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Ce n'est certainement pas pour rien que je vous parle aujourd'hui de cet ouvrage. Les événements de ce weekend en même temps que les relents antisémites qui se sont installés ces dernières années en France m'encourage à vous parler de cet auteur juif d'écriture Yidddish.

Isaac Bashevis Singer (1902-1991), prix Nobel 1978, est un écrivain juif polonais naturalisé américain. II a reçu le prix Nobel en 1978 "pour son art de conteur enthousiaste qui prend racine dans la culture et les traditions judéo-polonaises et ressuscite l'universalité de la condition humaine"(*). Auteur de nombreux romans, de nouvelles et de livres pour enfants, il est un admirateur de Tolstoï, Maupassant ou encore Flaubert. Si nombre de ses premiers romans et ses nouvelles invitent volontiers la satire ou le surnaturel, il glisse ensuite "vers une réflexion littéraire sur la notion de spiritualité et d'identité, faisant de l'individu juif un être en proie aux doutes, déchiré entre le respect de ses traditions et la volonté d'assouvir ses passions dans une société où il cherche à s'imposer sans jamais trouver sa place"(*). C'est tout le propos d'"Ombres sur l'Hudson"...

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Alors non, l'histoire conté dans ce livre n'est pas pesante. Singer possède un style très agréable et sous sa plume, les personnages sont attachants et d'une profondeur que l'on rencontre trop rarement. 

L'intérêt de ce livre tient en ce que l'auteur étudie les états d'âme de la diaspora juive installée à New York pour fuir le nazisme. On est quelques années après la fin de la Seconde guerre mondiale, le groupe qui s'est créé autour du vieux Boris Makaver tente de panser les plaies de Holocauste. Ces survivants de l'horreur oscillent entre envie de renouer avec la vie et culpabilité de ne pas avoir pu sauver leur proches des chambres à gaz. La perte, l'absence, les souvenirs, tout les hante. Alors sur fond d'adultère raté, chaque personnage montre ses blessures, ses failles, ses renoncements, ses espoirs aussi sans jamais parvenir tout à fait au bonheur tant espéré. Singer fait dire à ses personnages "qu'un juif sans religion n'est pas un juif". Cet ouvrage a le mérite de poser cette question essentielle de la croyance chez un peuple que l'on a voulu anéantir. 

Les personnages sont véritablement des "rescapés" emplis de culpabilité, de doutes. Leur interrogation sur un Dieu de miséricorde qui pourtant les a abandonnés reste l'idée centrale de ce long roman. L'analyse des différents régimes totalitaires de l'époque qui n'ont pas hésité à exterminer des millions de juifs est très éclairante à ce sujet ; les manuels d'histoire ont toujours trop tendance à ne parler que de l'Allemagne nazie, pourtant, nombre de pays européens y sont allés de leur progrom également. N'oublions pas non plus l'épisode du Saint-Louis en 1939. Tout le monde a mis sa pierre à l'édifice de l'extermination des Juifs. 

Alors depuis ces événements qui certes sont lointains, la montée détestable de l'antisémitisme en France est à endiguer rapidement. Il est toujours triste de constater que l'Histoire se répète encore et toujours. Peut-être la seule vigilance n'est plus suffisante, l'excuse de la stupidité non plus. Quant à l'explication de texte, elle montre ses limites. Il est temps que nos politiques s'emparent de ces dérapages permanents qui vont de l'insulte fondée sur des péjugés en allant jusqu'au crime. Il serait bon et urgent que cela cesse. 

A ce titre, une intervention tout à fait intéressante du chanteur Michel Jonasz est à réécouter ici. En quelques mots, ses propos sont les suivants : "Notre révolte doit s'incarner en actes. L'indignation ne suffit plus", affirme-t-il avant de lancer un appel aux parents pour qu'ils transmettent à leurs enfants "ce sentiment qu'on appartient à une famille humaine". 

Bonne lecture.

LaMaman