secs (cette année, les vaches ont dû être rentrées plus tôt en raison du manque de pâture. Elles sont à la paille alors que l'idéal, c'est bien sûr le foin que l'éleveur coupe de juin à fin septembre). 

Alors ici, ne nous plaignons pas, nous bénéficions d'un air sain, très sain même, on le sent, le ciel est parfaitement dégagé et c'est prouvé (si vous souhaitez suivre la qualité de l'air dans votre coin, vous le pouvez le faire ici à l'heure près). Mais si ça suffoque partout ailleurs, ça finira bien par suffoquer ici aussi ! On ne compte plus les énormes 4 x 4 et autres SUV dont on justifie l'achat par la présence des "terrains accidentés", de conditions météo extrêmes (on est en montagne quand même). Toutes les excuses sont bonnes, on dira. 

couverture Comment les riches détruisent la planète

Une présentation de l'ouvrage ici qui met à mal la notion même de "développement durable" (comment continuer sur la voie d'une croissance folle alors même que les ressources ne sont pas inépuisables?). Interview de l'auteur en supplément.

Reprenons : ici, pas de gilets jaunes bizarrement. A la fois pas facile de manifester pour le pouvoir d'achat quand on débarque avec une grosse cylindrée flambant neuve (La revendication de "justice sociale" risquerait de manquer de crédibilité). Pourtant les distances pour se rendre au travail ou faire ses achats sur le secteur sont longues et le budget carburant est proportionnel. Mais ici, gloablement, le pouvoir d'achat est élevé (en raison principalement de la proximité de la Suisse qui accueillent 250 000 frontaliers - français qui y travaillent mais continuent de vivre en France). Donc un peu d'inflation sur le diesel ou l'essence ne change pas grand chose pour eux. Mais ne nous y trompons pas : tout le monde râle quand même !

Alors il devient difficile devient de plus en plus difficile de continuer à garder la tête dans la sable, on le sait maintenant : il va falloir banquer...si on ne veut pas disparaître de la surface de la Terre. On peut aussi continuer à se rassurer en pensant que l'apocalypse est toujours pour demain et que ce sont nos arrières petits-enfants qui payeront les conséquences de nos actes irresponsables (on s'en fiche, on ne sera plus là pour voir le massacre), les scientifiques sont maintenant moins certains de l'échéance à moyen ou long terme. Il semble que nous aurons droit aussi notre lot de cataclysmes en tous genres. Tout de suite moins drôle !

On peut aussi continuer de vouloir toujours plus. Le Black Friday m'apparaît comme une aberration. Pas vous ? Reconnaissons-le, la méthode est perfide, perverse même. Parce que la réalité, c'est que plus vous consommez, plus vous courez à votre perte. Il faut juste avoir à l'esprit qu'il faut désormais consommer différemment et beaucoup moins également. On nous fait croire que consommer toujours plus sert à maintenir le taux d'emplois. A long terme, c'est faux : il faudra créer d'autres types d'emplois, c'est tout. Il serait temps de se pencher sur la question. Les emplois "verts" sont à réfléchir et à développer. Ainsi que la grande question du développement démographique et du partage des ressources : où se trouve la limites ? (à moins même qu'elle ne soit déjà dépassée...)

Alors qu'on se le dise, il est urgent de vider nos armoires de tous nos avoirs, de consommer intelligent (question simple : "Est-ce que j'en ai vraiment besoin ?") et durable (fini les fringues en pagaille que je ne mets pas ou les cadeaux inutiles que je revends ensuite sur le net - internet est le 3e plus gros pollueur de la planète, c'est ici), de faire le choix d'énergies propres, de manger moins et mieux, de réduire la taille de nos habitations, de nos véhicules... Une petite carte à retrouver   (en plus grande) sur le site Tuxboard pour savoir si vous habitez un département "écologique".

