Déjà un peu plus de deux mois qu'il potasse ses cours et les retours sont encourageants. Les professeurs y vont de leurs conseils bienveillants et nous sommes globalement très satisfaits de la "maison" !

Néanmoins quand il a commencé à me dire :"J'ai plus le temps de lire !", je me suis étonnée qu'il ait mis autant de temps avant de s'en plaindre. Le fait est qu'avant, ses séances "lecture" étaient bien rythmées et bien calibrées. Il lisait entre telle heure et telle heure et tant de pages/jour. Routine, rituel...

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Puisque le nombre de devoirs à renvoyer est conséquent, il a dû limiter son nombre de pages à lire et là, ça a coincé. Hormis ce détail que nous avons depuis corrigé, il est plutôt content et motivé. Dans l'ensemble, je dois bien l'avouer, les cours sont bien faits : synthétiques et clairs. Les devoirs sont courts et les professeurs ont l'air de bien prendre en compte le handicap.

Alors on ne s'étonnera pas qu'en histoire-géo, en SVT (où l'on s'est aperçu qu'il avait tout de même une bonne capacité d'analyse dans ses domaines de prédilection, ça a été plutôt rassurant) et en maths, il se balade. Par contre, en français malgré ses nombreuses lectures, c'est plus problématique. Mais c'est assez spécifique à l'autisme. Pas d'inquiétude donc d'autant que les épreuves du bac français n'obligent aucunement à s'épancher (surtout depuis que l'écriture d'invention a été purement et simplement supprimée).

Donc j'explique sa difficulté avec un cas concret. 

Il lui a été proposé dans un devoir de se remémorer un souvenir de "sa petite enfance" et de faire état des sentiments qu'il a éprouvés à ce moment précis. Bien sûr, ceux et celles qui ont un enfant autiste sauront qu'un tel travail rélève souvent de l'utopie ! Alors ce qui est drôle, c'est qu'il est allé se renseigner sur Wikipédia pour déterminer ce qu'on entendait ordinairement par la "petite enfance". Wikipédia est clair : c'est avant six ans. Bon bah, il fera l'impasse sur l'exercice parce qu'avant ses six ans, point de souvenirs. Même après d'ailleurs ! Enfin pas ce genre de souvenirs...s'il garde intact les endroits, les faits, les noms des lieux ou des personnes, par contre, les sentiments qui devraient s'y rattacher sont inexistants. Il peut dire que c'était bien ou pas mais ça ne va guère plus loin.

Alors il a essayé, il s'est donné du mal mais non, rien n'est venu, on n'a pas avancé d'un poil. Au bout du compte, il a simplement déclaré : "Je ne ferai pas cet exercice", tout en me regardant d'un air interrogateur du type "j'ai le droit ou pas ?". J'ai commencé par lui proposer de modifier la consigne, on enlèverait la mention "durant votre petite enfance". Refus catégorique : la consigne, c'est la consigne. On aurait dit que c'était bien pire que de ne pas faire l'exercice du tout. Finalement le devoir n'est parti qu'avec le tout petit premier exo, le second est donc...une jolie page blanche. Sa décision n'a pas que des mauvais côtés : j'ai pu ainsi joindre à la copie un exposé circonstancié à l'intention de son professeur sur l'autisme et ses limites. Quant à la note, me direz-vous ? Bah, on s'en fiche !

Le devoir suivant traitait des systèmes de narration et du changement de point de vue dans un texte (interne, externe omniscient pour ceux qui ont déjà étudié ce point du programme). Le support en était deux excellentes nouvelles à chute...

La première a pour titre Iceberg (de Fred Kassak). Cliquez ici pour sa lecture. Le texte est écrit du point de vue de Bernard mais dans l'exercice, il s'agissait de le modifier et de réécrire le texte du point de vue d'Irène. Le texte en est donc profondément modifié et les sentiments des personnages sont bien sûr très différents. L'exercice est tout à fait intéressant mais loin d'être simple pour un autiste. Alors on l'a transformé en jeu : chacun écrivait sa version et on comparait. Il s'est alors rendu compte que les sentiments que l'on prêtait aux autres relevaient le plus souvent de notre propre imagination. Et que du coup, on peut inventer et donc créer. Alors je ne dirais pas que c'est devenu plus aisé ou plus naturel. Loin de là...mais si on lui rappelle avant que c'est avant tout une "invention", il peut arriver à "se lâcher"...un peu !

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La seconde nouvelle à chute s'intitule Quand Angèle fut seule (de Pascal Mérigeau). Cliquez là pour sa lecture.  Là, il s'agissait de trouver une ellipse et un retour en arrière. Pas de problème. L'exercice s'arrêtait là. Heureusement parce qu'expliquer l'impression que produisaient ces deux techniques d'écriture sur le texte a été beaucoup plus compliqué. On l'a fait à l'oral,...c'était bien suffisant.

Alors ces nouvelles sont tirées de ces deux recueils :

Nous continuerons probablement avec cet ouvrage qui compte une cinquantaine de nouvelles (même si elles ne sont pas toutes "à chute"), ça reste un "classique" :

Le décryptage des situations complexes reste un point à travailler. Une compréhension plus fine des sentiments reste essentielle. Il y travaille... 

Bonne lecture.