Désolée pour le titre sciemment provocateur mais c'est la question du moment ici.

Rappel : l'autiste est sans filtre ! Vous ne sortez jamais avec lui sans vous faire des frayeurs ou devoir désamorcer des situations qui trouvent leur source dans un stress mal anticipé ou mal évalué. Vous vous retrouvez en train de vous excuser platement ou expliquer que c'est "à cause" de son autisme, que ce n'est pas ce qu'il voulait dire ou à vous éclipser fissa an sentant les regards ahuris dans votre dos, ou en arborant votre air "oui, plaît-il ?" ... Bref, des situations dont on se passerait bien. Enfin je pense que la plupart du temps, nous-mêmes ne nous rendons plus trop compte de ces moments de temps suspendu.

Sans compter ses avis sur tout et sur tout le monde (l'adolescence d'un autiste est tout un poème...) et qui s'expriment alors que la personne dans le viseur est encore à deux pas de lui (erreur de débutant : il croit qu'il suffit de tourner le dos pour qu'on n'entende plus rien de ce qu'il dit). Des fois, je plaisante en l'avertissant qu'un jour, on finira bien par se faire "démolir le portrait".

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Mais tout de même, nous sommes bien obligés de reconnaître que la plupart du temps, son jugement n'est pas erroné et que franchement, c'est plutôt bien vu (sauf quand il est en panique, là, il sait être de pure mauvaise foi voire très méchant !). Oui, mais...comme on nous l'a appris "on ne peut pas tout dire". On l'a acté, on fait profil bas, on la boucle. Que de frustrations en vérité ! Mais bon, c'est comme ça que ça marche... Est-ce pour ça aussi que le monde va si mal, il faudra bien s'interroger un jour.

Donc, à l'occasion de deux, trois situations récentes dont son orthophoniste, son père et moi avons été les cibles (c'était du lourd cette fois !), la question de la stratégie efficace sur le long terme s'est posée. Entre les traditionnels "tourne sept fois ta langue dans ta bouche, réfléchis aux conséquences, tu ne peux pas te permettre de blesser les gens comme ça..." répétés à l'infini (patience, patience, ommmmm...) ou  la zénitude de façade (on serait à deux doigts de lui en retourner une en le traîtant de "sale morveux"), on tourne en rond ! D'autant qu'utiliser des expressions imagées (tourner cette fois sa langue dans bouche, quelle idée !) n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus efficient avec un autiste. 

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Sympa vu comme ça mais sans effet sur un autiste !

La rupture des droits dus à l'extrême lenteur de la MDPH du coin, n'a pas facilité la continuité de son suivi psychologique et si nous avions eu le moindre doute sur l'utilité de celui-ci, là, nous serions définitivement certains qu'un autiste a besoin de "vider son sac" régulièrement et en dehors de tout contexte familial. La réponse administrative nous étant enfin parvenue (5 mois d'attente), nous allons pouvoir retourner ventre à terre chez sa psy préférée.

Cela dit, nous ne sommes pas exemptés de trouver une solution plus immédiate. Pour faciliter notre quotidien et éviter d'être blacklistés dans le coin...ou ailleurs. Le problème, c'est que pour nous, c'est devenu un vrai cas de conscience. Une situation-problème s'est déclarée samedi soir en plein repas, je vous passe le contenu, pas la peine de retourner le couteau dans la plaie (!). Alors après une bonne nuit de sommeil - bien utile pour récupérer de la longue diatribe dont nous l'avons régalé son père et moi pour espérer lui faire prendre conscience qu'il n'était pas possible d'avoir un tel comportement, je me suis réveillée avec une sorte de gueule de bois, une espèce de sentiment du type "pourquoi je me sens si mal ?". Et tout en tartinant mon pain, j'ai simplement dit à Le Papa : "On est en train d'en faire un faux-cul !". LePapa a acquiescé... On n'a pas le droit de faire ça, c'est tout, c'est clair, on ne veut pas de ça, ni pour lui, ni pour aucun autre de nos enfants.

Et c'est tout le dilemme. Personnellement, j'ai une philosophie de vie qui encourage à tout dire. Oui, je considère que tout peut (doit ?) être dit. On raconte, on explique, on argumente (enfin pas obligé) mais ce n'est pas ce qui est dit qui est grave en soi, c'est au contraire ce qu'on choisit sciemment de ne pas dire (le motif du non-dit est souvent bien plus pervers que la chose cachée) ou que l'on vous contraint à cacher, les réponses qu'on s'obstine à ne pas vous donner, les questions qu'on vous demande instamment et inconsciemment de ne pas poser. Ca pollue vos relations parfois même votre existence, vous trimballez ça toute votre vie parfois même de génération en génération. Et ce qui dans le fond ne devrait être qu'une anecdote (le passé entraîne le plus souvent prescription, il a juste la faculté d'éclairer et d'éviter la redite) devient un truc qui gangrène les atmosphères familiales, amicales, professionnelles. Quel gâchis !

Alors Théophile, à sa manière, est l'illustration parfaite de ma théorie. Donc du coup, je me retrouvre bien souvent à l'absoudre d'être si "brut de coffrage" et à me sentir si mal à l'aise de devoir lui dire tout le temps : "Comporte toi comme un faux jeton. C'est comme ça qu'il faut faire, c'est la seule manière de survivre dans ce monde. Regarde tout le monde le fait et ça marche, non ?" (bah, non, de toute évidence, ça ne fonctionne pas aussi bien que ça mais continuons de faire comme si, gardons le cap surtout !...).

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Parce que dans le fond, je trouve aussi que dans un sens, sa manière de faire, de dire n'est pas sans un certain panache. Enfin il ne le fait pas exprès mais soudain, ça sent le frais, le vrai. Le truc que vous savez déjà de vous-même ou des autres mais lui, il ose ! Quel vent de liberté tout à coup. Et puis, nous, on a notre phrase toute faite quand il y va fort :"c'est son autisme". 

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Alors comme LePapa et moi, on est d'accord sur le fond, peut-être devons-nous juste travailler "l'enrobage" ! Je sens que ça va se finir comme ça. Trouver un juste milieu mais lui laisser sa liberté de paroles et après tout...tant pis si ça ne plait pas toujours. Parce qu'après tout, le problème c'est quoi ? Qu'il dise la vérité qui dérange, celle que nous ne sommes pas toujours capable d'entendre ? D'être mis face à nos manquements, nos petites faiblesses, nos petits compromis, nos petits mensonges, nos petits arrangements avec la vie. Lui, il ne nous renvoie pas toujours une image très flatteuse de nous-mêmes, des autres...alors plutôt que lui répéter "remballe ça tout de suite", on va continuer de lui savoir grée de nous dire la vérité en toutes circonstances (on va juste apprendre à courir vite et continuer de clamer "c'est la faute à son autisme" !).

Bonne lecure.

LaMaman