Un nombre incalculable de chercheurs parlent de l'urgence climatique en termes "d'effondrement de notre civilisation" (ici, une excellente présentation). Un jeune chercheur Pablo Servigne , spécialiste de la collapsologie utilise une image simple pour parler de ce que vers quoi nous nous dirigeons  : "C'est comme si vous faisiez un gâteau. Si vous le faites cramer, c'est fini, vous ne pourrez plus ensuite récupérer les ingrédients pour en refaire un autre". Le message est clair: nous sommes en train de faire cramer la planète, notre planète. L'épuisement des ressources, les menaces de conflits, les épidémies pourraient être notre lot quotidien. Le principe est simple, "les riches veulent toujours plus et les pauvres veulent leur ressembler". Voilà ce que nous avons réussi à créer, pas de quoi en être fiers. Pour ma part, je ne crois pas au "capitalisme vert" et je pense qu'il faut procéder à une refonte globale de notre modèle de société. Surconsommation et écologie ne font pas bon ménage...et nous conduiront à la catastrophe annoncée, c'est indéniable ! Il faut travailler sur l'idée d'écologie et de justice sociale, c'est la seule alternative que nous ayons. 

Alors une fois que vous aurez regardé et lu tout cela, plutôt que de vous ruer sur le Black Friday, remettez vos cartes bancaires dans votre poche, installez-vous confortablement sur votre canapé et prenez ce livre. 

 

Résultat de recherche d'images pour "paul auster le voyage d'Anna Blume"            Résultat de recherche d'images pour "paul auster le voyage d'Anna Blume"

C'est en fait le même avec deux titres différents (Le titre original est : In the country of last things) et le second en est la version Poche. Petit ouvrage de 150 pages environ qui vous fera découvrir une ville où tout a disparu. Du moins tout se qui était connu des habitants jusque là. Que s'est-il passé, on l'ignore : guerre, accident nucléaire, évènement climatique...?  Anna recherche son frère William au milieu des décombres et des morts-vivants. Elle nous fait découvrir une société acculée à fonctionner différemment. Tous les sytèmes, tous les modes de vie ont été anéantis, abolis. Les sectes qui profitent du malheur des habitants prolifèrent, le brigandage, l'escroquerie (au logement parce que très rare, aux denrées les plus élementaires), le népotisme, le vol, le racket, le meurtre sont monnaie courante. Et si on ne supporte pas cette vie de rat, on peut toujours payer pour se faire tuer (mais c'est un truc de riches, la plupart des habitants ne possèdent plus rien). L'essentiel est (si on le souhaite encore) de survivre alors même qu'il n'y a plus "l'espérance de pouvoir un jour espérer à nouveau".

A l'inverse, c'est l'apogée de la "débrouille" : tout est recyclé (enfin), les déchets humains sont récoltés, réutilisés... Mais tout se revend à prix d'or. Seuls là encore, les riches s'en sortent, les autres vivent comme des chiens. 

C'est percutant, dérangeant et il faut faire un effort continuel pour ne pas y voir quelque chose de prémonitoire. Paul Auster a écrit ce livre en 1987. Je serais tentée de dire : on y est, il vaudrait mieux ne pas rater le coche cette fois ! Tant de situations décrites font leur apparition déjà.

Et pour finir, je me suis régalée avec un débat (ce matin même) entre Vladimir Federovski (diplomate et écrivain russe) et Laurence Haïm (journaliste spécialiste des Etats-Unis). Il y a le réchauffement climatique mais également les frictions politiques entre les deux puissances (agrémentées de quelques collusions qui font douter de la légitimité d'une certaine élection), combat de chefs qui dans le fond ne cherchent qu'à servir leurs propres intérêts et à asseoir leurs hégémonies respectives. A les entendre, on se dit que la Guerre froide n'était qu'un amuse-bouche. Vous retrouverez ce débat

Il est urgent de repenser le Monde en ce jour de Black Friday !

Bonne lecture.

LaMaman