Il a 16 ans, les choses sérieuses commencent : recensement, carte vitale, carte mobilité inclusion, carte d'identité (non obligatoire mais bien pratique et puis pendant qu'on y est...).

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On commence par cette dernière. Pré-demande en ligne, prise de RDV avec les services de la mairie (dans la plus grosse ville du coin, un peu moins de 5 000 habitants !). On arrive en avance (avec l'autiste, c'est préférable), on s'assoit...je n'ai pas précisé d'emblée que Théophile était autiste, on verra par la suite si c'est nécessaire. On va le laisser se débrouiller un peu. Il a apporté tous les formulaires, justificatifs et sa photo. Il s'est entrainé à signer à la maison. Bref, il est prêt ! C'est vrai, il est un peu raide sur sa chaise mais globalement, ça va. Il faut dire qu'il n'y a pas grand monde et que la dame qui s'occupe de nous est plutôt avenante.

Vérification de tous les documents et enfin prise des empreintes. Il pose ses doigts puis immédiatement les visualise sur l'écran d'ordinateur. Et là, la dame lui sort un :"Ah bah, ce sont des empreintes d'adolescent qui ne fait pas souvent la vaisselle !". Drôle, très drôle mais totalement incompréhensible pour lui... Je le vois réfléchir tout en fixant l'écran et pour faire diversion, je lance un : "Et ça ressemble à quoi les empreintes de ceux qui font la vaisselle ?" 

Là, elle me jette un regard de connivence puis m'explique que c'est une blague qu'ils font aux jeunes. Parce que nous on sait tous que nos empreintes s'altèrent avec le temps. L'usure quoi...

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Enfin tout est enregistré, il est déçu de ne pas avoir à signer sur le formulaire (pour les mineurs, seule la signature du représentant légal qui a fait la demande de CNI est nécessaire). L'employée de mairie a scanné la photo d'identité de Théophile qui sur l'écran apparaît avec toutes les informations le concernant. Puis elle lui demande :" Tu te reconnais ?". Ce qui en langage non-autiste veut dire :"Est-ce que tout est exact ?". Elle demande en fait à ce qu'il vérifie les informations sur l'écran avant de valider définitivement le dossier. Et ce qui en langage austiste ne veut strictement rien dire ! Il a longtemps regardé l'écran et j'ai vraiment pensé à ce moment qu'il découvrait qui il était... Mais non, en réalité, il n'a pas compris la question. Pourquoi devrait-il se reconnaitre, tout le monde pouvait se rendre compte que c'était bien lui d'autant qu'il était allé lui-même faire sa série de Photomaton. Il a adoré la cabine avec plein d'options sur l'écran. Il a moins apprécié la lumière criarde. Et la pression a carrément augmenté quand il s'est aperçu que l'option carte bleue ne fonctionnait pas. Il a fallu faire de la monnaie, il a détesté le grain de sable dans le mécanisme presque parfait de la dite machine.

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Bon revenons à la mairie où encore une fois, j'ai dû traduire la bonne blague tout en second degré de la dame. A ce moment précis, je crois sans me tromper qu'elle a pensé que Théophile n'avait pas la lumière à tous les étages. Et pourtant, si elle savait... Du coup, elle nous a expliqué en long, en large et en travers que nous recevrions un sms d'ici une dizaine de jours afin de nous demander de venir retirer la précieuse carte à son bureau. "Si vous ne recevez pas de sms, passez un petit coup de fil..., etc, etc".

Bon, tout a roulé, on va dire. On a fait un petit debriefing dans la voiture dans le genre "Ah ouais, ça voulait dire ça ?". 

Je préciserai à la dame que Théophile est autiste et je la remercierai de sa patience lorsque nous retournerons récupérer la carte. 

Ce genre de choses arrivent régulièrement et elles démontrent à quel point l'accompagnement des autistes est essentiel. Non pas qu'ils soient complètement dépendants mais simplement leur langage et leur compréhension sont très différents des nôtres. Sur ce point, Théophile a fait beaucoup de progrès, a appris des tas d'expressions et est capable de les utiliser. Mais immanquablement, une nouvelle (et donc inconnue pour lui) se glisse dans la conversation et patatra, il en perd le fil. Ce n'est pas grave tant qu'il est accompagné mais...ça reste une difficulté, un handicap certain.

Donc les non-autsites doivent y penser lorsqu'ils conversent avec un autiste. L'orthophoniste de Théophile disait ce matin : "Il faut simplement penser à penser autiste quand on leur parle". Manque de logique, raisonnement faussé, à peine l'accès au second degré, la conversation est souvent un problème. J'ai parfois l'impression quand je l'accompagne d'être une sorte de "traductrice". Chaque fois, je comprends pourquoi le stress leur vient si facilement. Pas simple de vivre dans un monde qui n'est pas adapté, pas pensé pour eux.  

Bon là, c'est vrai, la dame ne savait pas. Nous allons réparer cela dans dix jours !

A bientôt.

LaMaman